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20 ans de règne. L’analyse de 2 conseillers du roi et de 2 anciens ministres

20 ans de règne de Mohammed VI. Deux conseillers du roi en parlent…

Évolution politique, priorités, «avancées», «imperfections»…Dans un entretien accordé à l’AFP le 26 juillet, deux conseillers royaux font un tour d’horizon des vingt ans de règne de Mohammed VI. «Peu habitué à s’exposer», Abdellatif Menouni, 75 ans, est un universitaire constitutionnaliste appelé au cabinet royal en 2011. Omar Azziman, 72 ans, universitaire nommé par deux fois ministre, «travaille sur beaucoup de choses» – droits de l’homme, réforme de la justice, organisation territoriale, éducation.


Quel bilan après vingt ans de règne ?
Omar Azziman : Les bienfaits du développement réalisé pendant ces 20 années n’ont pas bénéficié à tout le monde. Nous avons un mécontentement, nous n’arrivons pas à trouver des emplois pour nos jeunes, nous avons des régions trop déshéritées…Les Marocains peuvent être fiers du parcours accompli mais on n’est pas insensible aux imperfections, aux carences et aux dysfonctionnements. Pour continuer à avancer, nous avons besoin de cohésion sociale, c’est crucial.

Abdellatif Menouni : Un certain nombre de choses a été accompli, l’essentiel en matière démocratique a été fait, il reste à approfondir. Quelles priorités  ?
Omar Azziman : Dans une première séquence, la priorité était d’avancer dans le domaine de la démocratie, de construire un état de droit, de consolider les droits humains, de tourner la page du passé, de réussir l’expérience d’une justice transitionnelle. À partir de 2004-2006, la priorité s’est portée sur les grands chantiers économiques, les grands travaux d’infrastructures – routes, autoroutes, ports, aéroports – et l’économie avec un accent sur l’agriculture, l’industrie, les énergies alternatives. Aujourd’hui, la priorité se déplace sur la réduction des inégalités sociales, spatiales, territoriales, c’est un énorme chantier qui demande un nouveau modèle de développement plus sensible à l’impératif de justice sociale et une nouvelle politique territoriale à laquelle la régionalisation avancée contribuera fortement.

Quels changements ?
Omar Azziman : Nous sommes un pays qui depuis l’avènement du roi Mohammed VI s’inscrit à la fois dans la continuité et le changement : il n’y pas eu de changement de régime et il n’y a pas eu de rupture, le système est resté le même en prouvant qu’il a une forte capacité d’adaptation à l’évolution du temps et de la société. La principale différence avec le règne d’Hassan II, c’est qu’on est passé à la vitesse supérieure dans les choix stratégiques, l’action de l’État, la conduite des politiques publiques, l’exigence de l’efficacité.

Qu’a apporté la nouvelle Constitution de 2011 ?
Omar Azziman : Le monarque occupait une place centrale dans la précédente Constitution, il occupe toujours une place centrale : c’est l’idée de la continuité. Autrefois il occupait une place indéterminée avec des contours mobiles et flottants, aujourd’hui il occupe une place définie avec un périmètre limité : le changement est énorme.

Abdellatif Menouni : La nouvelle Constitution a offert des possibilités aux partis politiques leur permettant de s’imposer plus qu’auparavant mais dans les faits, le changement attendu n’a pas eu lieu, il faut peut-être du temps. Il y a des lenteurs.

Peut-on parler de monarchie parlementaire ?
Omar Azziman : Nous ne sommes pas dans une monarchie du type Espagne ou Pays-Bas où le monarque règne mais ne gouverne pas, nous sommes dans un autre type de monarchie mais les attributions du roi sont délimitées.

Abdellatif Menouni : On est dans le trajet d’une monarchie parlementaire (… ) mais bien évidemment, il reste peut-être certaines dispositions à perfectionner. 

