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Chroniques

J’emprunte le concept de l’articulation à P.P Rey développé dans son ouvrage «les alliances de classes : sur l’articulation des modes de production» pour l’appliquer aux instances politique et économique. En effet, dans un pays donné, l’équilibre sociétal suppose une meilleure articulation, voire une adéquation, entre ces deux instances. L’une ne peut évoluer indépendamment de l’autre. Puisque dans les faits, une instance est toujours en avance sur l’autre, il s’agit là d’une tendance et non d’une situation figée.

L’adéquation entre les deux instances pourrait se produire de deux manières : d’une part via des mécanismes spontanés et autorégulateurs, qui risqueraient d’être lents et pourraient générer des tensions voire des blocages plus ou moins durables ; d’autre part via des actions volontaristes dans un sens progressif ou dégressif en fonction de la volonté des acteurs politiques et du rapport des forces entre ces derniers. Par conséquent, tout changement n’est pas automatiquement positif. Qu’en est- il du Maroc ? Quel type d’articulation est dominant ? Quelle instance est en avance sur l’autre ? L’analyse de la formation sociale marocaine – au sens marxiste du terme- nous incite à soutenir l’hypothèse du retard de l’instance politique sur l’instance économique. Ainsi, le pays a connu une évolution remarquable sur le plan économique au cours des trois dernières décennies. Bien que ce progrès économique soit visible à tous les niveaux, il a généré des contradictions et créé de multiples frustrations : La fracture entre les différentes couches sociales s’est élargie et le clivage entre les régions du pays s’est accentué. Les données sont connues pour ne pas s’y appesantir outre mesure.

En revanche, l’instance politique est restée quasiment inchangée si l’on excepte l’adoption de la nouvelle constitution de 2011 dont certaines dispositions ne sont pas encore totalement mises en œuvre. Aussi, le mode de gouvernance demeure traditionnel, la qualité des acteurs politiques est d’un niveau qui laisse à désirer, les partis politiques, préoccupés par la gestion du court terme, jouent mal leur rôle d’encadrement de la population, l’élite politique se renouvelle timidement, l’administration resteattachée à des pratiques ancestrales. Contrairement à certaines idées reçues, le politique est déterminant en dernière instance, il constitue un frein voire un blocage au développement économique qui lui est conditionnel. Par conséquent, il faut agir sur le politique pour sortir de la léthargie dominante et libérer les initiatives en tirant la pratique politique vers le haut.

Les mesures annoncées dernièrement suite aux discours adressés par le Souverain à la Nation à l’occasion de la célébration du peuple marocain de la fête du trône(29 juillet) et de l’ouverture de la session parlementaire (13 octobre) s’inscrivent bel et bien dans ce sens. Elles visent à mettre à niveau le champ politique et à rendre irréversible le principe de la reddition des comptes. Cette mise à niveau va donner sûrement un coup de fouet à l’économie qui commence à montrer des «signes de fatigue». Le processus du changement est lancé. Il faut le conduire jusqu’à son terme pour le rendre plus perceptible par tout un chacun. Les Marocains adhérent dans leur ensemble à cette révolution déclenchée par la plus Haute Autorité du pays et sont convaincus que «rien ne sera désormais comme avant». C’est une nouvelle ère qui s’ouvre devant nous. Elle est porteuse de beaucoup d’espérance mais aussi d’incertitudes.

Abdeslam Seddiki
économiste et ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales

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