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Il est 15h, à la plage de Nahla, près d’Aïn Sebâa. La mer est calme, les vagues se brisent sur cette côte d’habitude déserte en cette période de l’année. Un surfeur se mesure aux vagues, des enfants continuent à se baigner près de cette plage récemment dépolluée. Au large, deux embarcations de pêche artisanale partent à la conquête de l’Atlantique. Une présence de nombreuses femmes avec enfants contraste avec ce décor ordinaire propre à une belle journée ensoleillée en ce début d’octobre. Ces familles sont à la recherche de leurs proches disparus en mer le 28 septembre. Ils sont présents sur cette place chaque matin depuis le naufrage de l’embarcation transportant leurs 56 enfants partis de la côte de Paloma, dans la commune d’Aïn Harouda. Quatre jours après ce drame, 16 corps ont été rejetés par la mer. À l’heure où nous mettions sous presse, 37 personnes sont toujours portées disparues. Dans le «zodiac de la mort», on ne compte que trois miraculeux survivants. Les lenteurs des recherches inquiètent les familles qui attendent de récupérer le corps de leur progéniture.

Deuil et solidarité
Sur cette plage, les familles tentent de faire leur deuil. Chaque matin, elles viennent avec enfants et plusieurs membres de leurs familles pour attendre un corps sans vie. L’attente est insoutenable. Un enfant est accroché à sa mère, il a faim, il se débat. Il veut jouer en bord de mer comme tout enfant de son âge. La maman gronde son garçon.

La mère accepte de nous parler : «J’ai perdu un neveu. Il avait 20 ans, il ne travaillait pas. Il voulait absolument partir. Il a fait des mains et des pieds pour qu’on lui trouve les 25.000 DH exigés par le passeur. Nous avons tous du emprunter de l’argent à ses parents pour qu’il paye ce voyage. On l’a perdu. Sa mère et son père sont partis à la morgue de Casablanca pour identifier un des deux corps rejetés par la mer ce matin», confie-t-elle, à bout de souffle.

À l’entrée de cette plage, les habitants des quartiers environnements à Aïn Sebaâ se relaient pour apporter leur soutien aux familles des disparus. Un élan de solidarité spontané est en marche depuis le premier jour du drame. Les familles reçoivent repas et accueil dans les maisons des habitants des quartiers. «Cette solidarité apporte un baume au cœur de nos familles meurtris par ces disparitions. Les gens viennent de partout pour nous assister. Nous les remercions», lâche reconnaissant Ayachi El Ferfar, coordinateur du comité des familles des victimes, joint par téléphone par «Les Inspirations ÉCO».

Retour chez les familles, la lassitude gagne du terrain. Amina, une des mères des disparus ne souhaite plus parler aux médias. «J’ai tout dit, j’ai tout raconté. Je veux juste récupérer le corps de mon enfant et repartir l’enterrer», lance-t-elle avec une voix rauque et les larmes aux yeux. Un peu plus loin, c’est le même sentiment de désolation qui envahit les parents d’Abdellah, disparu dans le «zodiac de la mort». Sa grande mère nous raconte leur cauchemar : «Il avait 17 ans, il n’allait plus à l’école depuis un an. On a tenté de le dissuader. Il ne voulait rien entendre. Il a fait pression sur sa mère qui a récolté les 25.000 DH pour lui payer ce voyage», se remémore-t-elle. Hélas, ça sera le voyage de la mort. Pour l’heure, les familles continuent de faire le pied de grue près de la plage pour attendre un corps. D’autres membres des familles se rendent à un centre de médecine légale à Rahma pour identifier les corps. «Notre inquiétude, c’est que plus le temps passe, plus l’identification des corps devient compliquée et exige la réalisation de tests ADN», affirme Ayachi El Ferfar, coordinateur du comité des familles des victimes. Et d’ajouter : «D’autant que la décomposition des corps risquent de rendre ardue cette mission».

Selon un responsable de la protection civile, contacté par «Les Inspirations ÉCO», «la mobilisation de nos équipes est maximale. Maintenant, il y a aussi les marées qui changeront et pourront faciliter notre travail». La marée devrait changer entre aujourd’hui et demain. Sur le plan de l’enquête judiciaire, six personnes sont aujourd’hui en garde de vue en raison de leur implication présumée dans ce réseau d’émigration irrégulière. «Le chef de cette bande et véritable responsable de ce drame n’a pas été arrêté. Nous exigeons qu’il soit interpellé le plus rapidement possible pour que justice soit rendue».

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