Économie

Conjoncture économique. 2020, année de rattrapage ou de relance ?

Les institutions de production de statistiques nationales et internationales ont livré leurs projections pour l’économie marocaine 2020. Revue des principales prévisions.


Le CMC affiche son optimisme construit autour de projections prometteuses. Le HCP maintient sa lecture pessimiste, basée sur des données chiffrées. Bank Al-Maghrib (BAM) demeure à la fois vigilante et active. Dans l’ensemble, il ressort que l’année 2020 ne sera qu’une année de rattrapage pour l’économie marocaine. Ces institutions attendront le projet de loi de Finances (PLF) 2020 afin d’avoir une idée précise sur les ambitions du gouvernement pour l’année prochaine.

Conjoncture internationale pesante
«Notre prévision de 4,6% de croissance interviendra après une année 2019 marquée par un taux de 2,6%. Il est fort probable de réaliser ce taux et même le dépasser si les activités primaires reprennent fortement», prévoit M’hammed Tahraoui, économiste et membre du conseil scientifique du Centre marocain de conjoncture (CMC).

Cette institution vient de livrer ses prévisions -optimistes- pour la croissance économique pour l’année prochaine. Elles complètent ainsi le tableau global de la conjoncture économique pour 2020 (voir tableau ci-haut). Il ressort une quasi-unanimité auprès des différentes institutions nationales et internationales que l’économie marocaine enregistrera de meilleures performances qu’en 2019. Ces institutions s’accordent, dans leurs prévisions, sur l’incapacité du gouvernement à réduire le déficit à 3%, objectif macro-économique fixé par le gouvernement mais qui demeure contesté quant à son pertinence pour la relance de la croissance. BAM, en gardien du temple, a décidé dans son dernier communiqué qu’au «regard de la persistance de besoins importants de liquidité bancaire sur l’horizon de prévision, le conseil a décidé de réduire le taux de la réserve monétaire de 4% à 2%, permettant ainsi une injection permanente d’un peu plus de 11 MMDH».

Le CMC a construit ses prévisions autour de deux données: une probable détente des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine et le redressement de l’activité du secteur primaire au niveau local. «Les performances de l’économie marocaine qui se profile à l’horizon pour 2020 semble largement prometteuses. Sur le plan externe, l’économie internationale devrait connaître une consolidation relative de sa croissance avec 3%, et les échanges du commerce mondial afficheraient une reprise significative», indique le CMC dans son rapport annuel intitulé «2020, année de rattrapage?». Selon la même source, «les signes précurseurs observés laissent présager un certain relâchement des tensions économiques et financières favorable à cette orientation soutenue. Les réunions et les négociations qui se sont succédé ces derniers temps augurent d’un armistice de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Elles dégagent aussi des soupçons d’un dénouement favorable au problème du Brexit qui constitue en ce moment un blocage sérieux des économies d’Europe et par extension de l’économie mondiale dans sa totalité», décryptent les analystes du CMC.

Cette donne internationale devrait être confortée par une reprise de l’activité du secteur primaire. Le gouvernement table sur une récolte céréalière 2020-2021 «moyenne» de 70 millions quintaux. Le CMC s’accorde avec l’Exécutif sur cette prévision. «Par précaution, la campagne serait moyenne et déboucherait, eu égard à la mauvaise campagne actuelle, sur une évolution en volume de 10% de la VA agricole en 2020. La croissance selon cette hypothèse largement acceptable, entraînerait sans délai une amélioration des revenus ruraux et un relèvement pratiquement direct de la consommation des ménages», avance le CMC.

La persistance de la volatilité de la croissance agricole inquiète le CMC comme le HCP. «Le secteur industriel, qui semble être la clé de la relance économique, peine toujours à accentuer sa part dans le PIB, et à enregistrer des valeurs ajoutées stables et incompressibles qui lui permettront de porter la croissance», rappelle le HCP dans son budget exploratoire de 2020. Pour le HCP, plusieurs facteurs devront terminer la croissance du PIB au Maroc; parmi eux, l’évolution de l’environnement international, les prix du pétrole, la demande mondiale adressée au Maroc, le rythme d’accroissement des recettes de voyages et celui des transferts des Marocains résidents à l’étranger. Autant d’incertitudes dans un environnement géopolitique instable et un contexte politique marocain attentiste.  


M’hammed Tahraoui
Économiste au CMC

La note d’orientation du PLF 2020 n’apporte pas de nouveauté. Elle suppose même une petite poussée de l’austérité. Nous nous dirigeons vers un schéma où le gouvernement compte serrer la vis concernant les dépenses publiques. Ceci ne cadre pas avec l’ambition de passer à un autre palier de croissance. D’ailleurs, le redressement du cycle de conjoncture que nous prévoyons en 2020 est principalement attribué au secteur agricole. Il faut le rappeler, l’économie nationale doit s’affranchir des aléas climatiques.

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