Règne de Mohammed VI. L’ère des grandes réformes

 

Le Nouveau Règne, comme ont choisi de l’appeler la classe politique et l‘opinion publique en général, est l’Âge des Grandes Réformes par excellence. À aucune période de l’histoire, le pays n’a vu autant de changements, de chantiers, de nouvelles politiques, de bouleversements, de foisonnements d’idées, d’actions profondes… Un jeune Roi avec une vision nouvelle, une politique basée sur l’action, un regard critique et une capacité inédite de mobilisation du peuple et de la classe politique derrière une lancée courageuse vers l’avenir. Le résultat fut un Maroc nouveau qui bouge à une vitesse jamais vue, une société en pleine mutation, un nouveau paysage économique et social qui se dessine à l’horizon, mais également des attentes qui grandissent, une jeunesse débordante d’espoir au regard plein de questionnements, et une société qui a goûté aux fruits du développement et à la liberté, et qui en veut encore plus. Pour mieux préparer le pays à cette révolution délibérée voulue par un souverain et un peuple, un Roi réformateur et des citoyens avides de prospérité et de liberté, il a fallu soigner les plaies du passé, dépasser les ratages et corriger les cassures. La réconciliation devint le mot d’ordre au début du règne: regarder en face les malheurs du passé, les verbaliser, ériger le pardon en méthode de gouvernance et prendre en charge les victimes. La société reconnaît ses moments difficiles, use de sa culture pour guérir les plaies et pour rendre justice, et ce, sans drame ni chasse aux sorcières. L’esprit même de la réconciliation ne permet ni victoire ni échec mais un vrai pardon, un don de la part de chacun afin de donner de l’espoir à tout le monde, à toute une génération. Malheureusement, la lumière n’a pas été faite sur la période 1956-1959, faute de coopération de la part des différents acteurs de cette époque, chose qui hantera la classe politique lors des récents tristes événements du Rif. Les jalons d’un nouveau mode d’autorité avec une approche qui garantit le respect de la dignité et des libertés dans le cadre d’un État de droit, ont été mis sur la table depuis le début. Un chantier encore en construction mais des étapes importantes ont été franchies, notamment dans la Constitution de 2011 qui consacre l’universalité des droits de l’Homme et parle d’une bonne gouvernance de l’appareil sécuritaire (une des recommandations émises par l’IER). La culture des devoirs peine à se traduire encore en comportements citoyens et en actes de citoyenneté dans l’espace public mais l‘effort concerté de la part de l’école, de la famille et des médias dans ce sens doit s’inscrire dans le long terme et doit être de longue haleine. Du point de vue politique, l’alternance dite «consensuelle» et l’admission d’un parti d’obédience «islamiste» dans le champ politique, les deux entamées par Feu Hassan II dans un souci de réconciliation et de normalisation, ont été consolidées aussi bien dans la pratique que dans la Constitution de 2011, le fameux article 47 étant une demande formulée par l’USFP depuis la fin du Gouvernement Youssoufi en 2002.

