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Crise sanitaire et connaissance scientifique : vers un nouveau paradigme post-Covid ?

par Miloud Daoud, Enseignant-chercheur à l’ENCG de Fès

Covid-19, un virus infiniment petit menace le monde entier. Une épidémie mondiale déclenche un certain nombre de réactions, sanitaire, économique, politique, etc. Devant cette crise, nous avons vécu le confinement comme une expérience existentielle. D’un point de vue scientifique, nous assistons à une espèce de contradiction entre la temporalité propre de la recherche, dont le rythme ne peut pas être bousculé à volonté, et notre impatience collective pour se débarrasser de ce virus par la mise au point d’un traitement ou d’un vaccin (Étienne Klein).


La connaissance scientifique et la pandémie Covid-19
Dans le monde entier, les chercheurs se sont mobilisés dans la lutte contre la Covid-19. Cependant, le public se rend compte que les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux, avec des positions extrêmement controversées et virulentes. Or, ce que nous ont montré les grands épistémologues, c’est précisément que les controverses font partie inhérente de la recherche. Celle-ci en a même besoin pour progresser. D’après Karl Popper, les théories scientifiques, à la différence des théories dogmatiques, sont réfutables au fur et à mesure de l’avancée scientifique. La connaissance a besoin d’une controverse, de même que la démocratie a besoin d’un débat permanent. L’épistémologue Thomas Kuhn estime que chaque époque de l’histoire produit, par ses pratiques sociales, par son langage, par son expérience du monde, une structure imaginaire, que l’on appelle «paradigme». Un paradigme est donc une certaine vision du monde qui sert de cadre de référence à toutes les pensées «normales» de l’époque.

Ce qui sort de cette normalité relève d’un changement de paradigme, mutation qui se produit quand l’expérience vécue par les hommes change au point de changer leur vision du monde. Quand de nombreux problèmes apparaissent sur la scène scientifique et que la science normale n’est plus capable de répondre à leurs enjeux, produisant des anomalies non explicables au sein des théories et des modèles en vigueur, le paradigme dominant entre en crise et de nouvelles théories et propositions de modèles explicatifs apparaissent pour répondre aux questions et aux problèmes qui surgissent : c’est le changement de paradigme. Dans cette perspective, il est légitime de se demander si les chercheurs qui dérangent, comme Didier Raoult, ne sont pas en train de déstabiliser les certitudes de la pensée du moment, suscitant une crise, voire une tectonique des paradigmes. D’ailleurs, Didier Raoult a toujours dénoncé «la dictature morale» des méthodologistes. La médecine ne se limite en effet pas à l’application de règles rigides dérivées de la «science», mais est également connue pour être un art fondé sur des décennies d’expérience et d’intuition. En fait, Didier Raoult peut s’appuyer sur la polémique de Paul Feyerabend contre les dogmes de la méthodologie scientifique classique. Selon ce dernier, la science est une entreprise essentiellement anarchiste, qui s’oppose à la loi et l’ordre. En effet, les hypothèses, en contradiction avec des faits établis ou avec des théories acceptées, peuvent être des moteurs efficaces pour développer une théorie déjà à l’œuvre ou en élaborer une nouvelle.

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