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18-09-2019 09:00

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Adieu au blues de la reprise professionnelle après la dolce vita de l’été ! Ce n’est plus du tout la même rengaine que celle de toutes les autres années.

Lors de votre retour au travail, ne vous arrive-t-il pas de penser : «comme il est bien loin le temps où je m’agrippais aux barreaux du portail de mon école maternelle pour échapper à la rentrée !». Vous avez souri, c’est ça ? Cela est tout à fait normal car il n’y a rien de plus pénible que de dire adieu aux vacances, aux moments les plus attendus et les plus raffinés de l’année, à l’évasion, à la détente, au bon temps, aux festivals, aux nouvelles activités…Il vous semble que désormais c’est une transition du farniente au stress, de la liberté à la responsabilité, d’une vie sans restriction à une autre plus mesurée. Et si cette rentrée était l’occasion de mettre en place ce qui vous manque pour enfin vous sentir mieux au travail ? Il est temps que ce vague à l’âme s’estompe et de remédier à cette déprime qui s’installe tous les ans, vous remotiver et dire adieu au blues de la reprise, ainsi repartir pour une nouvelle année du bon pied.

Se déconnecter pendant l’été pour réussir sa rentrée professionnelle :
Il est astucieux de se déconnecter afin de bénéficier de vraies vacances, ce qui est une chose vitale pour votre réussite professionnelle. C’est une condition et une sorte de repos et physique et mental. Assurément, des congés efficaces vous permettront d’être davantage motivés pour la reprise car vous allez profiter de plusieurs privilèges tels que passer du temps avec ses proches, reposer vos yeux, mieux dormir également se tenir loin du stress ou de l’anxiété que peut générer la consultation de ses emails professionnels, mais cette cure de détox digitale doit être optimisée par une petite anticipation. En prévenant de votre départ en vacances avec un message d’absence sur votre messagerie vocale et mail ou si un collègue assure le suivi de vos messages pendant ce laps de temps, avec son accord, redirigez vos courriels vers sa messagerie. Ainsi, en se désabonnant aux notifications de vos applications professionnelles.

Reprendre le chemin du travail en douceur :
En vue de ne pas ruiner et bousiller la bénédiction de vos vacances dès le premier jour de reprise et ne pas se lancer tête baissée dans un amas d’obligations, quelques astuces doivent être mises en place comme revenir en milieu de semaine car la perspective du week-end est très motivante et/ou encore prendre le temps de se poser et d’analyser toutes ses tâches puis déterminer les priorités et les dates limites de chaque projet. Également, faire la même chose pour vos mails et ne régler que les mails urgents dans un premier temps, de plus vous pouvez télécharger les applications pouvant vous aider à réussir votre rentrée en gagnant en productivité, surtout pour faire le tri et ne pas perdre de vue vos objectifs principaux et ceci en évitant de procrastiner.

Revisiter et réorganiser sa méthode de travail pour sentir une nouvelle fraîcheur :
La reprise peut devenir un tremplin pour revoir sa méthode de travail et peut-être une opportunité permettant de prendre du recul face à vos habitudes professionnelles. Modifier votre façon de travailler peut renforcer votre motivation dans votre job en vous donnant un sentiment de nouveauté. Différents points peuvent être réformés : traiter les e-mails à heure fixe, préparer des rétro-plannings, opter pour le télétravail, passer en mode agile, utiliser des méthodes de visualisation des tâches comme le Kanban. Cela va donner un coup de frais à votre identité visuelle.

Se fixer de nouveaux objectifs professionnels et se stimuler avec des projets :
Se challenger sur de nouveaux projets pro peut vous permettre de vous booster et d’appréhender la rentrée professionnelle différemment. C’est un conseil vieux, certes, mais qui a déjà fait ses preuves. Une activité professionnelle excitante va vous motiver tous les jours à passer la porte de chez vous. Encore plus, en innovant et en menant à bien vos nouveaux projets, vous ne verrez pas le temps passer. C’est un moment idéal pour insuffler un vent de nouveauté à votre quotidien.

Ne pas oublier de continuer à cultiver les plaisirs du congé :
Surtout durant la semaine de reprise, il est judicieux de savourer des apéritifs en terrasse, prendre le temps de partager de bons petits déjeuners, marcher pour se rendre au travail…La rentrée n’est pas un frein pour tous les plaisirs que l’on s’octroyait en vacances. Au contraire, il est important de prendre du temps pour soi et de ne pas faire l’impasse sur les moments de détente.

 

Le blanchiment d’argent est un fléau mondial qui pénalise lourdement l’économie : ces transactions représenteraient 2 à 5% du PIB annuel de la planète, soit entre 1.000 et 2.000 milliards de dollars, selon les estimations. Cette pratique vieille comme le monde évolue aujourd’hui avec l’émergence des outils du numérique et de la dématérialisation croissante des moyens de paiement, obligeant les organismes qui luttent contre le blanchiment à se réinventer.

