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L’Union de Huelva pour les services agricoles à Béni Mellal a vu le jour cette semaine. Cette coopérative initiée par l'ANAPEC veut redonner une stabilité et une dignité aux travailleuses agricoles de retour au Maroc. Les détails d’un projet pionnier. 

Cette coopérative s’inscrit dans le cadre des objectifs initiaux du programme «Gestion éthique de la migration» établi entre le Maroc et l’Espagne dès 2001. Entre-temps, peu de choses ont été réalisées. La crise de l’an passé a permis de relancer le soutien au retour des travailleuses agricoles. L’objectif principal de l’Union de Huelva est «d’accompagner les travailleuses lors de leur retour pour leur assurer un travail stable dans un cadre formel durant toute l’année au Maroc». Tarik Aboulkhir, directeur provincial de l’ANAPEC, est chaque année témoin de la misère de ces ouvrières: «Après leur retour, on retrouve une nouvelle fois ces femmes au moukef. Pour moi, cette forme de travail est une atteinte à la dignité». Le projet de coopérative vise également à «améliorer le taux de retour des ouvrières au Maroc», en ligne avec les objectifs ciblés par l’Espagne. Enfin, cette coopérative est un moyen de «faire profiter la région agricole de Béni Mellal du savoir-faire de ces travailleuses acquis pendant des années en Espagne». Les équipes de l’ANAPEC affichent leur ambition de réussir ce projet. Une coopérative qui promet de «transformer la configuration du travail agricole dans la région».

Séduites mais intriguées
Tarik Aboulkhir est un homme motivé, et il tente de mobiliser les partenaires autour de ce projet. Le 6 février, la coopérative devait composer son bureau exécutif. Il fait appel à l’antenne régionale de l’Office pour le développement de la coopération (ODECO), institution en charge du secteur coopératif au Maroc. Le directeur invite également la CNSS à détailler l’offre réservée aux coopérants. Si beaucoup de détails restent à peaufiner, le projet séduit mais intrigue les principales intéressées.
«Mais pourquoi Huelva?», s’interroge la responsable de l’ODECO. «Le nom de cette région en Espagne est leur «carte de visite» auprès des opérateurs marocains», explicite Aboulkhir. Pour ces femmes, l’expérience à Huelva demeure gravée dans leurs esprits. Fatiha, de la commune Dar Ould Zidouh, province de Fqih Ben Salah, déclare: «On ne veut plus travailler uniquement chez les autres. On veut aussi pouvoir travailler dans notre pays, avec nos papiers et nos droits. Les femmes ne doivent plus être des victimes», s’indigne cette ouvrière. Fatima, vice-présidente de la coopérative de l’Union de Huelva renchérit :«À Béni Mellal, le travail agricole est encore anarchique. Certains exploitants agricoles ne paient pas les salaires. On veut que les choses changent», poursuit cette répétitrice dans les champs agricoles du Sud de l’Espagne. Ce projet de coopérative n’est pas toujours assimilé par des femmes qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. Leur exiger une signature ou le dépôt de la CIN les laisse perplexes. Elles font confiance à l’ANAPEC pour le démarrage de ce projet.

En finir avec le «moukef»
Pour trouver une solution structurée au «moukef», ce projet se base sur un business plan simple mais solide. «Nous sommes réalistes: les bénéficiaires de cette première coopérative seront d’environ 100 ouvrières», explique Aboulkhir. Le secteur agricole dans la région génère 8,7 millions jours de travail par an. Cette coopérative veut capter 18.000 jours de travail pour les coopérants. «Cela représente à peine 0,41% des journées de travail dans la région», évalue le directeur de l’ANAPEC. Chaque travailleuse pourra ainsi assurer 180 jours de travail, soit 6 mois par an. Les trois secteurs demandeurs de main-d’œuvre dans la région sont l’olivier (4 millions/jours), les agrumes (3,5 millions/jours) et la betterave à sucre (1,5 million/jours). Sur le papier, le projet de cette coopérative se tient. Reste à convaincre le patronat agricole dans la région (voir encadré). Pour assurer la structuration et le fonctionnement de la coopérative, l’ANAPEC démarre déjà les prospections auprès des bailleurs de fonds. «Nous avons des promesses de l’INDH», annonce le responsable de l’ANAPEC. Ce dernier compte aussi frapper à la porte des agences de coopération internationales ainsi qu'à la chambre agricole et les instances élues. En attendant que le projet démarre, les futurs membres de la coopérative ont déjà la tête en Espagne. «Dès votre retour, on reparlera de ce projet», promet Aboulkhir de l’ANAPEC. Le rendez-vous est donc pris. 


La balle dans le camp du patronat agricole

Principal avancée de ce projet, la fin du travail informel. Les salariés de la coopérative pourront bénéficier d’une couverture sociale et médicale. Ce respect de la législation du travail implique la hausse du coût du travail avec les cotisations sociales. «Nous comptons démarrer avec les grandes fermes agricoles appartenant à des groupes structurés. Nous avons déjà quelques promesses de leur part pour nous donner des commandes. Ces donneurs d’ordre peuvent influer sur la décision des autres acteurs agricoles à Béni Mellal et Fqih Ben Salah», déclare, optimiste, le responsable de l’ANAPEC. Ces patrons doivent surtout accepter de faire passer le salaire journalier de ces femmes de 70 à 130 DH/jour.

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