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Dacia au Maroc : 15 ans de rayonnement national (entretien)

Depuis 2005, la marque roumaine du Groupe Renault roule des mécaniques tout en étant la plus accessible et la plus vendue. Or, le succès de Dacia est indissociable de la performance de l’outil industriel tel qu’il est déployé par les usines de Tanger et de Somaca. Retour sur une marque qui fait à la fois le bonheur et la fierté de tout un royaume.

Au commencement étaient deux histoires ou plutôt deux sagas: celle de la Somaca, usine automobile historique du royaume créée en 1959, puis celle de Dacia, marque roumaine fondée en 1966 et rachetée par le groupe Renault en 1999. La convergence de ces deux entités fait que Dacia perpétue une success-story industrielle de 15 années, ponctuée d’un double leadership à l’échelon national: celui de la marque la plus vendue de façon ininterrompue depuis 2010 et celui de premier produit d’exportation en termes de valeur. Pourtant, au départ, personne ne pouvait croire que le succès de Dacia serait aussi fulgurant.


Dacia, un concept à part
En rachetant la marque roumaine, le Groupe Renault, à sa tête l’ex-PDG Louis Schweitzer et son successeur Carlos Ghosn, avaient pour but de produire la berline tricorps la moins chère du marché. Un très ambitieux objectif pour lequel les équipes du losange, sous la houlette de Gérard Detourbet, ont eu à travailler autour d’un concept inédit: le «coût objectif», autrement dit, en appliquant la méthode du «design to cost». En d’autres termes, il est question d’optimiser les coûts à tous les niveaux, de la planche à dessin à la commercialisation, mais sans compromettre la fiabilité du véhicule et la sécurité de ses occupants. Pour cela, la synergie avec la (nouvelle) maison-mère a été le grand salut de Dacia, dont les ingénieurs ont puisé dans la banque d’organes du Groupe Renault, utilisant des pièces et des technologies éprouvées et amorties. Voilà comment l’usine-mère de la marque, basée à Pitesti, a pu produire dès 2004 les première Dacia de nouvelle génération, dont la première Logan. Un an plus tard, c’est à la Somaca que cette aventure industrielle allait être dupliquée, et couronnée de succès.

Une marque globale et mondiale
Produite par la Somaca dès juillet 2005, la Logan n’est d’abord disponible qu’en essence. Dès janvier 2006, elle reçoit le diesel et révolutionne aussitôt le marché de l’automobile en démocratisant la voiture neuve. Économique, confortable, dotée d’un grand coffre et correctement équipée, elle tient ses promesses auprès des pères de famille habitués aux véhicules d’occasion, mais fait aussi le bonheur des clients primo-accédants. La Logan se hisse alors en tête des ventes de voitures neuves au Maroc. En 2007, les Logan produites au Maroc débutent leur exportation: une première pour la Somaca. Dès les années suivantes, la gamme commence à s’élargir avec des modèles comme la Sandero en 2009, puis le Duster en 2010. Cette année-là, Dacia devient la marque la plus vendue dans le royaume jusqu’à ce jour. En 2012, l’usine herculéenne de Tanger est inaugurée en grande pompe, tout comme l’est la présentation, la même année, du Dokker lors du salon Auto Expo. Les modèles Dokker et Lodgy sortent massivement des chaînes de montage de Tanger et confirment alors la viabilité de la stratégie mondiale de cette marque dite «Global Access».

