Maroc

COP 23, le bilan

Nezha El Ouafi, Secrétaire d’État chargée du Développement durable


Après Marrakech, Bonn vient d’abriter les travaux de la COP23 au nom des Îles Fidji. Une COP durant laquelle le Maroc a continué à briller de mille feux. Il ne s’est pas en effet passé une seule journée sans qu’une référence soit faite au Maroc tant l’élan engagé à Marrakech a imprimé sa dynamique aux travaux. Entretien avec Nezha El Ouafi, secrétaire d’État chargée du Développement durable, sur un événement qui offre d’intéressantes perspectives durables au Maroc.

Les Inspirations ÉCO : Tout le monde est unanime : la COP23 est une bonne COP. Êtes-vous également du même avis ?
Nezha El Ouafi : Tout d’abord, je voudrais souligner que la délégation du Maroc a été très honorée par la présence effective de Son Altesse Royale la Princesse Lalla Hasnaa à la COP23, et que cette présence a décuplé le rayonnement de notre pays lors des travaux de cet événement planétaire. Ensuite, il faut savoir que la COP23 a été organisée après l’élan remarquable et remarqué donné par la COP22 de Marrakech, qui a eu l’honneur de voir l’Accord de Paris entrer en vigueur. Si l’objectif de la COP22 était de poser les bases de la mise en œuvre de l’Accord de Paris, ceux de la COP23 consistaient par contre à étudier les voies et moyens à adopter pour accélérer la cadence de la mise en œuvre de cet accord, pour, entre autres, respecter l’Agenda 2018 et parvenir à limiter les émissions de gaz à effet de serre à 2° Celsius, voire 1,5° Celsius à l’horizon 2100. C’est dans ce cadre que les négociations intergouvernementales, qui ont eu lieu à la Boula Zone à Bonn, ont porté sur plusieurs points, à savoir : réfléchir au «système d’exploitation» de l’Accord de Paris, c’est-à-dire au descriptif complet d’une méthode de contrôle de la hausse des températures ; encourager de nouvelles initiatives sur le climat ; vérifier l’évolution de l’engagement financier annuel, d’un montant de 100 milliards de dollars, à destination des pays en développement d’ici 2020 ; renforcer les capacités des pays en développement et vulnérables au changement climatique pour lutter contre ses effets néfastes. Bien entendu, tous ces travaux, qui se sont globalement bien déroulés, étaient inscrits dans une logique de préparation de la COP24, prévue l’année prochaine en Pologne.

Il ne s’est pratiquement pas passé une seule journée depuis l’ouverture de cette conférence sans que le Maroc soit remercié et parfois cité en exemple. Pourquoi le royaume fait-il tant de l’effet ?
Le rayonnement du Maroc à l’échelle internationale est dû à la vision éclairée de SM le Roi, qui a engagé depuis plusieurs années notre pays dans la voie de la durabilité, et ce, grâce à une politique volontariste et avant-gardiste en matière de préservation de l’environnement, de lutte contre le changement climatique et de promotion du développement durable. En effet, la Constitution du royaume prévoit déjà le droit de tout citoyen à un environnement sain et au développement durable. En même temps, la réglementation nationale prévoit plusieurs mesures législatives et réglementaires de nature à concilier la préservation de l’environnement et le développement socioéconomique. C’est dans ce cadre que s’inscrit la mise en œuvre des stratégies et des plans de développement structurants, lancés ces dernières années, comme la stratégie nationale du développement durable et les différentes stratégies sectorielles dans les domaines de l’eau, de l’agriculture, de l’énergie, etc. À titre d’exemple, la stratégie énergétique ambitieuse, lancée par SM le Roi Mohammed VI en 2009, place le Maroc parmi les pays les plus engagés en termes d’objectifs à atteindre à l’horizon 2030 avec une part de plus de 52% des énergies renouvelables dans le mix-énergétique national. D’autre part, lors de la COP21, le royaume a présenté sa contribution nationale déterminée en matière de réduction des gaz à effet de serre (NDC), avec un objectif de réduction de 42% à l’horizon 2030, avec une panoplie d’actions portant sur des mesures réglementaires, institutionnelles, organisationnelles et des projets concrets sur le terrain assortis de systèmes de transparence et de suivis réguliers dans l’espace et dans le temps de leur mise en œuvre. Et comme vous le savez, l’indice de performance en matière de changement climatique 2018 (CCPI), élaboré par Germanwatch, le New-Climate Institute et le Climate Action Network, classe le Maroc en 1re position en Afrique et dans la région Arabe et à la 3e place dans le monde, après la Suède et la Lituanie sur une liste de 56 pays. Ce classement, qualifié de très positif par la communauté internationale, est attribué au Maroc en raison du développement des énergies renouvelables, de son engagement volontariste dans une politique climatique ainsi qu’à sa NDC.

