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Agriculture. La campagne gâchée ?

Agriculture. La campagne gâchée ?

Les pluies qui ont arrosé le royaume ces derniers jours suffiront-elles à sauver la  campagne agricole? Qu’en sera-t-il de la croissance économique?

Des questions que se posent tous les Marocains tout en scrutant le ciel. Non sans raison, puisque le secteur agricole a un effet multiplicateur sur l’ensemble de l’économie nationale. D’après les professionnels du secteur, l’espoir est toujours permis. De l’avis de Mohamed Alamouri, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader), «nous comptons sur les pluies de février-avril qui détermineront la situation de l’actuelle campagne ainsi que les paramètres de la pluviométrie». C’est la raison pour laquelle la récolte finale dépendra du climat.

«Il est ainsi encore prématuré de qualifier la situation de l’actuelle campagne agricole puisque la production céréalière réalisée essentiellement en zones bour est sujette encore aux conditions de la pluviométrie alors que les autres cultures, notamment l’arboriculture, le maraîchage, l’olivier et bien d’autres sont plantés en zones irriguées», rassure Alamouri.

Rappelons à ce titre que la campagne 2018/2019 aurait été impactée par des conditions climatiques défavorables marquées par une faible pluviométrie et par une mauvaise répartition temporelle des précipitations. Selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), la production céréalière n’aurait pas dépassé 52 millions de quintaux, en baisse de 50% par rapport à 2018 et de 34% par rapport à la moyenne réalisée entre 2008 et 2017. Toutefois, ce recul aurait été atténué par la performance des autres cultures, notamment maraîchères et l’arboricoles. Plus particulièrement, la production des agrumes et des olives auraient progressé respectivement de 15% et 22% par rapport à la campagne précédente.

Le déficit pluviométrique s’aggrave
En attendant l’impact de la pluviométrie sur le potentiel de production des trois céréales semées, notamment le blé tendre, le blé dur et l’orge en plus des légumineuses et fourrages, le déficit pluviométrique arrêté au 31 décembre a atteint 37,6%, soit 124,5 mm en 2019-2020 contre 199,5 en 2018-2020 selon la dernière Revue mensuelle de la conjoncture économique, monétaire et financière de Bank Al-Maghrib (BAM) pour le mois de janvier. Parallèlement, le taux de remplissage des barrages à usage agricole est fixé selon la même revue à 47,6% contre 60,2% un an auparavant. En comparaison avec la situation journalière des principaux grands barrages du royaume arrêtée le 20 janvier 2020, le taux de remplissage est actuellement de 48,9% contre 61,9% à la même période de l’année 2019, soit un gap de 13%. À cet égard, le déficit de la pluviométrie a aggravé le taux de remplissage des barrages qui reste relatif en fonction des régions.

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Le tarissement des barrages affecte le Souss
Sur ce dernier point, la région agricole la plus touchée est le   Souss-Massa qui assure plus de 84% et 65% des exportations de primeurs et d’agrumes au niveau national. «Devant la chute du taux de remplissage des barrages liée à l’approvisionnement des agriculteurs en eau d’irrigation, la moyenne des forages utilisée pour les prélèvements d’eau souterraine se situe actuellement à 300 m  de profondeur contre 40 m  auparavant. Le coût de pompage par rapport à la profondeur est très onéreux en comparaison avec la faible rentabilité des cultures plantées actuellement», prévient Houcine Aderdour, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation de fruits et légumes (FIFEL). Actuellement, le taux de remplissage est de 24,26% (17/01/2020) dans les barrages de la région Souss-Massa contre 41,98% durant la même période de l’année 2019. Néanmoins, c’est le barrage Youssef Ben Tachfin (oued Massa) qui irrigue la plaine de Chtouka (première zone primeuriste du royaume) qui représente le déficit le plus chronique à hauteur de 13,85%. Le taux global d’avancement au sein de l’unité mutualisée de dessalement de l’eau de mer destinée à l’irrigation agricole et à l’eau potable dans la province de Chtouka Aït Baha est estimé à plus de 49% selon l’Office régional de mise en valeur agricole (ORMVA) Souss-Massa. Les premiers agriculteurs pourront bénéficier de l’eau dessalée pour l’irrigation agricole à partir de mars 2021 mais cet approvisionnement ne concernera que 40% du réseau de distribution étalé sur une superficie globale de 462 km.

Par ailleurs, la production des filières animales sera aussi affectée par ce déficit pluviométrique qui grèvera aussi les parcours végétaux en dehors de la région du Nord en plus du renchérissement des prix des aliments de bétail qui compromettront les activités d’élevage.

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