Maroc

Confinement: la psyché des Marocains sous la loupe

Dans le cadre de son cycle « Échanger pour mieux comprendre » spécial Covid-19, la Fondation Attijariwafa bank a diffusé ce lundi 1er juin 2020 sur la chaîne Youtube d’Attijariwafa bank, sa quatrième conférence digitale autour du thème : « Covid-19 : la psyché des Marocains à l’épreuve du confinement ».

Cette conférence a réuni Dr. Hachem Tyal, Psychiatre et Psychanalyste, Mme Nadia Cherkaoui, Psychologue clinicienne et M. Murtada Calamy, Journaliste et Chroniqueur.


Sous la modération de Mme Hanane Harrath, Journaliste, les intervenants ont analysé les raisons pour lesquelles le déclenchement de l’épidémie du Covid-19 a suscité tant d’inquiétude, d’anxiété et d’effroi, contrairement   à d’autres maladies chroniques qui affichent pourtant un taux de mortalité beaucoup plus élevé, comme les maladies cardiovasculaires (5 millions de décès par an) et les maladies pulmonaires (7 millions de décès par an). « Nous voyons le monde avec notre subjectivité et cette représentation constitue notre cadre de référence. Contrairement aux maladies chroniques dont nous connaissons les causes, le Covid-19 nous est inconnu et notre effroi de la mort imminente est lié à cette méconnaissance du virus », explique Dr. Tyal.

De ce fait, cette situation inédite a donné lieu à une série de réactions de défense, telles que la vague d’humour dans les réseaux sociaux ou l’élan de solidarité spontané et quasi général. « Ce virus a nourri notre sentiment d’impuissance et nous a obligé à prendre conscience de la mort imminente. De leur côté, les médias ont amplifié cet état d’anxiété en diffusant en boucle les images de fosses communes dans lesquelles ont été enterrées des centaines de victimes du Covid-19, privant les familles de rituels de deuil » précise M. Calamy. Ces images provenant des pays les plus puissants de la planète comme les États-Unis ou la Chine ont aggravé le sentiment d’impuissance et d’effroi dans le monde.

Dans ce contexte, le confinement généralisé est perçu comme une prescription venue d’en haut, comme une injonction qui met à l’épreuve nos mécanismes de défense. Cet enfermement a aggravé le sentiment d’isolement et mis à mal notre capacité à communiquer avec nos proches. De plus, le sentiment de précarité professionnelle généralisé est nourri par la menace d’un effondrement du tissu économique suite à l’arrêt de l’activité de la majorité des secteurs. L’interférence entre les deux nous a amenés à répondre par divers mécanismes de défenses comme l’anxiété ou la panique. « Nous sommes toujours en phase d’observation et nous ne connaissons pas encore toutes les séquelles que laissera cette épreuve sur chacun d’entre nous. Plusieurs questions demeurent en suspens notamment celle du deuil pour les familles des victimes », explique Mme Cherkaoui.

À l’échelle familiale, le confinement a incité chaque membre à procéder à des réaménagements dictés par une proximité inhabituelle. Sur la durée, cela pose un problème d’équilibre psychologique car chacun doit mobiliser beaucoup d’énergie pour s’accommoder de la présence constante des autres membres. Pour cohabiter, la famille doit donc adopter un autre équilibre au sein du couple, et dans la relation parents/enfants. « Nous avons tous une grande capacité d’adaptation et il suffit de fournir un effort personnel pour rétablir cet équilibre au sein de la cellule familiale », souligne Dr. Tyal.

De leur côté, les adolescents ont vécu ce confinement dans la douleur du fait de leur besoin constant de partager avec les autres de leur âge. « De nombreux adolescents expriment, via des plateformes d’accompagnement et de soutien psychologique, leurs craintes et leur peur du fait de l’omniprésence de la mort à l’extérieur », confie Mme Cherkaoui. À noter aussi la recrudescence des violences faites aux femmes dont le nombre est estimé à 6 millions en situation vulnérable. Au sein de la famille, chaque membre va donc réagir différemment à l’agression psychologique provoquée par le Covid-19, et transférer sa souffrance sur les autres membres.

Quelle trace laissera cette pandémie sur le plan psychologique ? « Tout changement de mentalité s’opère sur le long terme. Mais il est possible que l’on commence à privilégier l’être sur le paraître et que l’on prenne le temps de s’occuper de soi. Cependant, l’on constate dans les pays ayant opéré le déconfinement le retour des vieux réflexes, comme les longues files d’attente aux portes d’enseignes commerciales ». « Quoiqu’il en soit, le changement de paradigme dépendra de la découverte ou non d’un vaccin dans les prochains mois. Si le vaccin anti Covid-19 est lancé, nous assisterons probablement au retour des anciens réflexes. Sinon, nous serons obligés de revoir en profondeur notre mode de vie et nos priorités », concluent les intervenants.

En marge de cette discussion passionnante, les panélistes ont commenté les dessins réalisés par les jeunes bénéficiaires du programme « Académie des arts » de la Fondation Attijariwafa bank, ayant participé au concours #Ibda3Mendarek pour exprimer leur perception de la crise du Covid-19.

À travers ce nouveau format de conférences et ses diverses actions citoyennes, la Fondation Attijariwafa bank démontre, une fois de plus, sa volonté de favoriser la proximité avec l’ensemble des citoyens, tout en soutenant un débat constructif autour de thématiques d’actualité qui concernent l’avenir de notre pays.

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