Éco-Business

Doing Business 2021 : la Banque mondiale contrainte de faire l’impasse

Selon l’institution de Bretton Woods, cette suspension fait suite à la détection de certaines irrégularités sur les données des rapports Doing Business 2018 et 2020. La Banque mondiale a décidé de se donner tout le temps nécessaire pour corriger ces anomalies.

Il n’y aura pas de rapport Doing Business cette année! Le Groupe de la Banque mondiale a en effet annoncé, la semaine dernière, suspendre provisoirement son rapport Doing Business qui évalue chaque année le climat des affaires dans près de 190 pays. La raison est qu’«un certain nombre d’irrégularités ont été signalées concernant les modifications des données des rapports Doing Business 2018 et Doing Business 2020, publiés respectivement en octobre 2017 et 2019. Lesdites modifications des données n’étaient pas cohérentes avec la méthodologie Doing Business», avance l’institution de Bretton Woods dans un communiqué. Par conséquent, la Banque, qui pense que «la plaie est beaucoup plus profonde», a décidé d’aller plus loin, notamment en procédant à une évaluation systématique des changements de données survenus dans les cinq derniers rapports Doing Business. Pour ce faire, elle a demandé à un service d’audit interne indépendant de se pencher sur les processus de collecte et d’examen des données. «Une opération visant, d’une part, à protéger l’intégrité des données. Et, d’autre part, à agir pour corriger rétrospectivement les données des pays les plus touchés par les irrégularités, sur la base des résultats obtenus», a souligné la Banque qui a donc décidé de prendre tout le temps nécessaire pour réaliser cette évaluation qui permettra à l’avenir de publier des rapports plus fiables.


Un coup dur pour ce classement très prisé
La Banque mondiale a d’ailleurs informé son conseil d’administration sur la situation, qui sape la crédibilité de ce classement international très prisé par les États et les investisseurs. Elle a également pris attache avec les autorités des pays les plus concernés par les irrégularités dans les données. Pour le moment, on ne sait qui sont «ces pays lésés». Le Maroc en fait-il partie? Pas de réponse pour l’instant! En tous cas, ce classement est une vraie obsession pour le gouvernement marocain. En effet, alors qu’il était classé 75e mondial en 2016 et 53e en 2020, le royaume visait l’entrée dans le top 50 dès cette année grâce à la récente mise en oeuvre de la réforme de la loi sur les sociétés anonymes. À signaler que, concernant les anomalies entachant les données du Doing Business, il semblerait que ce ne soit pas la première fois. En effet, Bloomberg rappelle que ces dernières années, des questions avaient déjà été soulevées quant à l’intégrité des classements. Par ailleurs, en 2018, Paul Romer a démissionné de son poste d’économiste en chef de la Banque mondiale après avoir remis en question les changements apportés au rang du Chili dans le rapport Doing Business 2017.

Des corrections très attendues
En attendant les futures corrections qui lèveront tout doute sur la crédibilité du classement Doing Business, rappelons que le rapport est une publication annuelle lancée en 2002 par la Banque mondiale et la Société financière internationale. Son objectif est d’évaluer la réglementation des affaires et son application effective tout au long du cycle de vie de l’entreprise dans 190 pays. Pour chacun de ces pays, le rapport offre notamment une analyse détaillée des réformes effectives engagées dans dix domaines d’activités du cycle de vie d’une entreprise (création d’entreprise, transfert de propriété, accès au financement, protection des investisseurs, exécution des contrats, etc.). Ce faisant, le rapport Doing Business est rapidement devenu une référence largement consultée par les investisseurs potentiels et les bailleurs de fonds pour choisir les destinations de leurs fonds et financements. 

Aziz Diouf / Les Inspirations Éco

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