La démocratie, un chantier royal
Les élections deviennent de plus en plus libres au fil du temps, des pratiques d’utilisation de l’argent et des connivences persistent mais l’intervention de l’administration devient de plus en plus rare (à l’exception des élections législatives de 2016). La démocratisation est un chantier de règne qui se consolide par une vraie séparation des pouvoirs, la mise en place d’institutions fortes, le renforcement des pouvoirs du Parlement et du Chef de Gouvernement, une régionalisation, embryonnaire certes, mais avancée, une participation accrue des citoyens dans la gestion de la chose publique, la mise en place du principe de responsabilité et de reddition des comptes et une reconnaissance de la pluralité des origines culturelles et identitaires, surtout avec la reconnaissance de l’amazigh, langue officielle du pays et de la culture amazighe, un trésor culturel et identitaire pour tous les Marocains. Le Maroc est plus libre, plus ouvert, plus dynamique politiquement et plus juste qu’il y a deux décennies. Il reste encore des réformes et des ajustements à faire dans les domaines des droits de l’Homme, du vrai sens de l’indépendance de la justice, la manière de former le gouvernement, le besoin d’un meilleur système de gouvernance de la gestion du développement, et la liberté d’expression et de la presse. D’aucuns parlent d’une nouvelle «génération» de réformes politiques et économiques, ce qui est chose normale pour un pays qui expérimente, qui innove, qui bouge. Des ajustements sont toujours nécessaires pour mieux faire et pour mieux se projeter dans un avenir meilleur pour tous les Marocains. L’idée d’une société polarisée entre modernistes et conservateurs s’est avérée être une «hérésie» culturelle, sociologique et historique. Les efforts consentis par certains pour administrer une réingénierie du champ politique à la lumière d’un manichéisme étrange à la culture et l’histoire de la société marocaine n’ont fait que consolider l’unité des Marocains autour de leur Roi, leur foi et leur territoire. Les réformes entamées par le Roi Mohammed VI et soutenus par les Marocains ont rendu tout interventionnisme (de nature politicienne) de la part de l’Administration inefficace, voire inacceptable. Des défis relatifs à la protection des libertés, surtout la liberté de la presse et la liberté d’expression, et des droits de l’Homme ont toujours besoin d’être relevés. Toutefois, le Maroc se démocratise de plus en plus, le champ des libertés s’étend vers de nouveaux horizons et le champ politique vibre de dynamisme et de débat. On n’est pas encore au stade d’un vrai débat d’idées et de projets de société, mais on doit y arriver si on veut mobiliser tout le monde autour d’une même vision. Les réformes socio-économiques voulues par le Roi et le peuple marocain ont irréversiblement transformé la paysage productif et social du pays. L’économie marocaine est parmi les plus diversifiées en Afrique et dans la région MENA. Le PIB a presque triplé en l’espace de 20 ans en passant de presque 42 milliards de dollars en 1999 à 110 milliards en 2019. Le revenu par habitant a doublé: 1.400 dollars en 1999 et 3.000 en 2015. Le Maroc exportait à valeur de 10,5 milliards de dollars en 1999 alors qu’en 2017, les exportations ont atteint 41 milliards de dollars. Le nombre de touristes a atteint 11 millions en 2016 alors qu’il était 4 millions de dollars en 2000. Avant les années 2000, l’industrie représentait environ 15% du PIB et n’employait qu’autour de 10% de la population. Elle représente en 2017 près de 30% du PIB et 21% de l’emploi. Les équilibres macro-économiques sont maintenus malgré un niveau élevé d’endettement public (y compris la dette des établissements publics et des collectivités locales.)

