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Banques : La conjoncture plombe la rentabilité

Banques : La conjoncture plombe la rentabilité

Dans un rapport d’évaluation du secteur bancaire marocain, l’agence de notation analyse les principaux facteurs qui plombent l’activité au Maroc. Il s’agit, dans une large mesure, des répercussions de la conjoncture économique actuelle avec un ralentissement de la croissance. Les principales banques marocaines affichent toutefois des fondamentaux relativement solides, ce qui fait espérer un regain de la dynamique en 2017.

LIl va falloir attendre 2017 pour espérer voir la dynamique de croissance des banques marocaines retrouver un peu de couleurs. C’est ce que vient d’établir un rapport d’évaluation par les pairs, du secteur bancaire marocain fraîchement rendu public par l’agence de notation internationale Fitch Rating. En cause, le ralentissement de la croissance économique attendue cette année ainsi que le poids des créances en souffrance. «La rentabilité des banques marocaines est sous la pression de l’absence de croissance au niveau domestique ainsi que du niveau encore très élevé des provisions pour couvrir les créances en souffrance», lit-on dans le rapport qui prédit que cette tendance perdure cette année. De ce fait, et livrant ces perspectives, Fitch prévoit que les banques ne pourront pas relever le rythme de croissance des prêts avant 2017.

L’agence de notation s’inscrit ainsi dans la droite ligne des prévisions auxquelles est parvenue, il y a quelques mois déjà, la Banque centrale (BAM). Il convient de relever que sur beaucoup d’aspects, les constats dressés par le rapport ainsi que ses recommandations rejoignent le memorandum adressé par BAM, le GPBM et la CGEM au gouvernement, il y a quelques mois. En somme, la conjoncture économique pèse sur l’activité du secteur bancaire marocain, lequel continue pourtant de faire montre de résilience, grâce à des fondamentaux solides. Tout comme le FMI, en effet, Fitch Rating a estimé que les fondamentaux du secteur bancaire restent encore solides en dépit de quelques facteurs de risques. La performance des trois plus grandes banques marocaines, notamment BMCE Bank, continuera à être soutenue par leurs activités de prêt dans les pays d’Afrique subsaharienne. En la matière, Fitch prévoit pour ces banques un bénéfice net en 2016 grâce notamment à des gains non récurrents sur leurs portefeuilles d’obligations en raison de la baisse de 25 points des taux d’intérêt enregistrés à la fin du premier semestre de l’année en cours. La qualité des actifs des banques marocaines est sous pression, surtout qu’ils restent modestes par rapport aux normes internationales et la concentration des crédits continue à constituer un handicap pour le secteur.

Conjoncture économique défavorable
De plus, poursuit le document, les mesures prises pour renforcer la dynamique du secteur se sont largement détériorées depuis 2012. A ce titre, l’Agence ne voit pas de signes d’éclaircie d’ici la fin d’année. Selon l’analyse de Fitch, les principales raisons qui expliquent cette morosité tiennent, d’une part, au ralentissement de l’activité des PME, tissu entrepreneurial encore fragile, et une économie toujours en attente d’un rebond significatif des exportations vers l’Europe. D’autre part, les difficultés rencontrées par quelques acteurs nationaux et la faible demande des prêts en l’absence de croissance économique forte, constituent également unen explication au ralentissement de l’activité bancaire. Toutefois, les grandes banques marocaines ne sont pas logées à la même enseigne. Les filiales des banques françaises affichent une mine plus reluisante pour ce qui est de la couverture des prêts douteux, en raison d’une gestion plus stricte des prêts.

Pour les banques marocaines, elles ont amélioré leurs performances en Afrique subsaharienne afin de compenser le ralentissement de la croissance des prêts domestiques. Cependant, note le rapport, cette expansion constitue certes une source de diversification des revenus, mais aussi des risques opérationnels avec un taux élevé des crédits. C’est pourquoi, Fitch s’est inquiétée du risque présenté par l’importante exposition des trois plus grandes banques aux faibles taux de croissance des économies africaines, ce qui pourrait continuer à peser sur leur profil de risque. L’Agence prévoit ainsi que ces banques se recentrent plus sur leur croissance organique même si de nouvelles acquisitions ne sont pas exclues en 2017. En tout cas, les principales banques marocaines n’ont jamais caché leurs ambitions de renforcer leur expansion africaine au cas où l’opportunité se présentait.

Base de financement solide
Selon les perspectives établies par Fitch, les ratios de capital devraient rester modestes en 2016 compte tenu de la concentration des prêts. Cependant, le rehaussement des fonds propres pour une couverture de réserve adéquate des prêts douteux et de l’exposition aux pays africains volatils n’est pas envisageable au-delà des exigences réglementaires minimales pour les plus grandes banques. De l’avis de Fitch, «BMCI est la seule banque marocaine dont la capitalisation est proportionnelle à son profil de risque». Enfin, le rapport conclut que le profil de financement des banques marocaines demeure toujours solide, avec une base de financement largement constituée par des dépôts de la clientèle de détail, qui demeurent aussi stables et largement non rémunérés. Pour ce qui est de la liquidité, elle s’est largement améliorée depuis 2013 et son niveau est jugé satisfaisant. Fitch prévoit d’ailleurs que la tendance se poursuive au moins jusqu’en 2017, ce sur quoi table également le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri. 


Les raisons de la révision des notes
Le rapport d’évaluation que vient de publier Fitch Rating explique largement la révision, au mois d’août dernier, de la notation de certaines banques marocaines. Il s’agit notamment d’Attijariwafa bank et de BMCE dont les notes ont été dégradées de BBB- à BB+. La SGBM et la BMCI ont, par contre, maintenu leur notation AAA avec des perspectives stables. Cette révision à la baisse de la note de certaines banques marocaines est la conséquence de la dégradation, toujours par Fitch, de la notation souveraine du Maroc qui est passé de BBB à BBB- à la suite de la modification des critères d’évaluation de l’agence de notation, qui a également pris en compte l’effet induit par la conjoncture économique actuelle sur l’activité bancaire.

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