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Crise sanitaire. La promotion de la recherche scientifique s’impose

La crise actuelle doit inciter les pouvoirs publics à augmenter le financement de la recherche scientifique, parent pauvre des politiques publiques. C’est en tout cas l’une des recommandations phares des parlementaires depuis le déclenchement de cette crise. Plusieurs dysfonctionnements doivent être dépassés pour booster la recherche scientifique au Maroc.

La recherche scientifique au Maroc n’a jamais été considérée comme un secteur prioritaire comme en témoigne le budget qui lui est consacré : environ 0,8% du PIB. Le financement des structures concernées et des programmes de recherche n’est pas encore à la hauteur des aspirations. À titre d’exemple, le Fonds national de soutien à la recherche scientifique et au développement technologique est doté en 2020 d’un budget d’à peine 22,5 millions de dirhams. Or, une enveloppe de 83,23 millions de dirhams est dédiée en 2020 au financement de la recherche scientifique et de l’innovation à travers les appels à projets nationaux, d’après les données du ministère de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et seulement quelque 11,2 millions de dirhams seront débloqués au cours de cette année pour l’amélioration des études du cycle de doctorat et la promotion de la recherche scientifique et de l’innovation… Ainsi, le chemin est encore long. La crise actuelle démontre que la recherche scientifique doit dorénavant être érigée en priorité.


C’est en effet l’un des enseignements clés à tirer de la conjoncture actuelle. L’initiative que vient de prendre le ministère de tutelle ainsi que le CNRST de mettre en place un programme de soutien à la recherche scientifique et technologique en lien avec le «Covid-19» est louable et doit être renforcée à l’avenir dans d’autres domaines. Le Maroc est appelé à déployer de grands efforts pour rattraper le retard accumulé en matière de promotion de la recherche scientifique. Plusieurs insuffisances sont pointées du doigt. Le ministre de tutelle a, lui-même, déjà relevé, à plusieurs reprises, nombre de dysfonctionnements qui émaillent le secteur. Il s’agit, en premier lieu, de la gestion administrative et financière des projets de recherche scientifique qui est totalement incompatible avec la nature et les spécificités des activités de recherche scientifique et d’innovation. Une inadéquation totale est relevée entre d’une part les procédures administratives d’engagement des financements alloués à la recherche, d’autre part les réalités de la recherche scientifique acculée à une réactivité et une compétitivité extrêmes.

Cette situation entraîne des répercussions lourdes de conséquences sur la production scientifique nationale et découragent les chercheurs. On peut aussi citer un autre frein de taille : la dynamique d’innovation qui reste tributaire d’un partenariat solide avec le secteur privé. Or, la relation entre la recherche-innovation et le secteur industriel demeure timide. Le secteur privé est appelé à jouer son rôle en la matière à l’instar de ce qui se fait sous d’autres cieux. Le chemin est visiblement encore long comme en atteste l’état des lieux de la recherche-développement qui n’est mise en place au Maroc que par le tiers des entreprises.

De grandes attentes sont ainsi nourries dans le secteur privé dont les fonds ne financent que 22% de l’activité de recherche innovation alors que ce taux dépasse les 80% dans les meilleurs systèmes de recherche-innovation dans le monde. Le reste est majoritairement financé par l’État, à hauteur de 73%. À cela s’ajoute la problématique du manque d’un statut qui reconnaît et valorise le doctorant. C’est pour cette raison que le nombre des étudiants qui abandonnent leurs thèses est élevé. Uniquement un sur 10 au final soutient sa thèse dans un délai de plus de 3 ans. Le nombre des doctorants qui font de la recherche actuellement au Maroc ne dépasse pas 34.500. Leur nombre a augmenté de 20% entre 2016 et 2018, de même que le nombre de thèses soutenues a augmenté de 35% au cours de la même période.

Sur le plan de la production scientifique, les chercheurs marocains génèrent plus de 7.000 publications scientifiques indexées Scopus par an, avec une hausse atteignant plus de 50% entre 2015 et 2017. À cela s’ajoutent plus de 4.000 publications indexées web of sciences par an. La moyenne nationale est de 0,5 publication par chercheur par an pour la totalité des enseignants chercheurs marocains. Quant aux brevets, ils sont aux alentours de 117 déposés par les universités et les centres de recherche sur 182 brevets d’origine marocaine déposés au niveau de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale.

Par ailleurs, il est à noter que la coopération internationale est un élément-clé dans ce secteur. Ce volet a été développé au cours des dernières années à travers la conclusion des accords de collaboration avec plus de 20 pays dont la France qui arrive en tête : 19% de la production scientifique nationale entre 2014 et 2018 était effectuée en collaboration avec des équipes françaises.


Plan stratégique : cinq axes prioritaires

Le plan stratégique en matière de recherche scientifique pour la période 2017/2022 porte sur cinq axes principaux. Il s’agit en premier lieu de l’amélioration de la gouvernance du système national de recherche scientifique et de l’innovation. À cela s’ajoutent la réforme des centres d’études doctorales et la promotion de l’excellence ainsi que le renforcement de l’infrastructure de base du secteur. On vise aussi à renforcer les mécanismes de valorisation des résultats de la recherche scientifique et de l’innovation et à développer les mécanismes de partenariat et de coopération nationaux et internationaux dans ce domaine.






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