Des réalisations mesurables
Le saut en avant en matière d’infrastructures est époustouflant, avec un réseau portuaire de 37 ports dont 13 dédiés au commerce extérieur, 18 aéroports dont 16 internationaux, 1.800 km d’autoroutes avec 60% de la population liée directement à ce réseau et 85% résidant à moins d’une heure d’une autoroute, la première LGV en Afrique, des méga-stations de production d’énergie solaire, des zones franches, des stations logistiques et des zones industrielles de renommée internationale, plusieurs agropoles, des stations balnéaires géantes pour le tourisme, des projets d’aménagement de vallées et de lacs étendus dans le temps et l’espace, une place financière de choix à Casablanca et j’en passe. Sur le plan social, l’inscription au primaire est passée de 87% à 112% en 2017 (pourcentage brut). La pauvreté s’est vue réduite de 16,3% en 1998 à 4,8% en 2013. L’espérance de vie à la naissance s’est accrue, passant de 68 à 76 ans en l’espace de 18 ans. Le Maroc affiche une proportion de 20 décès pour 1.000 naissances vivantes en 2017 contre 63 décès en 1990. La mortalité maternelle est passée de 112 cas pour 100.000 naissances vivantes en 2010 à 72,6 cas en 2018. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes, et qui sont sans appel. Le Maroc d’aujourd’hui est bel et bien différent de celui d’il y a vingt ans. Néanmoins, des défis restent à relever, des ratages à corriger. Le modèle de développement connaît ses limites. Le souverain l’a souligné il y a deux ans. Il faut repenser nos approches, nos méthodes, notre façon de faire, voire notre système de gouvernance. Le secteur privé demeure frileux et dépend en grande partie de l’action gouvernementale. L’investissement interne privé est chroniquement faible. Les avantages fiscaux faits au BTP ont eu un effet pervers sur d’autres secteurs, notamment l’industrie, abandonnée par les siens en faveur de la manne immobilière. La croissance du PIB reste sur une moyenne annuelle de 4%, taux incapable d’absorber les milliers de jeunes sur le marché de l’emploi chaque année et de créer une vraie valeur ajoutée capable d’améliorer le niveau de vie des Marocains. L’accès au crédit, surtout pour les PME/PMI et TPE, handicape encore la capacité de la petite entreprise, créatrice d’emplois et de valeur, à financer ses projets. La corruption touche presque tous les secteurs, l’action gouvernementale n’ayant pas encore trouvé la bonne approche pour venir à bout de ce fléau dévastateur. Le coût de la facture de dégradation de l’environnement a été estimée à 3% du PIB selon la Banque Mondiale. Malgré les réalisations importantes du Plan Maroc Vert, la rentabilité de l’investissement public reste en deçà des attentes. En effet, un investissement annuel de 10 milliards de dirhams ne produit que 12 milliards de dirhams de valeur exportable (taux de rentabilité de 1,2 pour 1, à comparer avec l’industrie et le tourisme où la rentabilité en exports peut aller jusqu’à 6 à 10 pour 1). La productivité agricole peine encore à rivaliser avec celle des pays concurrents et le petit et moyen agriculteur attend avec impatience la transition vers une agriculture solidaire moderne qui crée la valeur et valorise pleinement le produit du terroir. L’industrie est encore dépendante des IDE et des encouragements de l’État, et l’investissement national privé reste mitigé, voire timide. Le tourisme est appelé à trouver de nouveaux relais de croissance durable dans l’écotourisme, le tourisme rural et culturel, le tourisme national et des niches comme le MICE et le luxe.  

Le Maroc, un pays transformé 
La compétitivité de l’entreprise marocaine s’améliore lentement à cause d’une gouvernance pas assez moderne, une culture qui ne valorise pas suffisamment les talents et ne priorise pas l’investissement en numérique, en technologie et en R&D. Du point de vue social, le taux de chômage persiste à des niveaux alarmants avec 14,7% en milieu urbain en 2017. Surendettée, surtaxée, et limitée dans ses capacités à consommer et à contribuer pleinement à l’économie nationale, la classe moyenne marocaine ne bénéficie pas de suffisamment d’attention de la part des pouvoirs publics. La pauvreté sévit encore surtout en milieu rural et au niveau de poches importantes dans les villes. La couche inférieure de la classe moyenne vit dans la précarité et est vulnérable aux chocs sociaux. Les réformes de l’éducation et de la santé n’ont pas encore eu d’avancées considérables qui les fassent sortir du marasme. Le Maroc qui, sous le leadership de son jeune Roi, était capable de corriger les failles du passé au tout début du siècle, est maintenant fort de ses avancées et ses institutions, encore mieux outillé pour faire face à ces défis. Les réformes créent le changement certes, mais le changement vient avec ses risques, ses ratages et ses fractures. C’est normal que des défis restent à relever et c’est ainsi que les Nations avancent, en travaillant, en essayant, en apprenant de leurs succès et de leurs échecs. Le Maroc de demain, plus glorieux, plus prospère, plus juste, se construira en permettant à tout le monde d’y contribuer. Un nouvel élan se dessine à l’horizon. Un assainissement du champ politique et des droits s’impose en mettant en place de nouvelles réformes qui permettraient de clarifier les rôles des acteurs, mettre en place des garde-fous pour protéger davantage les droits et les libertés, repenser la séparation des pouvoirs, et renforcer les pouvoirs du Chef de Gouvernement et du Parlement. Il est fondamental d’achever le chantier de la réconciliation avec le passé en y incluant la région du Rif et les déboires de 1956-1959 et en mettant en place de vraies politiques de développement des régions impactées par les politiques des années de plomb. Les prérequis d’un vrai décollage du Maroc de demain consistent en la poursuite du combat contre la pauvreté et la vulnérabilité via des transferts directs conditionnés et gérés par les femmes, le renforcement des capacités de la classe moyenne via la réduction de l’IR sur les dépenses de l’école et la mise en place de fonds de soutien au logement, l’accès à l’université, la mobilité et les loisirs. Il faut que les pouvoirs publics travaillent plus efficacement sur l’employabilité des jeunes en agissant via une meilleure offre (plus de life skills, entrepreneuriat, communication, etc.), un accès plus fluide et à temps à l’emploi temporaire et alterné, des passerelles souples entre l’entreprise et les centres de formation, et l’orientation de l’investissement public vers les secteurs forts créateurs d’emplois comme les services, le tourisme, la culture, la technologie, les voyages, les sports, l’entrepreneuriat social, etc. Investir dans l’avenir ne passe que par la mise en place d’une vraie économie et société de savoir. Le Maroc doit pouvoir passer de 15.000 à 20.000 brevets d’invention et de création d’ici 2035.

