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 Abdelmajid Dolmy s’est éteint hier à l’âge de 64 ans et avec lui une certaine idée du football. Élégant, généreux et discret, il est la figure emblématique de la race des joueurs qui ont gagné le respect de toutes les générations, même celle de beIN sport et du «foot business» jusqu’à la nausée.

Une tignasse qui couvre presque son visage, un physique moyen qui ne l’empêche pas d’être dur sur l’homme, un maillot floqué du mythique numéro 6, un sens du mouvement faussement lent, mais redoutablement efficace au milieu du terrain, Dolmy est presque le seul joueur qui fait l’objet d’un unanimisme national qui n’a d’égal que la marocanité du Sahara. Sur l’homme, on ne sait presque pas grand chose en raison de son caractère discret frôlant la timidité maladive. Dans la corporation des journalistes, interviewer Dolmy relève du fantasme. Plusieurs s’y sont essayés, mais ils se sont finalement contentés de récits éparpillés et décousus quand le maestro a bien voulu se livrer. Après plusieurs années de silence, Abdelmajid Dolmy se livre dans une biographie intitulée «El Maetro» écrite par son ami le journaliste Karim Idbihi. L’unique document qui fait office de témoignage du joueur dans un pays où on compte plus de littérature carcérale que de livres consacrés au sport.

Ça vient de la rue
À une époque où Casablanca comptait plusieurs stades de quartiers, le repérage et le recrutement des talents bruts se faisaient dans la rue. Dolmy n’a pas échappé à cette règle, lui qui a usé des crampons au mythique stade «Chili» situé à proximité de Derd Sultan, jadis la plus grande couveuse des jeunes prodiges. Et c’est tout naturellement que les recruteurs du Raja le font signer en 1970. Débordant de talent, il porte le maillot de l’équipe nationale junior, un an après. Le roman Dolmy commence à s’écrire avec le Raja et l’équipe nationale qu’il a rejointe en 1974. Ahmed Faras, ballon d’or un an auparavant, El Hazzaz, Chérif, Baba, Zahraoui sont les cadors de l’équipe qui partira pour l’expédition de la CAN 1976 en Éthiopie. Dans la biographie de Karim Idbihi consacrée au joueur, on apprend que le jeune Dolmy à une aversion envers la Hogra. L’entraîneur des Lions de l’Atlas de l’époque, Gheorge Mardarescu, n’appréciait pas les nouveaux arrivants en sélection et pousse le vice jusqu’à réserver la consommation des sodas, un luxe à l’époque en Éthiopie, aux cadres de l’équipe. Dolmy ne laisse pas passer ce traitement de faveur et en fait une affaire personnelle au point de déclencher un scandale. Il aura fallu l’intervention du Colonel Mehdi Belmejdoub, le patron de la délégation marocaine pour éteindre l’incendie dans le vestiaire. Malgré un Farass affaiblit et souffrant de typhoïde, le Maroc arrache la Coupe d’Afrique des Nations de 1976 et Domy s’impose comme le patron du milieu de terrain qui va survire à plusieurs générations de joueurs.

Quand «Dolomat» brille de mille feux
Dans la veine du Brésilien Garincha, Dolmy joue au football sans projet de carrière. Monstre de la récupération, Dolmy est un instinctif qui a le sens de la couverture du terrain et l’économie d’énergie. Il refuse le rôle de porteur d’eau, se permet de chambrer l’adversaire, distiller des passes lumineuses effaçant jusqu’à quatre joueurs du camp adverse. Bouderbala et Meri Krimou lui sont redevables. Comme Neymar et ses coéquipiers traumatisés à vie par le 7-1 contre les machines allemandes, Dolmy touche le fond le jour d’un certain 5-1 contre l’Algérie à Casablanca en 1979. Il sera l’un des rares survivants de cette équipe. Dans la biographie de Karim Idbihi, on apprend que le joueur sera écarté de la CAN 1980 «pour avoir déserté la concentration pour aller voir le film Midnight Express dans un cinéma à Rabat». Six ans après, Dolmy est le joueur le plus capé de la génération et se trouve à la tête d’un «commando» composé de Timoumi, El Haddaoui, Khairi, Krimou, Bouderbala, Zaki… partis disputer le Coupe du monde de 1986 au Mexique, sous les ordres de feu Mehdi Faria, une sorte de crack capable de saper le moral à une équipe adverse avant de la manger crue. Contre la Pologne et l’Angleterre en matchs de poule, les Marocains jouent aussi terre à terre que la Grèce de l'Euro 2014. Contre l’Angleterre, soutenu par Bouyahyaoui et le bourreau El Biyaz, Dolmy casse tellement le jeu des coéquipiers de Gary Lineker que l’attaquant Mark Hateley commet un attentat contre Dolmy sous le regard médusé de Bobby Robson. Contre le Portugal, Mehdi Faria abat ses cartes et le Maroc plante trois pions et finit premier du groupe F. Le Maroc est la première nation africaine à se hisser au second tour d’une Coupe du monde. Depuis plus rien.

En attendant le jubilé    
Malgré la gloire, Dolmy cultive l’image de «Ouled Derb», se fait discret et fuit les lumières. Bon vivant, mordu de musique, Dolmy aime la compagnie des artistes. Lors des déplacements de l’équipe nationale, il forme un groupe à part avec l’autre tête brûlée de l’équipe, Mustapaha El Biyaz. En avion, il a toujours son «walkman» vissé sur les oreilles et on le dit grand fan de Cat Stevens et autres musiciens des années 70’s. Devenu l’icône du football marocain, Dolmy fait saliver les annonceurs dont les offres sont systématiquement rejetées. Il a fallu attendre la fin des années 80 quand le joueur en fin de carrière se permettra un premier caprice : signer en 1987 pour le club de la Centrale laitière association sportive (CLAS). À l’époque, on racontait que Fouad Filali, gendre de Hassan II et patron de l’ONA, jadis propriétaire de Centrale laitière, aurait exercé de la pression sur Dolmy sans oublier de lui filer un chèque conséquent. Un épisode vécu comme une tragédie par les supporters du Raja. Disparu de la circulation, il refait une courte apparition en tant que guest-star lors de la soirée de lancement de la chaîne 2M le 4 mars 1989. Au fil des années et pour des raisons liées au «business», le jubilé du joueur sera reporté à multiples reprises. Boca Juniors, Celtic Gasgow ou encore le Barça font partie des clubs mythiques qui devaient se déplacer au Maroc pour cet évènement tant attendu. Or, la «marque Dolmy» pèse tellement gros que le milieu de l’évènementiel se livre à une guerre sans merci pour remporter le pactole et redistribuer des miettes au joueur. Finalement, le jubilé du Maetro n’aura jamais lieu et Dolmy s’éteindra ce jeudi 27 juillet à Casablanca. Ciao l’artiste.

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