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Le tableau dressé par la Banque mondiale est on ne peut plus sombre: «Le nombre de Marocains âgés aujourd’hui de 20 ans s’élève à environ 600.000. Dans cette classe d’âge, près de 400.000 d’entre eux, c’est-à-dire les deux-tiers, n’ont pas obtenu le baccalauréat et resteront peu qualifiés, sans grande perspective d’accéder à des emplois de qualité. Parmi les 200.000 bacheliers (…), 140.000 d’entre eux s’engageront dans des filières de formation peu valorisées sur le marché de l’emploi. Seulement 10.000 jeunes, soit moins de 2% de la classe d’âge, obtiendront des diplômes très qualifiants qui leur garantiront des niveaux élevés d’emploi et de salaire». Durant ces 20 dernières années, la dimension sociale a été le parent pauvre de tout plan de développement. Il est vrai que bien des initiatives ont été prises, bien des structures ont été mises en place (Agences de développement, entre autres), mais des résultats probants n’étaient pas au rendez-vous à défaut d’une vision claire et surtout d’une approche globale du développement humain. Le résultat ? Une accumulation de problèmes touchant tous les aspects sociaux : santé, éducation, formation professionnelle, enseignement supérieur, etc. La situation est telle que nous risquons d’être pris de découragement et de pessimisme tant le travail à faire pour redresser les choses paraît insurmontable ; il y a tant à faire que nous sommes pris de vertige. L’heure n’est pas aux lamentations et encore moins aux rapports critiques sur notre économie et sur notre situation sociale. Le souverain a été clair dans ses derniers discours : Passer à l’acte, agir. Malheureusement, jusqu’à date d’aujourd’hui, aucun parti politique n’a véritablement ouvert le débat et proposé un nouveau modèle de développement. C’est encore une fois le souverain qui prend les devants et appelle à une mise à niveau du secteur de la formation professionnelle en imposant à l’Exécutif une date butoir pour remettre sa feuille de route. La mise à niveau de la formation professionnelle n’est pas aussi évidente qu’on le pense. Toute proposition hasardeuse risquerait d’engager les opérateurs de formation sur de mauvaises pistes avec, au final, une augmentation de jeunes sans réelle qualification professionnelle et des entreprises en manque de compétences. On risquerait de dilapider des milliards de dirhams et aussi du temps. Et, le temps, c’est ce qui nous manque le plus. Selon l’étude «Formation et emploi au Maroc» du HCP (mai 2018), «la population en âge de travailler constitue 63% de la population totale et croît annuellement de 370.000 personnes». Ceci constitue un réservoir de ressources humaines considérables et donc une grande opportunité pour l’économie nationale, surtout si nous comparons ces données à celles de l’Europe qui, d’ici à 2050, perdrait 49 millions de personnes en âge de travailler. Le constat est simple : si nous voulons attirer des investissements étrangers dans des secteurs à forte valeur ajoutée, nous devrons avant tout investir dans une formation de qualité à même de garantir une montée en compétence de nos futurs lauréats. Pour l’heure, et toujours selon le HCP, «le rendement externe de la formation professionnelle montre sans équivoque un niveau de performance problématique aussi bien au plan qualitatif que quantitatif, comparé à celui de l’enseignement général».

Une formation de qualité pour accompagner la mise à niveau des entreprises
Il est vrai que l’une des principales raisons d’être de la formation professionnelle est de répondre aux besoins des entreprises. Il est devenu impératif pour ces dernières, d’une part, d’identifier leurs besoins réels en ressources humaines pour les années à venir et, d’autre part, d’entamer sérieusement une mise à niveau globale. En effet, dans un rapport conséquent de l’année en cours intitulé «Le Maroc à l’horizon 2040 : investir dans le capital immatériel pour accélérer l’émergence économique», la Banque mondiale souligne : «Peu structurées, de taille modeste et faiblement internationalisées, les entreprises marocaines s’avèrent globalement peu dynamiques et innovantes». C’est dire donc qu’une restructuration de la formation professionnelle, aussi volontariste qu’elle soit, serait peine perdue sans une sérieuse mise à niveau de l’entreprise marocaine. La CGEM et les différentes branches professionnelles doivent sérieusement s’attaquer au problème en étant convaincues que la compétitivité des entreprises est aussi de nature humaine. Il est donc nécessaire que tous les opérateurs prennent conscience que dans les prochaines années, l’investissement à lui seul ne pourra plus garantir un taux de croissance positif. Nous nous situons déjà parmi les pays où le taux d’investissement est le plus élevé au monde avec plus de 30% du PIB. Selon la Banque mondiale, «le Maroc n’a pas d’autre choix que d’augmenter sa productivité et donc le niveau d’éducation de sa
population».

Former dans les métiers d’avenir
Le souverain a insisté sur la mise en place d’une formation professionnelle de qualité. Cette montée en compétence sera un grand atout pour les secteurs industriels si nous voulons booster leur compétitivité face à la concurrence mondiale. Il est donc temps de s’intéresser sérieusement aux technologies de la 4e révolution et de les décliner en programmes de formation à intégrer aux spécialités existantes ou en nouvelles spécialités. Dans un article publié en octobre 2016, nous avons mis l’accent sur le fait qu’en ce qui concerne l’investissement dans le capital humain, le Maroc a certes mis en place une nouvelle stratégie de la formation professionnelle à l’horizon 2021, mais il va falloir être plus réactif et opérationnel en vue de «l’élaboration de systèmes de qualification et de formation propres à préparer la future main-d’œuvre à acquérir les compétences techniques et de base dont elle aura besoin pour faire face aux changements à venir». Nous avons également souligné que pour l’enseignement supérieur, c’est tout le système de formation des ingénieurs, tant au niveau du contenu que des approches pédagogiques, qui nécessite d’une part, une sérieuse mise à plat et d’autre part, tout un travail de réingéniering. La voie du salut pour un réel développement profitable pour tous est de donner aux jeunes et aux moins jeunes l’opportunité de contribuer et de profiter du développement du pays. La condition est de leur garantir un enseignement et une formation de qualité. Rappelons que ce n’est pas un luxe mais la seule voie d’accès à un réel développement.

Mouneim Mansouri
Docteur en Sciences du Langages de l’Université Paul Valéry (Montpellier III)

Credit Agricole Fellah Trade 201/ 2019

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