L’éducation et la formation, des chantiers prioritaires
Pour y arriver, il faut investir dans l’offre de formation universitaire et de recherche. Le Maroc doit disposer dans les 15 années à venir de 200 à 300 universités et centres de recherche de niveau mondial. Aussi, il doit pouvoir investir de 3 à 5% du PIB dans la recherche et le développement. Une vraie Stratégie de Science, de Technologie et d’Innovation sur 20 ans est primordiale. La science et l’innovation doivent être le souci des écoles, des médias, des universités, de la société civile et du secteur privé. Il faut sacraliser le recours à la science et à la recherche dans la science. Il faut dépasser le fossé qui nous sépare des pays avancés en mettant l’accent sur l’intelligence artificielle, la nanotechnologie, la robotique, l’impression en 3D, l’Internet des objets, les véhicules autonomes, les véhicules volants, la blockchain, la génétique, la technologie de l’espace, le stockage de l’énergie, la science des matériaux, le Big Data (l’informatique quantique), etc. C’est en faisant entrer le monde de la quatrième révolution par la grande porte qu’on peut créer de la valeur, une valeur durable qui transformera le visage industriel et économique du Maroc. Le génie d’un Roi et d’un peuple, qui a transformé le Maroc et son économie en l’espace de vingt ans, est également capable de le hisser au niveau des pays les mieux gouvernés de la planète et les plus capables de produire de la richesse durable à partir du savoir et de la science. Les succès des vingt dernières années doivent nous donner à tous le courage de travailler encore plus, et l’espoir d’arriver à un Maroc meilleur dans un avenir très proche. Il suffit que nous maintenions la foi en notre génie collectif, en notre Roi et en notre culture. Le reste suivra; l’espoir est le phare qui guidera notre voyage collectif vers notre destin, le destin d’une Nation qui se cherche mais qui finira par arriver.

Vingt ans de règne. Le Roi visionnaire 

 

Une rétrospective des 20 ans de règne est une gageure. Évaluer ces deux décennies encore plus, eu égard à la forte densité des événements survenus durant cette période et aux mutations technologiques et géopolitiques qu’elles ont connues.

