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Des réfugiés installés au Maroc lancent depuis une année leurs projets de coopératives. Une expérience pilote fragile mais prometteuse. Reportage chez des coopérants venus de loin.

Abdellah Emran, 45 ans, est réfugié yéménite installé depuis 2 ans et demi au Maroc. En février 2016, il quitte son pays déchiré par la guerre civile et les interventions étrangères et prend la route de l’exil. Avec son épouse et ses trois enfants, il quitte Sanaa et se dirige vers la Jordanie puis le Qatar avant de décider de rejoindre le Maroc par avion. Dans ces bagages, plusieurs diplômes, une expérience de haut cadre dans l’éducation nationale de son pays et des contacts de compatriotes étudiants au Maroc. «Le royaume est un pays connu pour son hospitalité et sa tolérance. Mes contacts m’ont facilité l’installation», confie Emran. Cet ex- directeur dans le ministère de l’Éducation nationale au Yémen s’installe à Kénitra. En juin 2017, il lance avec sept autres réfugiés la coopérative éducative Espoir, spécialisée dans les métiers de l’éducation. Avec l’aide du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) et son partenaire l’Association marocaine d’appui à la promotion de la petite entreprise (AMAPPE), ce projet a pu voir le jour. «La loi 112-12, votée en 2014, permet aux personnes étrangères de créer leurs coopératives. Nous avons lancé un appel à candidature. Trois projets ont été retenus en 2017. Il s’agit des Coopératives Espoir, Nissae Al Yémen et Ard El Jana. Depuis, nous sommes en phase d’accompagnement financier et commercial de ces trois projets», rappelle Mohamed Tabit, chargé des coopératives à l’AMAPPE. Ces coopératives, certes économiquement fragiles, permettent aux réfugiés yéménites et des exilés d’autres nationalités de se reconstruire et vivre dignement.

Démarrage poussif
«Je ne souhaitais pas vivre de l’aide du HCR, qui est insuffisante pour subvenir à mes besoins et celle de ma famille. Avec ce groupe de compatriotes, nous utilisons nos connaissances dans l’éducation pour lancer la coopérative», rappelle Emran. Faute d’obtenir la licence pour l’école primaire, le premier projet de la coopérative est un jardin d’enfants au quartier Sakinia à Kénitra. Le démarrage de l’activité s’est fait en octobre 2017. «Le coût global du projet est de 170.000 DH, nous avons reçu un financement de l’AMAPPE de 130.000 DH pour le démarrage. Sans ce soutien, nous n’aurions pas pu lancer ce projet», reconnaît-il. La crèche a accueilli 25 enfants la première rentrée. Elle emploie 4 personnes à temps plein. Le jour de notre rencontre avec Emran, il préparait déjà la rentrée de septembre. Malgré un démarrage difficile, il garde l’espoir pour faire mieux à la rentrée prochaine. «La première année, nous étions déficitaires. Dans ce type de projets, il faut se montrer patient»,  rassure-t-il. À la rentrée, ces coopérants comptent lancer de nouveaux projets. «Nous donnerons des cours de langue arabe aux adultes, adressés spécialement aux réfugiés. De son côté, l’équipe d’AMAPPE leur apporte un soutien commercial et marketing. «Nous préparons avec eux des flyers, un site et une présence sur les réseaux sociaux», indique Tabit. Optimiste, Emran ne cache pas pourtant son inquiétude. «Au Maroc, tout le monde se bat pour trouver un travail. Nous faisons de même pour réussir notre projet», martèle-t-il avec conviction.

Des maths à la restauration
Déjà la Coopérative Espoir fait des émules. Le 1er juillet dernier, dix femmes yéménites avec leurs époux lançaient la Coopérative Nissae Al Yémen (Femmes du Yémen) spécialisée dans la restauration à Martil. Ces étudiants yéménites installés au royaume depuis des années n’ont pas pu regagner leur pays à cause de la guerre et leurs bourses d’études ont été suspendues. Quelques 300 étudiants yéménites se trouvent dans la même situation, ils constituent l’essentiel du contingent des 575 réfugiés issus de ce pays et installés au Maroc. Précisons que le Maroc comptait 7.352 réfugiés et demandeurs d’asile au 31 mai 2018. Abdelbaki El Hafiani fait partie des fondateurs de cette coopérative : «Je suis arrivé au Maroc en 2010. J’ai terminé ma thèse de doctorat en mathématiques en juin dernier», explique-t-il. Le démarrage est également difficile. «L’activité est plutôt morne et nous sommes en deçà de nos prévisions». Mais ce docteur en mathématiques garde espoir pour renverser la tendance du chiffre d’affaires durant ce mois d’août. «Nous sommes en train de revoir la carte du restaurant», précise-t-il. En plus des difficultés à pérenniser ces projets, ces coopératives font face à des défis administratifs et de procédures qui mettent en péril ces projets.

Contraintes administratives
Mohamed Tabit, en charge des coopératives à l’AMAPPE, recense trois difficultés administratives majeures. La première est celle de la compréhension du nouveau texte de loi 112-12. «Ce texte dit clairement que le ministère de l’Intérieur n’est plus en charge de délivrer les autorisations de constitution des coopératives. Son rôle est de délivrer un récépissé», insiste Tabit. Or dans la pratique, les autorités locales ont pris tout leur temps pour délivrer ce document. «Il a fallu six mois pour obtenir les récépissés des trois coopératives. Cette situation a engendré un retard pour lancer les projets», regrette-t-il. Ces retards ont entamé les chances de la Coopérative Espoir de lancer son école dès la rentrée scolaire 2017-18. Aujourd’hui, la prochaine rentrée est également menacée pour la coopérative d’Abdellah et ses associés. «La coopérative n’a pas encore obtenu l’agrément de l’Académie de Rabat-Kénitra pour l’ouverture de l’école primaire», s’inquiète Tabit. Ce dernier espère que la situation sera débloquée prochainement. La deuxième difficulté de ces coopératives est le statut administratif de certains réfugiés candidats. «En 2017, nous n’avons pas pu sélectionner des demandes d’asile d’Afrique subsaharienne car ils n’avaient pas de cartes de séjour», déplore Tabit. Cette année, les choses se présentent sous un meilleur jour. «En plus des Syriens et des Yéménites, nous avons des candidats de nationalité africaine», annonce le chargé de projet. En 2018, l’AMAPPE compte soutenir 4 nouveaux projets de coopératives et 4 entreprises créées par des réfugiés installés au Maroc. La troisième contrainte est d’ordre culturel. «Des candidats n’acceptent pas toujours une idée de projet qu’on leur propose car elle est mal vu dans leur culture, même si elle est rentable. À titre d’exemple, un Yéménite refusera catégoriquement d’ouvrir un magasin de boucherie car c’est un métier méprisé dans sa société d’origine. Pour nous, la gestion de ces projets est un défi autant managerial que culturel» et c’est tout l’intérêt de ces graines d’espoir en terre marocaine.


Des Yéménites bloqués à Nador

Tous les Yéménites arrivés au Maroc n’ont pas le parcours de ces coopérants. Certains arrivés par voie terrestre depuis la frontière terrestre avec l’Algérie se trouvent aujourd’hui bloqués à Nador. «Ils souhaitent accéder à Melilia et déposer une demande d’asile en Espagne. Sauf que les autorités marocaines et espagnoles les empêchent d’accéder à Melilia en infraction au droit international», proteste Omar Naji, président de l’AMDH Nador. Ces réfugiés empruntent le même chemin que les Syriens en 2016, qui avaient quitté le Maroc massivement, faute d’avoir obtenu un statut clair.

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