Est-ce que le Maroc a réussi à atteindre les objectifs qu’il s’était assignés lors de cette COP23 tant au niveau national qu’internationale ?
La COP23 était une occasion pour assurer des échanges entre les différentes parties prenantes dans les affaires du climat : les représentants gouvernementaux, les agences de développement, le secteur privé, la société civile, le secteur bancaire, les femmes, les jeunes et leurs homologues des autres pays. La délégation marocaine en charge des négociations a fait des prestations remarquables en termes de recherche de consensus entre les parties et également en termes d’avancement sur les dossiers de négociations pour faire avancer les directives d’implémentation de l’Accord de Paris en vue de leur adoption lors de la COP24. Au niveau des échanges des autres composantes de la délégation marocaine, le Pavillon Maroc, installé dans la Bonn zone (zone verte), a abrité une quarantaine de réunions en parallèles aux travaux de la COP (Side Event) animés par des partenaires nationaux et internationaux, soit 70 panelistes, et couvrant l’ensemble des secteurs et questions d’intérêts particuliers pour leurs porteurs. Quelque 730 participants environ ont pris part à ces réunions. Je tiens à préciser que ces réunions avaient une sonorité particulière. Compte tenu de la position de locomotive qu’occupe le Maroc dans le continent en matière de lutte contre le changement climatique, le programme des Side Events que nous avons déroulé au Pavillon Maroc était naturellement dominé par des rencontres africaines qui ont enregistré une bonne participation de nos pays frères (Sénégal, Niger, Côte d’Ivoire, Congo, Tchad, Tunisie, Mali, Bénin, Ghana, Algérie, Guinée, Mauritanie, etc.), particulièrement le 15 novembre, lors de la journée dédiée à l’Afrique. Ces événements ont constitué de réelles opportunités de partage, d’échange d’expériences et de mise en place de partenariats en faveur de la cause climatique dans le continent, à travers des discussions poussées sur des programmes comme «l’Initiative d’adaptation de l’agriculture en afrique (AAA)», l’initiative «Water for Africa» ou encore sur les énergies renouvelables et le transfert de technologies. À ces différentes occasions, des acteurs de la coopération bilatérale et multilatérale présents ont montré leur intérêt et leur prédisposition à accompagner le Maroc dans le renforcement de ses coopérations tant sur le plan financier que technique.