Qualité et amélioration continues
Les années suivantes sont marquées par plusieurs jalons. Il y a d’abord eu le cap des 500.000 véhicules produits par la Somaca (depuis sa reprise par Renault) atteint en 2016, puis celui du millionième véhicule exporté depuis le port Tanger Med en juin 2017, suivi un mois plus tard du millionième véhicule produit par l’usine de cette ville. Aujourd’hui, près d’un demi-million de véhicules Dacia ont été mis sur nos routes. Ils sortent de deux usines hissées aux meilleurs standards du Groupe Renault. À la Somaca, que nous avons pu visiter vendredi dernier, la production a repris son activité au rythme «normal» (celui d’avant le Covid-19) avec 3 équipes. Avec un taux d’intégration de plus de 50% (promis à 65% à l’horizon 2023), l’usine produit actuellement près de 400 véhicules par jour et s’est déjà inscrite dans une stratégie évolutive d’industrie 4.0. Comment? En utilisant des imprimantes 3D capables de fournir des pièces spécifiques et en petites quantités ou encore en employant des petits charriots automoteurs et robotisés dits AGV (Automated Guided Vehicle) qui transportent entre les allées des composants aussi variés qu’encombrants comme les moquettes de base et les câbles. Contribuant à la qualité, à la sécurité des véhicules et à l’ergonomie des postes de travail, ces AGV ont été développés par les ingénieurs mêmes de la Somaca dont on rappellera qu’elle ne compte désormais qu’un seul expatrié. «C’est la preuve qu’avec des compétences marocaines, nous pouvons faire beaucoup de choses», commente Mohamed Bachiri, DG de l’usine casablancaise. «Nous avons donné du sens au made in Morocco», conclut-il.

Mohamed Bachiri
Directeur général de la Somaca

«À la Somaca, nous avons mené un travail de fond ces dernières années»

Selon vous, quels sont les 3 faits marquants ayant jalonné la saga Dacia au Maroc?
Le premier fait marquant est clairement le début de la production de Dacia au sein de la Somaca, en 2005, avec la Logan qui est devenue, depuis, le modèle le plus vendu au Maroc. En 2007, et c’est le deuxième fait marquant, nous avons débuté les exportations, soit bien avant la mise en service de l’usine de Tanger en 2012, qui pourrait être considérée comme le troisième fait marquant de la saga Dacia au Maroc. D’abord, parce que grâce à elle nous avons pu élargir la gamme avec les modèles Lodgy et Dokker, tout en ajoutant sur les lignes de montage de la Somaca la Sandero et sa variante Stepway. Ensuite -et surtout- cette usine nous a permis de démontrer la force de frappe de l’industrie automobile marocaine en exportant vers 74 pays et en devenant la première source de devises pour le pays. Au-delà de tout cela, il y a aussi le leadership commercial, puisque Dacia est depuis 2010 la marque la plus vendue au Maroc.

Quel est le taux de robotisation actuel de l’usine Somaca?
Le taux de robotisation de la Somaca est d’environ 12%. Cette robotisation a pour objectif d’aider à l’ergonomie des postes pour le bien-être productif des opérateurs, mais elle vise aussi à améliorer la sécurité des véhicules sur des points précis, ainsi que la qualité du produit fini. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les AGV, qui sont des mini-chariots automoteurs et robotisés qui permettent de transporter des pièces d’une zone à une autre où se déroule le processus de montage, ce qui aide à obtenir un layout flexible sur le plan de la logistique et d’avoir un schéma industriel clair, tout en gagnant sur les surfaces de stockage et sur l’énergie. Je voudrais d’ailleurs souligner que ces minis-robots ont été développés par les ingénieurs de la Somaca, ce qui constitue une fierté pour nous.

Dans les contextes actuel et post-Covid, quels sont les défis qui se profilent à l’horizon pour la Somaca ?
La Somaca est aujourd’hui une usine performante, bien outillée et dotée de technologies de pointe avec des compétences de cadres et d’ingénierie. Notre usine, comme celle de Tanger, est flexible et s’adapte à la demande à l’international. Tous ces atouts et prérequis vont permettre à la Somaca de s’assurer un bel avenir au sein du Groupe Renault.
Nous en sommes persuadés car nous avons mené un travail de fond ces dernières années et cela va continuer. Le seul paramètre qu’il nous faudra gérer est celui de la demande, notamment au niveau des marchés à l’export, dont dépend 75% de notre production. Nous sommes très confiants; d’ailleurs, notre usine a retrouvé sa pleine capacité d’avant Covid-19.

Jalil Bennani
Les Inspirations ÉCO

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