Mode opératoire du blanchiment
Bien que les criminels recherchent de nouvelles solutions technologiques pour blanchir l’argent sale, par exemple en le convertissant en cryptomonnaie ou bien en monnaie virtuelle dans des jeux en ligne, les revenus illicites sont encore principalement blanchis en étant placés dans des établissements financiers. Du reste, un incident de blanchiment rendu public portait à lui seul sur une somme plus élevée que la capitalisation totale du marché des cryptomonnaies en 2018. Pour masquer la provenance des fonds, les criminels passent typiquement par plusieurs étapes qui peuvent être résumées en trois phases. D’abord, ils placent l’argent sale dans un établissement financier par un simple dépôt sur des comptes nouvellement ouverts ou dérobés à leurs détenteurs légitimes. Un autre subterfuge consiste à recruter une «mule», c’est-à-dire une personne acceptant que l’argent soit déposé sur son compte pour le transférer sur un autre, en échange d’une petite commission sur le montant. Ensuite, afin de rendre plus difficile le pistage des transactions portant sur de l’argent mal acquis, les fraudeurs font passer ce dernier de compte en compte dans différentes banques. En général, les criminels commencent par déposer les fonds dans un pays puis les blanchissent «offshore» afin d’en masquer le détenteur et la source. Enfin, l’argent blanchi est intégré dans l’économie en servant à l’achat licite de biens autorisés (propriétés immobilières ou valeurs mobilières...).

Comment les banques identifient le blanchiment
Face à des criminels qui ne manquent pas de ressources, les banques ont su développer au fil des années de nombreuses techniques pour les démasquer. Elles préfèrent ne pas révéler les indices précis qui les alertent sur les transactions douteuses, cependant, il existe certains signaux d’alarme courants à surveiller et des méthodes à appliquer dans les enquêtes sur le blanchiment. La première tactique, et la plus évidente, consiste à prêter attention aux entrées et sorties de sommes importantes sur les comptes mais cela ne suffit pas à intercepter toutes les opérations illicites. Les banques ont l’obligation de signaler aux autorités tout mouvement de fonds inhabituel et de grande ampleur. Par conséquent, afin de passer inaperçus, les criminels tendent à fractionner les grosses sommes en petits montants et à les déposer sur de multiples comptes dans divers établissements. En ne se focalisant que sur les montants «inhabituels», les banques prennent le risque de laisser passer les véritables opérations de blanchiment et d’être confrontées à de fausses alertes. Les criminels pouvant aisément déjouer la surveillance des transactions, les banques doivent plutôt se concentrer sur les activités plus difficiles à imiter. C’est alors qu’entre en jeu l’analyse des comportements et des terminaux. Une première solution est de surveiller les comportements typiques des utilisateurs dans le but de repérer toute anomalie. Un écart de comportement déclenche alors une alerte, par exemple lorsqu’un utilisateur qui consulte généralement son compte bancaire personnel via un navigateur web en utilise soudainement un autre. Il peut également sembler suspect qu’une personne gère de nombreux comptes à partir du même appareil. Cette méthode de détection a fait ses preuves l’année dernière en permettant l’identification d’un groupe criminel utilisant plusieurs équipements partagés pour la gestion d’une cinquantaine de comptes distincts. La bande faisait également appel à divers VPN et proxies pour rendre anonymes et masquer ses adresses IP et c’est l’analyse de l’utilisation des appareils qui a éveillé les soupçons. Grâce à cette méthode, il est possible de détecter si des utilisateurs se connectent depuis des équipements ou des lieux inhabituels. Par exemple, un signal d’alerte est émis lorsqu’un utilisateur se connecte depuis le même appareil dans différentes localités d’un pays et ceci à quelques minutes d’intervalle.

Le défi des opérations de blanchiment internationales
Toutes ces méthodes sont efficaces pour la lutte contre la fraude au sein d’une même banque, or les blanchisseurs d’argent ne se cantonnent généralement pas à un seul établissement ni à un seul pays. Pour combattre le blanchiment à l’échelle mondiale, les banques doivent recourir à des techniques de corrélation et mise en correspondance des entités. En d’autres termes, cette méthode consiste à établir des liens entre les identités, équipements et comptes utilisés entre différents établissements financiers. Les banques peuvent alors facilement pister un criminel qui se sert d’un même appareil pour gérer une multitude de comptes. Cependant, si une autre personne accède elle aussi à l’un de ces comptes depuis d’autres appareils, cela laisse penser que les différents utilisateurs de ce compte sont liés d’une manière ou d’une autre. Les liens et correspondances entre entités permet aux établissements bancaires de surveiller et suivre les relations entre les criminels et leurs activités afin de démêler l’écheveau complexe du blanchiment. Cette méthode a été utilisée pour identifier un groupe de criminels qui exploitait 294 comptes dans diverses banques pour blanchir des fonds. Les criminels recherchent en permanence de nouvelles techniques pour contourner les mesures antifraudes classiques destinées à surveiller les mouvements volumineux de capitaux. Des méthodes qui semblent nouvelles aujourd’hui seront demain de l’histoire ancienne. C’est pourquoi les établissements financiers ne doivent pas s’en remettre à une seule méthode de détection ni se cantonner à la simple surveillance des transactions anormales. Une combinaison de plusieurs méthodes, approches et technologies est la plus efficace dans la lutte contre les dispositifs complexes de blanchiment. 

Tim Ayling
Brand Manager, Kaspersky Fraud Prevention

Marocains du monde (3/9)

Notre série estivale «Marocains du monde» tirée de l’ouvrage Marocains de l’extérieur édité par le Fondation Hassan II pour les MRE fait une escale chez les Marocains du Royaume-Uni. Coup de projecteur sur une communauté méconnue.

