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Érosion de la plage, migration de flux de sables vers la corniche, avancée de la terre sur la mer...des phénomènes qui menacent à terme la plage d’Agadir surtout après la période agitée de février à mai. À l’arrivée de chaque été, la plupart de ces indices de déformation de la plage sont dissimulés suite au remodelage de la plage. Détails.

Faut-il s’inquiéter de la situation morpho-sédimentaire de la plage d’Agadir ? Année après année, le vent dépouille la plage de son sable alors que le rivage est touché de plus en plus par le phénomène de l’érosion côtière. La faute à qui ? Aux différentes activités anthropiques ou au changement climatique ? Il va sans dire qu’à l’approche de chaque saison estivale, la plage d’Agadir s’offre une cure de jouvence après la période de février à mai où la houle est plus forte que le vent. À l’issue de cette période, les engins de la municipalité d’Agadir font une course contre la montre pour retenir le sable sur la plage alors que les hôtels concessionnaires d’espaces privés procèdent quant à eux à la remise en état de leurs plages. Et une fois que la chaleur de l’été commence à attirer les vacanciers, la plupart des indices visibles de la déformation du littoral (érosion et perte de sable) sont déjà dissimulés. Or aujourd’hui, bien qu’il soit difficile d’estimer la part des changements climatiques (CC), allusion faite à l’intensité de ces phénomènes, le degré d’exposition de la bande littorale d’Agadir aux événements extrêmes d’après le volet adaptation du Plan territorial de lutte contre le réchauffement climatique (PTRC) de la Région Souss-Massa est qualifié d’élevé. Toujours est-il qu’en raison de l’importance économique et touristique que représente cette zone, particulièrement la baie d’Agadir, l’évaluation de la vulnérabilité du secteur touristique est classée de «très élevée» selon la Situation territoriale de lutte contre le rechaussement climatique (STCR) du même plan. Intrusion marine, dégradation des eaux souterraines et érosion du littoral…sont les principaux indicateurs de vulnérabilité de cette zone littorale. En réponse à cet état de fait, quels sont les principaux facteurs responsables de l’érosion de la plage d’Agadir ? Verra-t-on dans les prochaines années l’aggravation de ces phénomènes ? Sur le terrain, quoique la baie d’Agadir soit très peu étudiée, une thèse de doctorat sur la dynamique morpho-sédimentaire de ladite baie a eu le mérite de cerner cette problématique.

Plage d’Agadir : recul ou avancée du trait de côte ?
«La dynamique hydro-sédimentaire au niveau du littoral d’Agadir a été fortement perturbée par les différents aménagements portuaires et touristiques mis en place au niveau dudit littoral. Actuellement, cette zone est soumise à un régime hydrodynamique très complexe alors que les ouvrages édifiés tels que les ports, les brises lames et épis ainsi que l’agressivité de la houle ont fortement perturbé l’évolution de ce domaine côtier qui a vu son massif dunaire quasiment détruit», explique Ismail Aouiche, docteur en hydrodynamique maritime de l’Université Cadi Ayyad. La thèse réalisée en cotutelle avec l’université Aix-Marseille entre janvier 2013 et mai 2016 sur l’évolution du trait de côte a permis la quantification du taux d’érosion et d’accrétion linéaire sur une période de 36 ans (1975-2011). Dans le détail, trois secteurs ont été identifiés par cette étude en fonction de l’évolution (recul ou avancée du trait de côte). Il s’agit de la plage d’Anza jouxtant le port de commerce d’Agadir, la zone située au nord de la baie d’Agadir (2 km) entre la marina et le brise-lames (Rochers) en plus de la zone sud allant de l’hôtel Beach club jusqu’à l’embouchure Oued Souss sur une longueur de 4 km.

Au sud de la plage, l’érosion gagne du terrain
Au niveau de sa zone sud, la plage subit une érosion linéaire importante avec un taux moyen de -1,7 m/an en raison de la diminution du stock sédimentaire côtier. Actuellement, malgré que l’estran ait été rechargé artificiellement par des apports de sables en vue d’atténuer le phénomène à l’aide de bulldozers, l’érosion reste très visible, ce qui démontre que l’abaissement du stock sédimentaire a évolué en dépassant cette moyenne (voir les photos). Preuve à l’appui, l’érosion au sud de la plage a mis davantage à nu le gros béton qui permet de renforcer en profondeur la corniche d’Agadir finalisée en 2010.