L’exercice auquel nous nous prêtons n’a pas la prétention d’être exhaustif ni péremptoire quant aux années écoulées, mais s’inscrit dans une démarche citoyenne visant à participer à la célébration du 20e anniversaire de l’intronisation de Sa Majesté le Roi. On ne saurait décrypter l’action et la vision de Mohammed VI sans évoquer les éléments clés qui ont construit l’Homme, le Prince Héritier et le Souverain. Sa formation au Collège Royal, son doctorat portant sur «La coopération entre la CEE et l’UMA» brillamment soutenu à l’Université Nice-Sophia Antipolis d’une part, et les multiples missions conduites en tant que Prince Héritier d’autre part, lui ont permis de construire une vision claire pour le Maroc. Proclamé Roi, il savait donc déjà ce qui l’attendait et a aussitôt dessiné la direction qu’allait prendre son pays. Dans son premier discours adressé à la Nation, le 30 juillet 1999, le Roi a donné le cap et tracé la feuille de route qu’allait adopter le Maroc à l’aune du 21e siècle: «Nous sommes extrêmement attachés à la monarchie constitutionnelle, au multipartisme, au libéralisme économique, à la politique de régionalisation et de décentralisation, à l’édification de l’État de droit, à la sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés individuelles et collectives, et au maintien de la sécurité et de la stabilité pour tous. Nous souhaitons que le Maroc, sous notre règne, aille de l’avant sur la voie du développement et de la modernité, et qu’il accède au troisième millénaire, doté d’une vision prospective, en parfaite cohabitation et une entente réciproque avec nos partenaires préservant son identité et sa spécificité, sans se refermer sur soi, dans le cadre d’une authenticité reconfirmée et d’une modernité qui ne renie guère nos valeurs sacrées». Cette vision prospective sera clairement déclinée deux années plus tard et pourrait se résumer par le nouveau concept d’autorité, la lutte contre la pauvreté et la marginalisation. Ce sont des principes fondateurs qui ont été réitérés par le Roi à chaque occasion. Soucieux de rétablir la confiance et d’instaurer un climat d’apaisement qui manquaient au Maroc d’alors, Sa Majesté a décidé de la création de l’Institut Équité et Réconciliation (IER) pour dépasser les malentendus du passé et les inscrire sur le registre de la mémoire collective. C’est dans ce cadre que s’inscrit en 2005 le lancement d’une politique ambitieuse de lutte contre la pauvreté à travers l’Initiative Nationale de Développement Humain (INDH). Celle-ci fait aujourd’hui école et beaucoup de pays s’en inspirent. En effet, l’INDH, couplée à d’autres mesures sociales importantes, a permis de ramener le taux de pauvreté au Maroc à moins de 7% contre 30% en 2004. En outre, deux questions sociétales et culturelles majeures bloquaient la société marocaine et créaient un climat de crispation et de tension: la question de la femme et la question amazigh. Celles-ci ont su être traitées dans la sérénité, avec une grande pédagogie. Toujours en 2005 fut lancée la mise en œuvre effective de la couverture médicale qui a donné des résultats globalement satisfaisants. En effet, le taux de couverture médicale est passé de 15% en 2005 à près de 70% aujourd’hui, RAMED inclus.

Des chantiers pour la postérité 
Le Roi est un Homme de dossiers. Il veille toujours à connaître dans les détails la nature des problèmes afin d’agir de la façon la plus pertinente possible et d’apporter les solutions appropriées. Cela l’a conduit à commander une étude sur le cinquantenaire, mettant à l’œuvre l’expertise marocaine, et visant à établir un diagnostic global du Maroc depuis l’Indépendance. Embrassant tous les domaines, cette étude a débouché sur des propositions qui demeurent d’actualité. Cinq principales orientations ont ainsi été arrêtées pour «le Maroc Possible»: la planification, la participation, la prise de décisions fondée sur la concurrence, l’évaluation, l’«accountability» ou la reddition des comptes. Toutefois, la réalisation majeure du Souverain demeure sans conteste l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2011. Celle-ci a placé le Maroc sur les rails de l’État de droit et l’a mis au niveau des pays développés. Plus qu’une simple évolution, il s’agit là d’une révolution. Nécessairement, il fallait développer le pays sur le plan économique en donnant la priorité, dans un premier temps, aux infrastructures de base, faisant ainsi jouer les recettes keynésiennes qui ont fait leurs preuves ailleurs. Progressivement, le Maroc se transforme en quelques années en chantier ouvert suite à l’édification d’infrastructures modernes et attractives. Il en est ainsi du port Tanger Med, du réseau autoroutier, du réseau de la voie ferrée, du TGV Al Boraq, de l’infrastructure hydraulique, de la réalisation de mégaprojets culturels, de la centrale solaire Noor pour préparer le pays à la transition énergétique, du grand port de Nador en cours d’achèvement, du plan de développement des provinces du Sud, des investissements massifs pour l’aménagement de la région du Nord… La liste peut être étendue à souhait Sur le plan économique, malgré l’abandon de la planification, des plans sectoriels d’envergure furent lancés sous la houlette du Roi et avec Son suivi régulier. Ainsi en est-il du Plan Maroc vert pour l’agriculture, du Plan Halieutis pour la pêche maritime, du Plan Émergence devenu Plan d’accélération industrielle pour l’industrie, de la Vision 2010 et 2020 pour le tourisme, de Maroc Numeric pour l’économie numérique, etc. Malgré leurs limites et les critiques dont ils font l’objet, notamment le manque de convergence, ces programmes ont donné des résultats relativement satisfaisants. Il suffit aujourd’hui de rappeler que le Maroc est devenu leader du continent africain au niveau du secteur automobile. Cependant, l’infrastructure physique, aussi utile et nécessaire soit-elle, ne suffit pas à elle seule pour déclencher le développement inclusif dont le Maroc a besoin. Elle doit nécessairement aller de pair avec le développement du capital humain. Un progrès significatif a été fait dans ce sens tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Mais force est de constater que les résultats ne sont pas à la hauteur des moyens consentis.