La migration marocaine vers la Grande-Bretagne jouit d’une longue histoire datant au moins du XIXe siècle avec des relations diplomatiques anglo-marocaines qui remontent à plus de 800 ans. Cependant, malgré cette longue histoire de migration, la communauté marocaine continue à être statistiquement peu visible au Royaume-Uni. Cette invisibilité n’est pas exclusive aux Marocains car les données disponibles auprès du Bureau national britannique de la statistique (ONS) combinent l’origine ethnique et la race. C’est pour cela que les recensements de l’ONS font ressortir uniquement le nombre de résidents britanniques selon leur lieu de naissance. Ainsi l’estimation du nombre de Marocains nés au Royaume-Uni est quasi impossible car les migrants de deuxième et de troisième générations nés au Royaume-Uni sont considérés comme étant «nés au Royaume-Uni». De ce fait, les statistiques officielles sur cette communauté restent inférieures aux données réelles et par conséquent, la tâche devient fastidieuse pour les chercheurs qui cherchent des estimations sur le nombre de Marocains, leur répartition géographique ainsi que les indicateurs relatifs à leur intégration en Grande-Bretagne.

L’histoire de la migration vers le Royaume-Uni
Deux caractéristiques différencient la migration marocaine des années 1960 vers les autres pays européens. […] La première concerne son contexte. Contrairement à la migration marocaine vers les autres pays européens, celle qui s’est dirigée vers le Royaume-Uni était peu «structurée» à travers des conventions étatiques. La plupart des Marocains qui sont venus durant cette période ont été embauchés par des employeurs espagnols pour travailler dans le secteur des services. Ils venaient déjà bien avant 1956 du nord du pays (Tanger) en raison de son statut de zone internationale (1912-1956) et de sa proximité de Gibraltar. La seconde caractéristique renvoie au nombre important de femmes arrivées en tant que migrantes indépendantes au début des années 1960, la majorité étant célibataires, veuves, divorcées ou chefs de famille essayant de soutenir leurs familles au Maroc. Elles étaient originaires des régions de Berkane et de Meknès et travaillaient en grande partie dans les fermes, cueillant des fruits et des légumes. Cette particularité migratoire concerne beaucoup de femmes venues en premier avec un permis de travail et qui ont été rejointes plus tard par leur conjoint et leurs enfants. Par contre à partir des années 1970, le modèle migratoire des Marocains vers le Royaume-Uni rejoint celui des autres pays puisque suite aux restrictions des règles d’immigration, de nombreux immigrants ont fait venir leurs familles du Maroc transformant ainsi ce qui était à l’origine une migration temporaire à la recherche d’un gagne-pain en un séjour de longue durée. Nous avions distingué quatre phases dans cette migration : Une première qui a débuté dans les années 1960 et qui a concerné surtout des travailleurs non qualifiés, principalement originaires du nord du Maroc – plus précisément la région des Jbala, en particulier Larache, Tétouan, Tanger et ses environs avec une petite communauté de Meknès et d’Oujda. Une deuxième qui a commencé avec les années 1970 et qui a été marquée surtout par le regroupement familial. Une troisième phase suit et correspond aux années 1980 et a vu arriver de jeunes professionnels semi-qualifiés et des entrepreneurs pour la plupart originaires de Casablanca et d’autres grandes villes. Une quatrième et dernière phase a débuté à partir des années 1990 marquée par l’immigration de professionnels marocains hautement qualifiés, originaires du Maroc et de France. Beaucoup de ces immigrants récents travaillent actuellement dans le secteur de la finance à Londres. […]

Vers une immigration choisie
[…] Le durcissement des politiques de l’immigration a entraîné une diminution du nombre de demandes de visa acceptées. Par conséquent, le profil des migrants marocains a changé, passant d’un grand nombre de travailleurs manuels peu qualifiés qui étaient dominants parmi les migrants marocains arrivés au Royaume-Uni dans les années 1960, à moins de professionnels «soigneusement sélectionnés» mais hautement qualifiés et d’étudiants entre les années 1990 et 2000. Les migrants hautement qualifiés ont continué d’emmener leur conjoint avec eux en raison de l’absence de restrictions dans leur accès au marché du travail. Les étudiants ont été, eux aussi, autorisés à emmener leurs conjoints et leurs personnes à charge (s’ils étudiaient au Royaume-Uni pendant plus de six mois), à condition qu’ils puissent subvenir à leurs besoins pendant toute la durée de leur séjour sans avoir besoin des aides de l’État (connu aussi sous le terme de fonds publics). Les politiques d’immigration annoncées au cours des premières semaines et mois de la coalition conservatrice libérale-démocrate qui a pris le relais après un gouvernement travailliste, visaient principalement à rehausser le profil des compétences des nouveaux immigrés et à réduire le nombre de migrants. Au niveau économique, le gouvernement a proposé d’augmenter les exigences linguistiques pour les travailleurs qualifiés parrainés par l’employeur et réduire le nombre total de migrants qui ont un financement personnel tout en sélectionnant uniquement ceux ayant le plus grand nombre de points (la politique précédente avait établi un seuil de base mais sans imposer de limite numérique). Le nombre de points requis pour l’admission des migrants qui s’autofinancent a légèrement augmenté. Concernant le volet familial, le gouvernement a introduit une exigence linguistique pour les conjoints, une politique proposée par le gouvernement précédent. Ces nouvelles restrictions pour l’entrée légale des travailleurs peu qualifiés du Maroc ont poussé certains d’entre eux à venir au Royaume-Uni en tant qu’étudiants mais ces derniers dépassent la durée de leur visa et travaillent dans des secteurs peu qualifiés et peu rémunérés du marché du travail à Londres (services, restauration, industrie de la construction). Avec un gouvernement conservateur réélu en 2015 et un référendum national en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE (Brexit) en 2016, d’autres changements législatifs en matière d’immigration ont été introduits en 2017. Ces changements signifient qu’il est devenu beaucoup plus coûteux de parrainer des migrants de l’extérieur de l’Union européenne en vertu du niveau 2 du système de points. Ces changements législatifs récents touchent principalement les migrants qualifiés marocains à qui on a offert un emploi au Royaume-Uni et qui ont besoin du parrainage de l’employeur. […]