En matière de financement par exemple, l’Allemagne a décidé de muscler sa coopération avec le Maroc en augmentant son enveloppe de coopération bilatérale de 357 millions d’euros. Y-a-t-il eu d’autres bonnes nouvelles ?
Oui ! En plus de l’Allemagne que je remercie beaucoup, d’autres pays amis, agences de développement et bailleurs de fonds qui ont participé à des panels au Pavillon Maroc ou qui ont partagé des panels avec des experts marocains dans d’autres pavillons, ont félicité notre pays pour sa vision courageuse et pour ses réalisations concrètes sur le terrain, comme les programmes solaire et éolien marocains. Certains d’entre eux ont exprimé leur disposition à renforcer davantage leurs coopérations technique et financière avec notre pays, c’est le cas des bailleurs de fonds, tels que le GCF, le GEF, la BERD, la BM, la KfW, l’AFD ou encore la BEI. La plupart de ces bailleurs de fonds ont également montré leur disposition à prendre part au Fonds bleu pour le Bassin du Congo, notamment lors de la journée Afrique organisée au Pavillon Maroc, en présence de chefs d’États africains comme son Excellence Alfa Condé, président de la République de Guinée et président en exercice de l’Union africaine et son Excellence Denis Sassou Nguessou, président de la République du Congo et président de la Commission Climat du Bassin du Congo (CCBC). À cette occasion, tous deux ont salué la vision africaine du roi et son engagement pour consolider et renforcer la coopération Sud-Sud. En effet, il faut rendre à Cesar ce qui appartient à Cesar : c’est SM le Roi Mohammed VI qui a été à l’origine de la création des trois Commissions Climat du continent africain ; en l’occurrence la Commission Climat du Bassin du Congo, la Commission Climat de la Région du Sahel et la Commission Climat des États Insulaires d’Afrique, lors du Sommet des Chefs d’États africains organisé en novembre 2016 en marge de la COP22. Ensuite, il y a eu la Déclaration ministérielle des pays signataires du MoU pour la création du Fonds bleu pour le Bassin du Congo par les 13 pays du Bassin en plus du Maroc. Cette déclaration, qui est soumise aux chefs d’État pour approbation, place le Maroc au cœur de cette coopération pour le transfert de savoir et l’échange de bonnes pratiques avec ces pays tout en reconnaissant le rôle que doit jouer le Centre de compétences en changement climatique (4C Maroc) pour la structuration du fonds et l’encadrement de la feuille de route 2017-2018 pour sa mise en œuvre.

En matière de respect de l’Agenda 2018, il y a une forte inquiétude parce que la plupart des pays africains éprouvent de réelles difficultés à mettre en œuvre leurs NDC. Que prévoit le Maroc, la locomotive du continent, pour aider ses pays frères ?
Pour aider les pays, notamment africains, à intégrer leurs NDC dans tous les secteurs et à tous les niveaux de prise de décision, le partenariat NDC (NDC partnership), coprésidé par le Maroc et l’Allemagne, a été lancé lors de la COP22. Ce partenariat, qui regroupe aujourd’hui près de 70 pays, propose donc une nouvelle coalition de pays en développement et développés ainsi que d’institutions internationales qui collaborent pour s’assurer que les pays reçoivent le soutien technique et financier dont ils ont besoin pour atteindre des objectifs climatiques ambitieux et les objectifs de développement durable connexes aussi rapidement et efficacement que possible. En marge de la COP23, une réunion ayant trait à l’initiative «NDC Partnership» a été organisée par la CNUCC qui a connu la participation du président du Fidji et la présidente des Îles Marshall et de plusieurs ministres. J’ai pris part moi-même aux travaux de cette manifestation en tant que co-présidente de cette initiative auprès de la ministre allemande. Lors de cette rencontre, nous nous sommes mis d’accord pour renforcer la coordination et la coopération Sud-Sud et triangulaire en matière de lutte contre les effets néfastes du changement climatique. Aussi, il est à noter qu’au cours des négociations techniques, le Fonds vert pour le climat a réitéré son engagement d’octroyer un appui de 3 millions de dollars aux pays moins avancés et les petits États insulaires en développement notamment pour leur permettre de développer leur Plan national d’adaptation (PNA) aux changements climatiques. Comme mentionné avant, plusieurs pays africains amis, ont approuvé à un très haut niveau, le rôle que doit jouer le centre 4C et les quatre collèges qui le constituent (les administration et agences de développements, le privé, la société civile et le monde de la recherche) comme plateforme d’expertise pour les accompagner dans la mise en œuvre de leurs NDC, en particulier, et la lutte contre les effets néfastes du changement climatique, en général. 

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