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Des difficultés minent les Conseils régionaux

Des difficultés minent les Conseils régionaux

Insuffisance de ressources humaines compétentes, retard dans l’adoption des décrets d’application relatifs à la loi organique sur les régions et manque d’une coordination étroite avec l’administration sont autant de problèmes que vivent encore les Conseils régionaux. 

Plus d’un an après les élections régionales, les présidents des régions font encore face à bon nombre de problématiques, à commencer par le volet législatif qui n’est pas encore achevé. Le processus d’adoption des décrets d’application ayant trait à la loi organique sur les régions a été certes accéléré au cours des derniers mois. Mais, il reste encore quelques textes qui n’ont pas encore vu le jour, comme celui portant sur les agences régionales d’exécution des projets, organes dotés de l’indépendance administrative et financière chargés de permettre aux Conseils des régions de gérer leurs affaires en leur apportant toute forme d’assistance juridique et d’ingénierie technico-financière lors de l’étude et l’élaboration des projets et programmes de développement et d’exécuter les projets de développement.

Les Conseils régionaux, chacun selon son propre rythme, ont essayé, autant que faire se peut, de pallier le retard législatif en entamant des actions même en l’absence du cadre juridique. C’est ainsi que la plupart des conseils ont lancé l’étude de leur plan de développement régional il y a quelques mois avant même la publication du décret d’application y afférent et certains ont même nommé le directeur de leur agence d’exécution des projets. Le retard accusé dans l’adoption des décrets d’application est pointé du doigt car il «s’agit d’une grande déperdition du temps politique», comme le souligne Abderrahim Ben Bouaida, président du Conseil de la Région Guelmim-Oued Noun qui espère que d’ici la fin de l’année, tous les décrets seront adoptés. Ben Bouaida n’y va pas avec le dos de la cuillère. Contacté par les inspirations ÉCO, il sort l’artillerie lourde contre le ministère de l’Intérieur fustigeant la «tutelle» qui est encore exercée sur les Conseils régionaux bien que la nouvelle loi organique y ait mis fin. «Jusque-là, je n’arrive pas à comprendre le rôle du ministère de l’Intérieur. S’agit-il d’un rôle d’accompagnement ou de tutelle ? Parfois, je sens que je suis un fonctionnaire au ministère de l’Intérieur», s’exclame-t-il.

Le président de la Région Guelmim-Oued Noun n’apprécie pas le rôle d’intermédiation de la wilaya entre le Conseil régional et les différentes administrations. Il estime qu’un débat juridique devra être enclenché sur cette question afin de mettre en œuvre les solutions idoines et faire réussir la régionalisation avancée. Son point de vue n’est visiblement pas partagé par d’autres présidents de région comme celui de Souss-Massa, Brahim Hafidi qui estime qu’il est normal que le wali joue le rôle de coordonateur entre le Conseil de la région et les responsables de l’administration. Même son de cloche auprès de Habib Choubani, président de la Région Drâa-Tafilalet qui signale que la loi est, on ne peut plus, claire: la relation entre le Conseil de la région et le wali est basée sur la coopération. Choubani va plus loin en soulignant qu’il s’avère nécessaire que le ministère de l’Intérieur renforce les prérogatives du wali en vue de lui permettre de prendre des décisions au niveau régional au lieu de perdre du temps dans l’attente du traitement des dossiers au niveau central. En vertu de la loi organique sur les régions, rappelons-le, le wali a une qualité de chargé de coordination des activités des services déconcentrés de l’administration centrale.Le président de la région peut inviter les fonctionnaires et agents de l’administration régionale à participer aux travaux du conseil, à titre consultatif, mais en passant par l’intermédiation du wali de la région. La coopération avec les acteurs locaux s’avère indispensable pour la mise en œuvre de projets concrets répondant aux spécificités de chaque région. La réussite de la régionalisation avancée est tributaire, selon le président du Conseil régional de Souss-Massa, de l’adoption de la charte de la déconcentration administrative qui permettra une coordination étroite entre les élus de la région et l’administration territoriale. Or, cette charte tarde encore à être mise dans le circuit législatif bien qu’elle soit finalisée depuis des mois. Sur le volet du financement, les avis sont divisés.

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Alors que le président de la Région Beni Mellal-Khénifra, Brahim Moujahid affiche son optimisme relevant que le financement ne constitue nullement une problématique, le président de la Région Guelmim-Oued Noun exprime son mécontentement quant à la programmation d’une grande partie du budget par le ministère de l’Intérieur. «Je ne suis pas libre dans la programmation du budget de la région. Plus de 40% du budget sont déjà programmés», tient-il à préciser. Sur cette question, Lahbib Choubani appelle à la concertation préalable indiquant que les politiques publiques de l’État ne sont pas en contradiction avec le développement régional. «La région à elle seule ne peut pas financer de grands projets.

La concertation est de mise pour prendre en considération les spécificités régionales et éviter de limiter la marge de manœuvre des Conseils régionaux dans quelques dossiers», dit-il. À cet égard, la plupart des partis politiques avaient fait référence dans leur programme de la nécessité de la création d’une commission consultative présidée par le chef de gouvernement et composée des présidents des régions ainsi que des ministres concernées. Cette commission, si elle venait à être mise en place, permettra d’atteindre la convergence escomptée entre les politiques nationales et régionales, selon le président de la Région Drâa-Tafilalet. Par ailleurs, les Conseils régionaux attendent toujours la résolution d’une problématique de taille, celle du manque des ressources humaines. «Nous avons besoin de recruter des ingénieurs et des techniciens», affirme Moujahid. Quant à Ben Bouaida, il enfonce davantage le clou : «Je n’ai encore aucun cadre compétent dans la région». Choubani et Hafidi abondent dans la même veine. Les présidents des régions attendaient le cadre législatif leur permettant de recruter les ressources humaines nécessaires. Les recrutements devront être bientôt entamés. 

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