Profil socio-économique
Le dernier recensement disponible date de 2011 et avait estimé le nombre de personnes nées au Maroc et installées au Royaume-Uni à 21.246. Ce nombre a triplé en une décennie sur la base des résultats du recensement de 2001 qui indiquaient qu’il y avait 7.904 personnes nées au Maroc. […] Cependant, d’autres sources officielles et les sources de la communauté marocaine estiment que le nombre des Marocains du Royaume-Uni est nettement plus élevé. 40.000 Marocains étaient inscrits auprès du consulat marocain en 2011. [...] En ce qui concerne le statut de la population active, le recensement de 2011 a révélé que la majorité des Marocains au Royaume-Uni sont employés (51,4%) et 40% sont économiquement inactifs (27% sont des femmes contre 13% des hommes). Les données semblent à nouveau correspondre en partie à la vague majeure de migration économique du Maroc puisqu’on retrouve la division du travail plutôt traditionnelle dans la famille. Auparavant, le développement de la communauté marocaine était entravé par la non maîtrise de la langue anglaise, ce qui entraînait plusieurs problèmes économiques et sociaux. La difficulté de communiquer en anglais est le facteur principal expliquant l’isolement de la communauté marocaine. La cause de cet isolement revient au fait que les Marocains vivent dans des réseaux enfermés sur eux-mêmes n’impliquant pas obligatoirement une interaction avec d’autres organisations. Cependant, lors du recensement de 2011, 90% des résidents marocains au Royaume-Uni déclaraient parler l’anglais comme langue principale, très bien ou bien (Figure 9), ce qui reflète une capacité d’adaptation significative et un signe fort de résilience de la communauté marocaine au fil des années.

Intégration et construction identitaire
Globalement, l’intégration des immigrés a été vivement discutée. […] La communauté marocaine, quant à elle, a souvent été marquée par son autoconfinement, ses réseaux de soutien naturel et sa capacité à faire face à ses difficultés de déplacement et de migration. Le parcours de cette communauté, surtout pour les membres de la première génération, s’est inscrit dans des efforts continus pour s’établir et créer ses propres structures religieuses et sociales qui visent principalement les jeunes générations nées au Royaume-Uni afin d’éviter leur assimilation totale dans la société britannique. On sait à quel point la première génération des migrants marocains des années 1960 avait été handicapée par son niveau d’éducation et de compétences relativement bas : difficultés à comprendre le fonctionnement de l’administration et de la société britanniques. Par la suite, les jeunes de la deuxième génération ont commencé à jouer le rôle d’intermédiaire entre leurs parents et les représentants de différentes autorités comme les collectivités locales ou les services de santé, etc. À la suite du référendum de juin 2016 au cours duquel les Britanniques ont voté à une faible majorité pour quitter l’Union européenne, le sentiment de mécontentement au Royaume-Uni s’est renforcé, ce qui s’est traduit par la montée en force des crimes de haine. Certains de ces crimes ont été commis par des islamistes. On craignait en particulier que les Marocains deviennent la cible de crimes de haine lorsqu’il a été divulgué que deux des trois islamistes qui ont assassiné 8 innocents et en ont blessé 48 autres dans l’attentat terroriste autour de London Bridge en juin 2017 étaient d’origine marocaine.

Conclusion
Dans la synthèse publiée dans cette même collection en 2014, nous avions montré que la communauté marocaine installée au Royaume-Uni était invisible aussi bien dans la recherche que dans l’engagement civique. Aujourd’hui, la situation change et cette communauté aspire à un meilleur engagement et à une meilleure participation, en particulier pour la reconnaissance de ses besoins singuliers et de ses caractéristiques plutôt que d’être englobée dans la rubrique large «des minorités ethniques», en termes de données statistiques, de consultation communautaire et d’approches de financement. L’événement malheureux de la tour Grenfell qui a pris feu à North Kensington le 14 juin 2017 et suite auquel 71 personnes ont perdu la vie, dont 11 Marocains, a mis la communauté marocaine sous les projecteurs. Cette tour de grande hauteur a été surnommée «l’immeuble des Marocains» par les populations locales peu de temps après la remise des premières clés en 1974 parce que plus de 50% des habitants avaient des liens familiaux avec le Maroc. Les Marocains de Grande-Bretagne font partie d’une communauté en mutation continue, étant donné que sur le plan social, il s’agit d’une communauté encore très jeune comparée à d’autres destinations en Europe où les Marocains sont bien installés. Les communautés doivent souvent traverser plusieurs étapes de développement pour parvenir à une émancipation complète et une représentation importante aux niveaux social, économique et politique du pays hôte. Cette évolution prend du temps mais elle commence à être perceptible aujourd’hui surtout chez certains membres de la deuxième génération qui sont plus établis et plus engagés au niveau politique et civique que leurs parents. Les phases plus récentes de la migration marocaine vers le Royaume-Uni au milieu des années 80 avec de jeunes entrepreneurs et le début des années 90 avec des migrants hautement qualifiés jouent également un rôle déterminant dans ce processus de développement qui se poursuit.


Où vivent les Marocains du Royaume-Uni ?

