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Le Mercato 2018-19 est marqué par une dépréciation de la valeur des contrats des joueurs de football au Maroc. Les cours entament l’âge de raison.

Saâd Lamti est un footballeur marocain de 28 ans. Il a évolué dans de grands clubs marocains, comme le Raja ou l’ASFAR. Pourtant, ce sportif professionnel a vu sa valeur financière se déprécier de 50% sur le marché des transferts. «Il a dû se contenter, en fin de mercato, d’un contrat avec le KACM pour deux ans avec un montant en deçà de ses attentes», regrette Samir Fallah, son agent. Le montant du transfert libre était de 800.000 DH/an. Le joueur devait trouver un club avant la fin du mercato, clôturé cette année le 17 septembre dernier. Le cas de ce milieu de terrain n’est pas une exception. Il est révélateur de l’éclatement de la «bulle football» qui avait permis une surévaluation de la valeur des joueurs de la Botola Pro au Maroc. Depuis deux ans, la valeur financière des contrats des joueurs de cette compétition professionnelle est en train de retrouver des niveaux connectés à la valeur sportive de ces joueurs. Cette tendance se confirme avec l’atonie qu’a connue le marché des transferts cet été. Durant ce mercato, 112 joueurs ont été recrutés par les 16 clubs de la Botola contre 163 l’année passée, soit une baisse de 40% en une saison. Un record. Le recrutement des joueurs étrangers a également baissé. Seuls 24 nouveaux joueurs ont été recrutés par les clubs, un chiffre en baisse de 20% en une saison. «Le marché est marqué par l’absence de concurrence entre les clubs», observe Omar Flilio, agent de joueurs. Samir Fallah, lui, reconnaît que le mercato a été particulièrement difficile: «Les négociations ont été durs avec les clubs qui ont rechigné à présenter des offres intéressantes aux joueurs».

Cure d’austérité pour les clubs
Le 15 septembre 2018, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) tenait son Assemblée générale ordinaire. À l’entrée du palais des congrès de Skhirat, les présidents des clubs de la Botola Pro se bousculaient pour saluer un homme, Abdelaziz Talbi, le président de la Commission de contrôle de gestion de la FRMF. Cet expert-comptable et ex-directeur à la Direction des entreprises publiques et de la privatisation au ministère des Finances leur a permis de faire baisser la valeur des joueurs de football professionnel, et de facto les recrutements à réaliser. Cette commission a imposé aux clubs une restructuration financière et un dégraissage au niveau du montant des contrats des joueurs. «Les salaires et primes des joueurs marocains étaient énormes. Nous avions des footballeurs mieux payés que ceux du championnat brésilien», compare Talbi. Depuis le démarrage de ce travail de monitoring financier en 2015, les clubs endettés ont été obligés de réduire leur masse salariale. «Avec le démarrage de ce processus, les cours du mercato reviennent à la normale, la bulle footballistique a éclaté. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que la bulle financière du football a été dégonflée», se félicite le président de la Commission de contrôle de gestion. La commission garde la main sur la validation des contrats des joueurs. «Nous challengeons les clubs lors de la présentation de leurs budgets pour savoir si c’est vraiment réalisable», ajoute Talbi. Cette tendance baissière s’est accélérée avec la crise financière du Raja Club Athletic (RCA) et du Moghreb Athletic de Tétouan (MAT). Empêtrés dans une crise financière majeure, les Verts se sont lancés dans une vague de résiliation à l’amiable et de renégociation de contrat avec leurs joueurs.

Ainsi, la masse salariale (salaires des joueurs et primes) est passée de 19 MDH en 2014-15 à 6,9 MDH en 2016-17, soit une baisse de 63% en une saison. Ce repli continue surtout après la résiliation de gros contrats de joueurs stars et coûteux comme El Ouadi, Karrouchi, Oubaddi, Erraki et la fin du feuilleton El Kaddioui. Ce dernier détient le record du joueur le plus cher du championnat national avec un contrat annuel de 8 MDH. Le Raja a signé des avenants de contrats avec le reste des joueurs qui ont accepté des baisses de leurs salaires. Une première dans le football national depuis des années. Avec les nouvelles prérogatives de la Commission de contrôle et de gestion votée par la dernière AG de la FRMF, Talbi dispose de leviers pour mieux contrôler les finances des clubs. Un moyen de freiner les excès des présidents de clubs tentés par la signature de contrats mirobolants, comme ce fut le cas par le passé, du temps du tandem Boudrika-Akram.

Akram-Boudrika ont créé la bulle
Les deux ex-présidents, respectivement, du Raja et du WAC seraient à l’origine de l’inflation des salaires et primes des joueurs qu’a connue le football national à partir de 2008. Le Maroc démarre alors l’expérience du football professionnel, les joueurs et les coachs disposent de contrats, avec la protection d’être payés en cas de litige avec leurs clubs. «L’inflation des salaires des joueurs est dû à la concurrence entre ces deux présidents qui nous ont menés vers un précipice financier», regrette un ex-dirigeant du WAC. Au WAC, le règne de Abdelilah Akram démarre en 2007 dans le faste. Akram est surnommé «Akramovitch» en référence au richissime président de Chelsea FC en Angleterre. Le club casablancais achète des joueurs à tour de bras. Le président fait exploser les salaires des joueurs, sauf que les résultats sportifs ne suivent pas. En 2011, le premier déficit conséquent s’affiche au compteur du club. Le WAC termine la saison 2010/11 avec une dette de 10 MDH. Son alter ego, Mohammed Boudrika, arrive au Raja en 2012; il se lance à son tour dans une course pour l’achat des joueurs. Le Mercato marocain connaît des sommets historiques. Le premier joueur marocain à dépasser le cap des 2 MDH est Mohssine Yajour, recruté à prix d’or par le WAC. À chaque recrutement des Rouges, les Verts répliquent par un recrutement aussi important. Le marché local est asséché. Les Rouges et les Verts jettent leur dévolu sur le réservoir des joueurs MRE ou Égyptiens. Le WAC recrute Kamal Chafni, joueur de Ligue 1 en France. Les Verts achètent les droits de Amr Zaki, du Zamalek . C’est une frénésie de transferts, sans véritable succès sportif, à l’exception du parcours du Raja au Mundialito. Aujourd’hui, cette phase relève du passé.

Vers une fixation des prix ?
«Seuls deux clubs continuent à avoir une masse salariale importante et dépassant les prévisions», note Talbi. «Ces clubs sont au-dessus de la norme que nous visons. Ils ont encore des contrats très chers et sont en train de les revoir avec leurs joueurs», continue Talbi. Un de ces clubs, le WAC, dispose d’une masse salariale importante, estimée selon le rapport financier de 2017/18 à 39 MDH. Prochaine étape: établir une norme annuelle pour la valeur des recrutements avec des prix des marchés. «De cette manière, nous allons fixer des fourchettes de prix et éviter la création d’une nouvelle bulle financière dans le football», conclut-il.

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