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Entreprises : les crédits sont-ils efficaces ?

Les autorités ont rapidement mis en place un important dispositif pour venir en aide et accompagner les milliers d’entreprises impactées par les effets de la pandémie. Appelé à la rescousse, le système financier doit faire preuve de résilience. Le Centre marocain de conjoncture (CMC) s’est interrogé sur la capacité du système financier à soutenir le tissu économique tout en composant avec la hausse de la sinistralité.

Afin de limiter les effets de la crise sanitaire sur l’activité économique, les autorités marocaines ont mis en place tout un dispositif financier pour venir en aide aux centaines de milliers d’entreprises en situation de fermeture technique totale ou partielle. Un plan qui se traduit par une distribution massive de crédits et qui se révèle jusqu’à présent efficace. Mais pour le Centre marocain de conjoncture (CMC), cette politique très volontariste suscite des interrogations quant à ses impacts sur la résilience de la Caisse centrale de garantie (CCG) et des institutions de dépôts fortement mobilisées dans ce soutien à l’activité économique. Si, durant la phase de confinement, le dispositif «Damane Oxygène», mis en place pour pour que les entreprises puissent disposer de facilités de trésorerie, a permis de garantir pas moins de 9,5 MMDH pour 17.600 dossiers, «Damane Relance» devra servir de levier pour mobiliser plus de 60 MMDH de crédits bancaires. Ce qui donne un total consolidé dépassant les 70 MMDH de volume de concours bancaires garantis par la CCG. Des sommes mobilisables bien supérieures aux capacités habituelles de la CCG, qui pourraient à terme altérer la soutenabilité du système en cas d’explosion des créances en souffrance.


«En effet, cette forte envolée des engagements signés par la CCG posera, tôt ou tard, la question de la conformité de sa situation comptable aux exigences des règles prudentielles (12% selon Bâle III) comme c’est le cas pour l’ensemble des sociétés financières», soulignent les équipes du CMC.

Autrement dit, et même en tenant compte des 4% du taux de sinistralité de la caisse et des 8% des institutions de dépôt (comprenant banque conventionnelle et banques et fenêtres participatives), une recapitalisation de la caisse par la tutelle finirait par s’imposer à courte échéance. Un renforcement par le haut du bilan paraît ainsi plus que nécessaire.

Dans cette éventualité, une aggravation du déficit budgétaire est attendue. Dans ce cas, les risques seront assumés, in fine, par le Budget général, et donc par le contribuable. Pour ce qui est du système bancaire, le PNB devrait lui aussi subir le contrecoup de la crise, et ce sur les exercices 2020 et 2021. Cette baisse serait la résultante des efforts consentis par les institutions financières dans le cadre de leur soutien au secteur réel combinés au recul prévisible des crédits productifs ainsi qu’à la contraction prévue des entrées de devises (chute de transactions internationales, baisse des transferts MRE, effondrement des recettes du tourisme, contractions au niveau des flux des IDE…). Ce scénario de détérioration des résultats du système financier s’accompagnerait fatalement, selon le CMC, d’une aggravation du coût du risque en raison des reports d’échéances de remboursements, de la hausse de la sinistralité dès la reprise des échéanciers, ou encore de l’atonie de l’activité économique. Ce qui constituerait une sérieuse menace sur le ratio de solvabilité. C’est dans ce sens, et pour parer à tout risque de voir la situation comptable des institutions financières se dégrader, que Bank Al-Maghrib a recommandé aux établissements bancaires de ne pas distribuer de dividendes. Une chose est sûre: la réactivité des autorités a certainement permis au pays d’éviter le pire tant sur le plan sanitaire qu’économique. En faisant rentrer rapidement les devises logées sur le compte de la LPL tout en mobilisant d’autres emprunts après des institutions multilatérales, le Maroc s’est donné les moyens de financer son système productif pour, au final, éviter toute contraction de la masse monétaire et toute déflation aux conséquences néfastes. Pour conclure, même si les équipes du CMC prévoient certaines perturbations au niveau du système bancaire du fait de la montée inévitable de la sinistralité, ils minimisent toutefois l’effet de cette dernière au vu de la gravité de la crise sanitaire.

Aida Lo
Les Inspirations ÉCO

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