La ville de Londres était et demeure toujours la destination de prédilection des Marocains au Royaume-Uni avec près de 69% de la communauté marocaine née au Maroc selon le recensement de 2011. À l’extérieur de Londres, il y a des regroupements de Marocains à Crawley, Edimbourg, St Albans, Slough et Trowbridge. Les Marocains de St. Albans proviennent en grande partie du Nord-Est du Maroc. Ceux qui sont installés à Crawley sont majoritairement originaires de Meknès quant à ceux de Slough, ils viennent du centre et du sud du Maroc et les Marocains de Trowbridge sont natifs d’Oujda dans le Nord-Est. De plus petites communautés marocaines existent à Burnley, Peterborough, Brighton, Manchester et Liverpool.


Bio express

Myriam Cherti est chercheur associée à COMPAS de l’Université d’Oxford où elle a travaillé comme chercheuse senior pendant quatre ans. Elle est actuellement Officier national auprès de l’Organisation internationale de la migration (OIM) des Nations Unies. Ses domaines d’expertise couvrent les sujets de la migration irrégulière, de l’intégration des migrants, de la politique de la diaspora et de la migration marocaine.

Marocains du monde (4/9)

L’Italie connaît une montée des mouvements d’extrême droite anti-migrants, comment la communauté marocaine dans ce pays s’adapte à ce contexte hostile ? Éléments de réponses à partir de l’étude «Marocains de l’extérieur» publiée par la Fondation Hassan II pour les Marocains résidents à l’étranger.

L’Italie, en particulier, traverse une phase très délicate par rapport au phénomène migratoire : on est passé depuis plusieurs années de l’époque des migrations pour le travail et plus tard pour le regroupement familial à celle caractérisée par de nouveaux flux concernant l’asile politique et la protection internationale. Plus précisément, en 2016, 226.934 nouveaux permis ont été délivrés en Italie, avec une diminution de 5% par rapport à l’année précédente (ISTAT, 2017). Cette baisse concerne principalement les migrations pour le travail (41% de moins qu’en 2015) qui ne représentent plus que 5,7% des nouveaux permis tandis que les admissions à l’asile et à la protection humanitaire atteignent le maximum historique (77.927, soit 34% du total des nouveaux permis). Dans ce contexte, certains pays comme le Nigéria, le Pakistan et la Gambie représentent les principales nationalités des demandeurs d’asile et de protection internationale, atteignant ensemble 44,8% des entrées pour ces raisons. Toutefois, dans le scénario migratoire actuel, l’Italie, face à l’augmentation des nouvelles présences qui sont moins stables, gère simultanément un autre aspect, profondément différent qui concerne précisément la stabilisation des anciennes communautés dont témoignent les acquisitions croissantes de la citoyenneté. Ces dernières, inférieures à 50.000 en 2011, atteignent 84.638 en 2016 et concernent principalement les Albanais (36.920) et les Marocains (35.212) qui représentent ensemble plus du 39% du total des acquisitions. En ce qui concerne les Marocains, les données de l’Institut national de la statistique (ISTAT) sur la présence de ressortissants de pays tiers avec un titre de séjour délivré en Italie au 1er janvier 2017 placent le Maroc au premier rang des pays les plus représentés. Cela confirme le poids des Marocains par rapport aux autres nationalités, dont ils se distinguent surtout par une importante ancienneté migratoire et par une présence significative de mineurs. Par ailleurs, le rôle remarquable des Marocains dans le système migratoire italien s’exprime par l’intérêt de cette communauté à être pleinement intégrée dans la société italienne, une intention qui, cependant, n’a pas toujours été complètement comprise par l’opinion publique et par les acteurs institutionnels responsables de la gouvernance du phénomène migratoire.

Histoire de la migration marocaine en Italie
[…] En ce qui concerne les Marocains, l’Italie depuis la fin des années 60 a été un pays de destination pour les jeunes étudiants ou enseignants arrivant pour effectuer un travail saisonnier pendant les vacances d’été et/ou pour une catégorie de migrants avec un projet basé sur le «va-et vient» entre l’Italie et le Maroc, bien exprimé à travers le commerce de la valise. Grâce à la proximité géographique et aux anciennes traditions de relations d’affaires, les premiers Marocains arrivés en Italie sans qualification et sans emploi deviennent des vendeurs de tapis et d’autres produits artisanaux mais aussi des exportateurs de produits italiens à vendre à la maison (Pittau et Ricci, 2014). À côté, il y avait des ouvriers agricoles et des petits agriculteurs, d’un certain âge, à cause de l’exode dû à la sécheresse et à un difficile contexte économique. Cette première phase de peuplement a été suivie dans les années 80 par une phase de consolidation grâce notamment au phénomène bien connu des chaînes migratoires : les premiers arrivés font venir des parents et amis originaires du même village ou des régions voisines. Au départ, ces immigrés provenaient essentiellement du milieu rural difficile de la frange sud de la plaine des Chaouia, limitrophe de la plaine du Tadla. Ici l’exode des «Beni Meskine» semblait inévitable en raison des conditions environnementales caractérisées par l’aridité de leurs terrains et les structures foncières inégalitaires du périmètre irrigué du Tadla. Cependant, par la suite, les départs ne se sont plus limités aux seules campagnes et ont concerné aussi des villes comme Settat, Khouribga et Casablanca, qui représentent souvent une étape intermédiaire avant de continuer vers l’Italie […].

