Maroc

Enseignement. Le Maroc enterre 30 ans d’arabisation

L’enseignement des matières scientifiques et techniques sera dispensé en français après que le projet de loi-cadre sur l’enseignement aura franchi le cap du Parlement. Ce texte devrait passer comme une lettre à la poste chez les conseillers, malgré la résistance des syndicats.

Le gouvernement a fini par faire passer les controversées dispositions ayant trait à la langue d’enseignement des matières scientifiques et techniques grâce aux voix des députés du PAM. Sans surprise, la majorité des parlementaires du PJD se sont conformés, en séance plénière, aux consignes de vote du secrétariat général de leur parti. Les pjdistes les plus récalcitrants n’ont pas assisté à la séance plénière dédiée au vote du texte hormis Al Mokriaa Abou Zayd et Mohamed Othmani qui ont rejeté le projet de loi-cadre tout comme les deux députés de la fédération de la gauche démocratique. Les parlementaires du parti de l’Istiqlal ont opté, comme en commission, pour l’abstention en raison principalement des dispositions portant sur la langue d’enseignement. Tout porte à croire que le texte ne va pas traîner à la Chambre des conseillers en dépit des critiques acerbes des députés relevant des syndicats.


Certes, le gouvernement n’a pas la majorité numérique au sein de la Chambre haute mais il peut compter sur le soutien de certaines composantes de l’opposition pour tirer son épingle du jeu. Les conseillers du parti du tracteur vont certainement voter en faveur du texte à l’instar de ce qui a été fait dans la Chambre basse. La Commission de l’enseignement à la Chambre des conseillers peut, dès à présent, entamer la discussion du projet de loi-cadre. Le texte pourrait être adopté en commission au cours de la période entre les deux sessions et en plénière au début de la session parlementaire d’octobre. Un délai de trois ans est accordé au gouvernement pour préparer les textes législatifs et réglementaires pour la mise en œuvre de la loi-cadre alors que la mouture originale ne fixait aucune date pour l’implémentation du texte. Le gouvernement compte visiblement attaquer la mise en œuvre de certaines dispositions dès la prochaine rentrée. L’implémentation des nouvelles mesures juridiques est un enjeu de taille. Des inquiétudes sont affichées quant à la mise en œuvre des nouvelles dispositions relatives à la langue d’enseignement.

«Nous avons plaidé pour la progressivité dans la mise en œuvre des dispositions de l’alternance linguistique pour pouvoir former les enseignants et préparer le terrain», souligne aux Inspirations ÉCO un député du groupe de l’Unité et de l’égalitarisme.

Le processus déjà enclenché
Des questions se posent avec insistance : les enseignants sont-ils prêts à enseigner en français ? Le faible niveau des élèves en français ne va-t-il pas altérer la qualité de l’apprentissage des matières scientifiques ? Ne valait-il pas mieux s’orienter vers le renforcement de l’anglais à l’instar de nombre de pays ? La polémique sur la langue d’enseignement ne date pas d’aujourd’hui. Rappelons que le Maroc a ouvert depuis 2013 les sections internationales dans l’enseignement secondaire qualifiant. Et depuis deux ans, on a commencé à franciser l’enseignement des matières scientifiques au niveau de l’enseignement collégial. Lors de l’année scolaire qui vient de s’achever, quelque 85.000 collégiens et 99.258 lycéens ont étudié les matières scientifiques en français. L’option anglaise a été dispensée uniquement au profit de 426 lycéens et celle espagnole compte seulement 53 élèves.

Au niveau du primaire, l’alternance des langues arabe et française a été entamée dans l’enseignement des matières scientifiques notamment les mathématiques. Au cours des dernières années, la tendance est vers la généralisation progressive de l’enseignement des matières scientifiques en langues étrangères dans le secondaire qualifiant, ce qui a suscité l’ire des enseignants. Il faut dire que les professeurs eux-mêmes ont des lacunes linguistiques et que certains ont du mal à s’adapter à la nouvelle situation. Le ministère de tutelle compte sur la formation pour rectifier le tir. Les difficultés que rencontrent les enseignants sont exacerbées par le faible niveau des élèves en français surtout au niveau de l’enseignement secondaire collégial. Certains enseignants déplorent le recours à l’ouverture de l’option internationale dans les collèges même en milieu rural alors que le niveau des élèves en langue française est jugé «catastrophique». Le pessimisme des enseignants et de certains observateurs contraste avec l’enthousiasme du gouvernement.

Le ministre de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Saaïd Amzazi affiche la mine des grands jours après avoir réussi à faire passer le texte à la Chambre des représentants. Les prochaines années seront décisives pour l’avenir de la réforme de l’enseignement tant attendue. La loi-cadre va permettre de stabiliser le secteur et d’éviter le changement brusque des stratégies au fil des gouvernements. Il faut dire que le secteur a été marqué au cours des deux dernières décennies par des changements qui n’ont pas permis d’atteindre la réforme escomptée. Chaque ministre fixait ses propres priorités et les AREF devaient, à chaque fois, suivre les nouvelles orientations. Aujourd’hui, les académies auront un cadre de travail bien défini et pourront, de ce fait, réussir leur plan de travail pluriannuel, comme le relève Mohamed Aderdour, directeur de l’AREF de Rabat-Salé-Kénitra.


Mohamed Aderdour
Directeur de l’AREF de Rabat-Salé-Kénitra
La loi-cadre permettra une stabilité dans la programmation et la planification. Les AREF, au vu de leur expérience sont prêtes à mettre en œuvre avec fluidité les dispositions de ce texte très attendu. Notre secteur a en effet été pionnier dans l’implémentation de la déconcentration administrative. Il faut dire que quand les objectifs sont bien définis, leur mise en œuvre devient aisée.

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