Maroc

Si 25 ans de séquestration à Tindouf nous étaient contés…

Une vie, un traumatisme, de la douleur… Son histoire a longuement de quoi inspirer l’industrie cinématographique ! Il s’appelle Ali Najab et de ses 77 ans de vie, il en passé 25 en captivité dans les geôles de Tindouf. Une tragique expérience dans les camps du Polisario, qu’il a retracé dans un livre pour le moins poignant « 25 ans dans les geôles de Tindouf, mes mémoires de prisonnier de guerre », présenté récemment à la Bibliothèque nationale et sur les grands axes duquel il s’est prêté au jeu des questions-réponses face à la rédaction de la MAP, cette semaine.

Septembre 1978. Ali Najab est pilote de Forces royales air (FRA). Son Mirage F5 est touché par un missile sol-air et le pilote de chasse est immédiatement capturé par le Polisario. Mené dans le bureau de Mohammed Abdelaziz, c’est là que trois officiers algériens ordonnent son transfert à Tindouf.


Depuis 1976, les Algériens emmenaient des prisonniers marocains au nord de l’Algérie, se souvient l’ancien pilote dont la mémoire a gravé chaque détail d’un quart de siècle d’emprisonnement.

« Les Algériens étaient, tout le temps, là », raconte l’ancien capitaine.

« Quand de nouveaux prisonniers arrivaient à Rabouni, les Algériens arrivaient immédiatement pour les interrogatoires. Les Algériens quand ils débarquaient à Tindouf, c’était pour donner des ordres, point barre. Cela est clair et net », narre Najab. Il raconte notamment une anecdote selon laquelle un groupe d’officiers était venu à Rabouni. Les officiers marocains prisonniers ont été emmenés pour les rencontrer. Parmi les tortionnaires, était notamment présent le pseudo Premier ministre du Polisario (de l’époque), Mohamed Lamine Ahmed, qui se tenait debout devant une fenêtre. Le vent s’était levé et un lieutenant algérien lui a dit: « Eh toi, ferme la fenêtre! ». L’autre l’a regardé, ébahi. « Je t’ai dit de fermer la fenêtre », lui a-t-il enjoint. Le Premier ministre l’a regardé, les yeux ronds, puis il est parti.

476 prisonniers marocains au total ont été emmenés dans les centres de Blida, Chlef, Boufarik et autres avec des officiers et pilotes. En 1979, ils ont ramené des pilotes et des officiers à Tindouf, ils les ont remis au Polisario, le reste est resté au nord de l’Algérie.

En 1987, ils ont échangé 150 prisonniers marocains contre 106 prisonniers algériens qui étaient détenus au Maroc. Ces prisonniers algériens avaient été capturés à Amgala. Le reste est resté entre les mains des Algériens qui les ont remis au Polisario plus tard. Quand de nouveaux prisonniers marocains arrivaient à Rabouni, les Algériens arrivaient immédiatement pour les interrogatoires. Quand les Algériens débarquaient à Tindouf, c’était pour donner des ordres.

Concernant les cas de retour de responsables du Polisario au Maroc. Najab rapporte que du côté du Polisario, c’était le mutisme complet. Ils essayaient de ne pas donner d’importance à ces défections pour ne pas paraître marqués par ces événements.

L’ancien pilote se rappelle l’histoire de ce blessé de guerre du Polisario, qui s’amusait à entretenir des discussions avec les prisonniers. Un jour ce blessé lui demande ce qu’il pense du retour de Omar Hadrami au Maroc. Le pilote répond que le Polisario le considère comme un traître. Le membre du Polisario a souri puis a dit : « Il y a beaucoup de gens dans les camps qui voudraient faire comme lui. Mais comme ils ont des enfants, ils ne peuvent pas ». Quand l’officier marocain lui a demandé ce qu’il en pensait, il  répond, à la grande surprise du pilote : « Je serais beaucoup plus utile pour le Maroc ici, en sensibilisant la population des camps pour le Maroc ».

Après le cessez-le-feu,, le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) a négocié avec le Polisario et l’Algérie pour installer des télévisions aux prisonniers juste avant la mort de Hassan II. C’est ainsi qu’ils ont pu suivre les obsèques de feu le roi Hassan II. Ces obsèques, qui avaient un écho international considérable, étaient une douche froide pour le Polisario. Ils ne s’attendaient pas à ce que feu Hassan II ait une popularité aussi grande, déclare Najab.

Questionné sur ce qu’il conseille à ses anciens codétenus, l’ancien pilote des FRA répondra que la rédaction des mémoires est importante pour l’histoire du pays. « chaque prisonnier est un livre », estime-t-il.  » Dix-huit ans de guerre pénible, très dure pour laquelle beaucoup de Marocains se sont sacrifiés, doit être connue dans l’histoire du Maroc ».

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