Selon les données statistiques de l’ISTAT, l’effectif des ressortissants non communautaires qui vivent en Italie avec un titre de séjour était de 3.714.137 au 1er janvier 2017. Il faut souligner ici comme principale caractéristique de cette présence non communautaire l’hétérogénéité des nationalités où pratiquement 48% des migrants non communautaires sont originaires de six pays seulement qui sont le Maroc (12,1%), l’Albanie (12%), la Chine (8,6%), l’Ukraine (6,3%), les Philippines (4,4%) et l’Inde (4,3%). […. ]

Le profil socio-démographique
[…] Après des années de croissance continue et d’une forte présence marocaine, on assiste à partir de 2014 à une réduction des effectifs passant de 510.450 au 1er janvier 2016 à 454.817 l’année suivante. Cette chute qui a commencé en 2014 se confirme les années suivantes, annonçant la forte diminution de 2017, qui ramène la communauté à des effectifs plus bas que ceux de 2010. La tendance continue à la fois suite à la réduction des flux d’entrées et à la sensible augmentation des acquisitions de la citoyenneté italienne. En ce qui concerne ce dernier aspect, la communauté marocaine est la deuxième des nationalités ayant obtenu la citoyenneté. Il faut rappeler que pour la même période, les effectifs des citoyens non communautaires en Italie, ont connu une croissance constante jusqu’en 2016 après un ralentissement significatif à partir du 2014 et enfin et pour la première fois une nette diminution en 2017. Les statistiques confirment que les Marocains restent, après plusieurs années, le premier groupe étranger présent en Italie. En chiffres absolus au 1er janvier 2017 les Marocains avec un titre de séjour valide, étaient 454.817, soit 12,2% du total des ressortissants non communautaires. On a enregistré une diminution de presque 11% par rapport à l’année précédente et on confirme une majeure présence des hommes migrants (54,6%) par rapport au sexe féminin (45,4%). []

Considérations finales et perspectives
[…] Dans ce contexte, la communauté marocaine a eu et conserve un rôle très important dans l’histoire de l’immigration en Italie et malgré les changements apportés par les flux provenant de l’Europe de l’Est, de l’Asie ou de l’Amérique latine, elle a toujours été la première ou parmi les premières communautés d’immigrants en Italie. En effet, il existe de nombreux indicateurs sociodémographiques liés à une implantation stable : regroupement familial, naissances, accès des enfants à l’école, mariages mixtes, acquisition de la citoyenneté italienne et aspiration à l’intégration et à l’égalité des chances face à toute discrimination. D’autre part, les Marocains, bien que principalement engagés dans des emplois de qualification moyenne-faible, ont montré des performances remarquables, même pendant les années de crise, comme en témoigne l’analyse sur les dynamiques de l’emploi des étrangers et sur l’insertion dans le tissu économique italien, à la fois en tant que salariés et en auto-emploi, un domaine dans lequel la communauté marocaine est aujourd’hui première dans le classement par rapport aux autres. Toutefois, l’observation des données, en plus d’apporter des réponses, met également en évidence les problèmes à résoudre. Dans ce cas, sans prendre en compte d’autres variables tout aussi importantes dans une analyse globale du phénomène, les Marocains ainsi que les immigrants dans leur ensemble devraient à long terme être en mesure d’augmenter leur capital humain et accéder à des emplois plus qualifiés. Cependant pour que cela puisse se concrétiser il y a nécessité non seulement d’un très long horizon temporel mais aussi et surtout d’un soutien substantiel à l’esprit d’initiative et aux capacités personnelles des individus. Cela se reflète également dans la question générale de l’intégration et de la question spécifique de l’inclusion financière et des envois de fonds. En effet, au-delà des crises tout court et des politiques fragmentées et inefficaces, c’est l’interaction complexe entre les caractéristiques du tissu socio-économique et culturel du contexte de départ et celles du territoire de destination. Dans ces contextes, l’adoption d’une approche axée sur l’intégration des politiques et mesures pertinentes est strictement nécessaire, non seulement en ce qui concerne la migration et le respect des droits de l’homme, mais aussi en ce qui concerne le développement des migrants et de la société dans son ensemble, aussi bien celle d’origine que celle d’accueil. Les mots clés deviennent alors, non-discrimination, coopération et coordination entre les différents niveaux de gouvernance internationale et nationale, en mettant davantage l’accent sur la dimension territoriale locale et la participation active non seulement des organisations de la société civile et du troisième secteur mais aussi et surtout des associations d’immigrés et leurs communautés dans un échange mutuel de connaissances et savoirs avec les populations autochtones. À cet égard, les analyses menées sur la communauté marocaine en Italie soulignent ses fortes relations tant avec le Maroc qu’avec notre pays, confirmant la contribution significative qu’elle peut apporter au développement humain, économique et culturel des deux pays et des deux rives de la Méditerranée. Dans ce sens, la forte interaction entre la communauté marocaine et la société italienne ainsi que les nombreuses initiatives de coopération réalisées et à réaliser consolident la conviction que nous pouvons tous être des protagonistes pour atteindre cet objectif essentiel qui est de renforcer la dignité et le rôle des personnes impliquées dans le phénomène migratoire. Dans le contexte actuel, en fait, il y a un besoin croissant de renverser le paradigme culturel avant même le politique par un changement de perspective. Ceci consiste à mesurer le développement et le bien-être basés sur les besoins des personnes (besoins fondamentaux) au-delà de la nationalité et du processus de mobilité et non pas selon une approche utilitaire qui choisit de centrer les politiques migratoires et la perception de l’immigration presque exclusivement sur la mesure des avantages et des inconvénients dérivés de la présence étrangère, souvent en termes purement économiques. Et ce sont précisément les institutions intermédiaires (ONG, associations, société civile, universités, centres de recherche, etc.), étant le trait d’union entre les structures gouvernementales et les citoyens, qui peuvent, d’une part, légitimer à travers leurs fonctions cette transformation et d’autre part assumer un rôle central «derrière la pratique politique».


