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Accords de libre-échange : Les risques sur la compétitivité africaine

Accords de libre-échange : Les risques sur la compétitivité africaine

Alors que l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale (ZLEC) en 2017 n’est pas encore acquise, les pays africains continuent de signer des accords de libre-échange avec les puissances économiques mondiales. Pourtant de tels accords risquent de nuire gravement à la compétitivité des entreprises africaines.

La signature, le 10 juin dernier, des accords de partenariat économique (APE) entre l’Union européenne (UE) et 6 pays membres de l’Union économique et douanière d’Afrique australe (Botswana, Lesotho, Mozambique, Namibie, Afrique du Sud et Swaziland) relance le débat sur l’utilité des accords économiques sur le continent. En effet, moins d’une semaine après cet événement important, le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA), Carlos Lopes, a alerté les pays africains sur le danger de conclure
des «accords commerciaux réciproques mais asymétriques», alors que la zone de libre-échange continentale (ZLEC) n’est pas encore lancée. Pour le fonctionnaire onusien : «Si les APE sont pleinement appliqués avant l’entrée en vigueur de la ZLEC, il sera toujours relativement plus intéressant pour les pays africains d’exporter vers l’Europe que vers un autre pays, ce qui aura pour effet de renforcer un régime commercial qui n’a guère évolué au cours des six décennies qui ont suivi les indépendances».

Pressions de la concurrence
Cela d’autant plus que le monde s’achemine vers la conclusion de «méga-accords commerciaux régionaux (MIRTA)». Il s’agit plus précisément du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement entre l’Europe et les États-Unis, du Partenariat transpacifique des pays du pourtour du Pacifique et du Partenariat économique global régional des pays asiatiques. Selon la CEA, ces méga-accords «pourraient faire perdre aux pays africains des parts de marché du fait de l’érosion des préférences et des pressions de la concurrence». Le salut réside donc dans la mise en œuvre rapide en Afrique de méga-accords commerciaux régionaux sous la forme de la ZLEC. Et sur ce plan, le rythme est plutôt assez décourageant.

Après l’UE, les USA ?
L’entrée en vigueur de la ZLEC, censée regrouper tous les pays africains, ne se fera certainement pas avec l’ensemble des espaces régionaux du continent. Si la création du marché commun réunissant les groupements régionaux de l’Afrique de l’Est, australe et les pays membres de la COMESA, facilite l’adhésion de leurs économies à la ZLEC, il n’en est pas de même dans d’autres parties du continent, à l’instar de l’Afrique Centrale et du Maghreb. Pendant ce temps, l’UE accélère pour faire signer ou ratifier ses APE, alors que certains pays craignent que les États-Unis et la Chine n’exigent à leur tour de disposer d’accords de libre-échange avec l’Afrique.  

Abdoulaye Wade,
Ancien président du Sénégal

«Avec ces accords (les APE, ndlr), nous supprimons 35 % de nos budgets. En conséquence, nous allons supprimer des écoles, des dispensaires, des hôpitaux, des projets, des routes, licencier des fonctionnaires, etc.»

Hassan Sentissi,
Président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX)

«Je ne vois pas ce que l’UE peut offrir aux pays africains à travers ces accords. Les marchés africains, à leur niveau actuel, sont incompatibles avec ceux de l’UE.»

Cheikh Tidiane Dieye,
Directeur du Centre africain pour le commerce, l’intégration et le développement (Enda CACID)

«L’un des meilleurs atouts de l’Afrique pour faire face aux dynamiques exogènes qui peuvent influencer son évolution est le renforcement de son intégration économique à travers le commerce intra-régional et intra-africain.»


 

APE : Qu’en pensent les exportateurs marocains ?
Bien que le Maroc attende depuis plus d’une décennie la conclusion d’un accord préférentiel avec l’UEMOA, (qui devrait désormais être négocié avec la CEDEAO), les exportateurs marocains voient d’un mauvais œil la signature des APE entre l’UE et les économies africaines. Pour Hassan Sentissi, président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), ces accords ne se justifient pas actuellement pour la bonne et simple raison que «les marchés africains, dans leur niveau actuel, sont incompatibles avec ceux de l’UE». Selon lui, il faut d’abord lever les nombreuses barrières non tarifaires (visas, normes, etc.) avant de signer ce type d’accord. Au Maroc, telle est l’exigence des milieux économiques avant la signature d’un accord de libre-échange global (ALECA) avec l’UE. Auprès de l’ASMEX, certains n’hésitent pas à claironner que cet accord est un «dossier mort-né».

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