 

L’Afrique, la priorité
Une fois la confiance rétablie à travers des actions concrètes sur le terrain, Sa Majesté le Roi s’est alors intéressé à l’international et, en premier lieu, au continent africain dont nous faisons partie intégrante. L’objectif visé étant d’assurer le retour du Maroc à l’Union Africaine. La tâche était ardue face à des adversaires qui ne voulaient consentir à aucun compromis. Le Souverain a su s’y prendre avec intelligence, clairvoyance, souplesse et esprit d’écoute en plaçant son action sur le moyen terme. Ainsi a-t-il, en quelques années, effectué plus de 40 voyages dans près de 30 pays et veillé à la signature de dizaines d’accords et de conventions économiques portant sur des projets d’intérêt vital pour la population africaine. Ce faisant, le Roi a mis en vogue une nouvelle conception de coopération Sud-Sud aux antipodes de la conception néocoloniale fondée sur l’exploitation, voire le pillage des ressources dont regorge notre continent. Dans ce chemin semé d’embûches, le Roi a fait prévaloir la stratégie sur la tactique en mettant en avant les bienfaits de la diplomatie économique. Qui pourrait oublier aujourd’hui ces moments d’une émotion inouïe lors de la prononciation par le Souverain de son discours pour annoncer à ses pairs le retour du Maroc à sa maison, l’Afrique. Le discours prononcé par le Roi exprime à la fois un sentiment d’amertume suite au temps perdu et aux occasions manquées par les peuples africains, mais surtout une marque d’espérance pour un meilleur avenir d’une Afrique solidaire, démocratique et libérée des servitudes. Le bilan de ce qu’a accompli le Maroc ces deux dernières décennies est largement positif et ses retombées sont visibles. Le Maroc d’aujourd’hui est totalement différent de celui du début du millénaire. Mais comme tout développement est contradictoire, ce progrès n’a pas touché de la même manière l’ensemble des Marocains et la totalité des Régions du Royaume. D’ailleurs, le Roi est le premier à le reconnaître en soulignant l’essoufflement de l’actuel modèle de développement et en appelant les institutions majeures du pays à réfléchir à un nouveau modèle de développement qui soit axé sur l’inclusion sociale et la satisfaction des besoins fondamentaux de la population. Nous avons réussi l’essentiel: maintenir le pays en équilibre. Et cela grâce au génie du Roi. C’est une chance historique pour nous Marocains d’avoir un Roi de la trempe de Mohammed VI: un Roi profondément humaniste, épris de valeurs de justice sociale, attaché à la démocratie, aimé par Son peuple parce qu’il est sensible à ses problèmes et attentif à ses doléances. Mobilisons-nous donc à ses côtés, chacun dans son domaine de compétences, pour réaliser ensemble cette ambition collective qui est la nôtre et réaliser le grand dessein pour lequel le Souverain s’est engagé depuis son accession au trône, voire bien avant. 

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