Où vivent les Marocains d’Italie ?

La carte de la répartition des Marocains dans les différentes régions italiennes selon le sexe paraît associer deux facteurs de localisation : les impératifs économiques et les meilleures opportunités du marché du travail dans le nord de l’Italie. En effet, les Marocains, montrent encore une préférence marquée pour les régions de l’Italie septentrionale où ils continuent à s’insérer principalement dans les secteurs de l’industrie et du commerce et de la restauration. […] Les régions de Lombardie, Piémont, Émilie-Romagne et Vénétie ont toujours représenté les principaux pôles d’attraction pour les possibilités d’emploi soit dans l’industrie, soit dans le bâtiment.


Bio des auteurs

Immacolata Caruso est chercheuse au Conseil national de la recherche (CNR), département des sciences humaines et sociales, patrimoine culturel (DSU), Institut d’études des sociétés méditerranéennes (ISSM).

Sabrina Greco est chercheuse au Conseil national de la recherche (CNR), département des sciences humaines et sociales, patrimoine culturel (DSU), Institut de recherche sur l’innovation et les services pour le développement (IRISS) dans l’axe de recherche «Migrations et développement».

Marocains du monde (2/9)

Dans notre série estivale sur «Marocains du monde», tirée de l’ouvrage de Marocains de l’Extérieur édité par la Fondation Hassan II, nous nous arrêtons sur la situation des Marocains d’Espagne. L’editing est de Les Inspirations ÉCO.

L’effectif des Marocains d’Espagne de l’après-crise de 2008 dépasse le million, soit 20% des Marocains du Monde. Jeune à ses débuts, cette communauté esquisse un début de rééquilibrage démographique durant les années 2000. Enregistrant une certaine baisse dans les arrivées, elle tend à se stabiliser davantage, se féminise de plus en plus, continue à acquérir la nationalité espagnole et connaît même un début de vieillissement. Des aspects que ce chapitre traite sur la base des dernières données statistiques officielles produites en Espagne. Par ailleurs, la crise économique et ses conséquences n’ont rien changé à la place qu’occupaient les Marocains en tête de liste des travailleurs immigrés déclarés actifs occupés à la sécurité sociale. S’adaptant à un marché d’emploi instable, les travailleurs marocains sont désormais plus nombreux dans les services que dans le bâtiment et la construction, et plusieurs d’entre eux ont tenté l’aventure du travail autonome. À l’école, les élèves occupent, comme jadis, la première place parmi les écoliers étrangers en effectifs, avec néanmoins une situation préoccupante en termes de réussite scolaire. Décrochage scolaire et de moins en moins d’étudiants marocains dans les universités sont les nouvelles évolutions durant les dix dernières années […] L’immigration marocaine en Espagne, bien qu’étant relativement récente, comparée aux flux qui s’y sont dirigés, il y a bien longtemps de cela, vers les autres pays européens, a derrière elle assez d’années pour commencer à donner des signes de stabilisation. Baisse apparente des effectifs mais hausse des effectifs des naturalisés, équilibrage démographique accompagné d’une esquisse de vieillissement, scolarisation, densification du tissu associatif sont autant d’indicateurs qui révèlent cette stabilisation. Ce sont ces paramètres qui feront l’objet de cette première partie.

Baisse des effectifs globaux et hausse des Marocains communautaires
Leur nombre total avoisine le million, soit 15% de la population étrangère vivant en Espagne et 2% de la population totale espagnole. Ils constituent la deuxième communauté marocaine d’Europe et 20% des Marocains du Monde. Plus de 25% de cette communauté ont été naturalisés. Signes de la stabilisation de cette population, 27% sont nés en Espagne, 1/4 sont encore sur les bancs des écoles et 150.000 environ ont moins de dix ans d’âge. [...] Il est une catégorie de Marocains dont le nombre enregistre une chute soutenue, incompréhensible et paradoxale à bien des égards. Il s’agit des étudiants universitaires. Ils étaient plus de 3.000 au début du siècle; aujourd’hui ils sont à peine la moitié. […] La croissance exponentielle des résidents marocains en Espagne qui a fait couler beaucoup d’encre dans le passé, fait désormais partie de l’histoire. Aujourd’hui, la situation s’est inversée puisque durant la décennie en cours, le nombre des Marocains titulaires d’un titre de séjour en cours de validité est passé d’environ 800.000 en 2012 à 760.000 en 2017, soit une baisse moyenne de 5.000 personnes par an, avec une chute en 2013-2014 de 14.445 . Le coup d’envoi de cette baisse fut l’année 2012, après une hausse importante de 20.146 entre 2011 et 2012, suivie immédiatement d’une baisse qui a perduré: -5.078 en 2012/2013, -14.445 l’année d’après, etc. Cette situation ne concerne pas uniquement les Marocains, elle touche l’ensemble des étrangers extracommunautaires. […] La communauté marocaine en Espagne qui, il y a quelques années encore, pouvait être considérée comme issue d’une migration récente peu stable, et fortement marquée par une mobilité internationale, renvoie aujourd’hui tous les signes d’une communauté bien ancrée. Rééquilibrage démographique, début de vieillissement de la population, nomadisme interrégional de familles entières avec enfants à charge et en situation légale de séjour, fort mouvement de naturalisation sont autant de signes qui annoncent cette stabilisation. Mais si cette communauté qui s’installe dans la durée vit aussi des difficultés comme l’échec scolaire et celui de l’expérience associative, notamment celle à caractère culturel, jadis dynamique, elle fait preuve de capacités d’adaptation aux contraintes de la vie. Ici, il faut souligner que les travailleurs marocains ne sont pas plus touchés par la crise et le chômage que les autres communautés et les nationaux. Le développement et la diversification de l’entrepreneuriat comme réponse à la crise, ainsi que le travail à domicile des Marocaines qui s’est développé durant la période étudiée sont le signe d’une adaptation de la famille et des mentalités aux conséquences de la crise économique. Quant au boom des naturalisations de 2013-2014, bien que facilité par une décision politique et un effort technique du gouvernent central espagnol, il est aussi le résultat d’une volonté des Marocains de s’intégrer dans la société espagnole. En termes de motifs, c’est plus par la naissance et la résidence de longue durée que par le mariage mixte que les Marocains obtiennent la nationalité. Les effectifs des résidents évoluent tout comme ceux des naissances, des naturalisés, des travailleurs, etc. mais ceux des détenus marocains semblent restés figés. Les étudiants marocains, eux, se détournent de l’université espagnole qui, en moins de dix ans, en a perdu plus de la moitié.

Défis d’une migration en mutation
Au terme de cette analyse, beaucoup de questions interpellent au sujet de l’évolution et de l’avenir des Marocains d’Espagne. Il faut, à ce propos, se rappeler un point essentiel des politiques publiques migratoires de l’Espagne. Le contexte migratoire de la décennie objet de cette analyse et les projections du gouvernement central à Madrid en la matière diffèrent de ceux d’antan. À titre d’exemple, en 2013, l’Espagne adopte une loi passée presque inaperçue (Loi 14/2013 du 27 septembre) qui traduit clairement la volonté du pays de changer de cap en matière d’immigration et d’en finir avec la conception traditionnelle «qui était utile dans le passé [et] devient insuffisante dans le nouveau contexte économique mondial». En résumé, le pays s’oriente vers une nouvelle direction, et de nouveaux profils de migrants sont visés: «Investisseurs, entrepreneurs, professionnels hautement qualifiés, chercheurs et transferts entre les entreprises ». Cela signifie qu’un avenir difficile se dessine pour les migrants marocains, qui généralement sont peu ou pas instruits, déficitaires en formation qualifiante avec un décrochage scolaire alarmant. Un an après l’entrée en vigueur de la loi susvisée, un Comité spécialisé de l’immigration voit le jour (le 10/07/2014) sur décision du Conseil de sécurité nationale. Présidé par le ministre de l’Intérieur, le comité est composé de 8 départements ministériels dont les Affaires étrangères, la Défense, la Justice en plus du département de la Sécurité nationale et du Centro Nacional de Inteligencia - CNI (contre-espionnage). Sa mission est de «renforcer au niveau politique stratégique les efforts de toutes les administrations publiques et des autres acteurs concernés pour faire face au phénomène de l’immigration avec une approche globale». Le Rapport annuel de sécurité nationale (IASN) élaboré par le département de la Sécurité nationale souligne dans le chapitre «Ordonnancement des flux migratoires» que «la question migratoire constitue un des principaux défis (…) Notre pays est toujours affecté par la migration irrégulière de la Méditerranée occidentale (…). Pour 2016, les grands défis en matière migratoire seront les mêmes qui ont marqué l’année 2015». Le rapport précise que l’immigration clandestine a enregistré une hausse de 16,7% par rapport à 2014 soit, en effectifs, 5.312 immigrés irréguliers. L’Espagne recevait des dizaines de milliers de clandestins par an. Cela relève désormais du passé. L’économique mondialisé et le sécuritaire vont-ils négliger ou reléguer au second plan le côté intégration des migrants sur place? Le Maroc et l’Espagne sont certes liés par des traités et accords bilatéraux qui touchent directement ou indirectement la chose migratoire, dont la communauté marocaine dans la péninsule. Des structures mixtes de travail y sont dédiées exclusivement et tiennent des réunions plus ou moins régulières. Comprendre et analyser les différents aspects de la situation des Marocains d’Espagne ne peut être accompli sans en tenir compte.


Où vivent les Marocains d’Espagne?

Géographiquement, deux grandes concentrations se détachent. La première, le long du littoral méditerranéen avec néanmoins deux sous-espaces: la Catalogne, autour de Barcelone, et l’espace compris entre Valence au Nord et Almería au Sud. La seconde concentration entoure Madrid. Le reste des Marocains sont dispersés un peu partout dans le reste du pays. Les chiffres confirment que 75,7% des Marocains sont installés dans 5 régions: la Catalogne (28,7%), l’Andalousie (16,4%), Murcie (11%), Madrid et Valence (9,8% et 9,7%). Or, ces cinq régions regroupent 75,1% des étrangers non-communautaires.


Bio express
Mohammed Khaldi est hispaniste, orienté vers les questions de la migration des Marocains à l’étranger et membre de l’Observatoire de la Communauté marocaine résidant à l’étranger relevant de la Fondation Hassan II pour les MRE. Diplômé ès Langue et littérature espagnoles de l’Université de Fès, et en Anthropologie culturelle à l’Institut d’études ibériques et latino-américaines de la Sorbonne. Il a contribué aux précédents ouvrages de la série Marocains de l’Extérieur.

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