Au nord de la plage, la terre avance sur la mer
Quant aux deux secteurs restants, à savoir la plage d’Anza jouxtant le port de commerce d’Agadir et le secteur situé au nord de la baie d’Agadir, ces zones connaissent plutôt une accrétion, c’est-à-dire une avancée de la terre sur la mer mais avec un degré relativement plus faible au nord de la plage d’Agadir. «Alors que la jetée du port a constitué un obstacle visà- vis du transit sédimentaire, ce qui a créé une accumulation de sédiments sur cette plage. Concernant le secteur situé au nord de la plage, la tendance est à l’engraissement en sédiments», note Ismail Aouiche. Cette tendance peut être liée selon l’étude en question à la construction des différents aménagements portuaires dont les jetées représentent des obstacles vis-à-vis de la houle. Cette situation a conduit aussi à l’avancée du rivage sur la plage d’Anza avec une moyenne de 65 m, ce qui correspond à des taux d’avancées supérieurs à 4 m/an. Au niveau du nord de la plage, elle a permis la création d’une zone calme au nord de la baie favorisant ainsi le dépôt de sédiments. En filigrane, la thèse mentionnée a conclu que la plage d’Anza et le nord de la baie d’Agadir s’engraissent respectivement avec un taux moyen de 4,6 et 1,53 m/an. De ce fait, l’évolution de la ligne du rivage entre 1975 et 2011 s’est caractérisée par une accrétion quasi-généralisée qui devient de plus en plus importante en se déplaçant du sud vers le nord. Par conséquent, le rivage a avancé en moyenne de 60 m, ce qui correspond à des taux d’avancées supérieurs à 1,66 m/an. L’avancée maximum est enregistrée à l’issue de la jetée de la Marina d’Agadir.

Trois quarts des sédiments perdus au sud de la plage
Au total, le budget sédimentaire (résultat de la comparaison des apports de sédiments et des pertes dans le milieu littoral) calculé à long terme (entre 1972-2021) montre une perte totale de l’ordre de 1.519.268 m33 selon l’étude au niveau de la zone intertidale. Elle correspond à une perte moyenne de l’ordre de 37.981 m3/an. À moyen terme cette fois-ci, le différentiel entre 2012 et 2015 du budget sédimentaire montre aussi une perte totale de l’ordre de 73.000 m3 /an sur toute la zone intertidale. Par ailleurs, l’évaluation globale pour l’ensemble de la baie montre une perte globale nette d’environ 414.192 m3, dont 74% au sud de la zone. «Il ressort que l’évolution à moyen terme est identique à celle du long terme avec un secteur nord en accrétion et un secteur sud en érosion. À l’échelle du court terme, le secteur sud d’Agadir est le plus touché par les tempêtes en raison de son exposition directe aux houles incidentes. Dans ce sens, les trois quarts des sédiments perdus sur toute la baie sont enregistrés dans ce secteur», conclut Ismail Aouiche.

Le vent dépouille la plage de son sable
L’autre phénomène et non des moindres qui affecte périodiquement la morphologie de la plage d’Agadir est l’accumulation de sables sur l’avant-plage mais aussi sur la corniche. Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette situation qui touche essentiellement le sud de la plage à cause de la vitesse et la direction du vent. Sur ce dernier point, les vents dominants au niveau de la baie d’Agadir sont du secteur ouest. En se rapportant au volet climat de la STRC, la vitesse maximale du vent observée mensuellement par la Direction nationale du climat montre une grande variabilité inter-mensuelle. Toutefois, les statistiques effectuées sur 30 ans montrent au niveau du profil des eaux de baignade d’Agadir que la valeur maximale des vents est atteinte au cours de la période de février à mai. Par ailleurs, le nombre de jours où la vitesse du vent dépasse 16m/s est fixé à 20 jours, notamment durant la période précitée, ce qui réduit la durée de la saison touristique à Agadir (indice climato- touristique). C’est pourquoi les transports éoliens (formation de bandes ou dunes côtières) sur le littoral d’Agadir y compris la corniche sont favorisés, entre autres, par les vents assez forts, la faible humidité des sables mais aussi la végétation discontinue et dégradée.

Le sable attaque la corniche
Sur le terrain, force est de constater aussi que certains endroits, surtout le sud de la plage deviennent durant cette période complètement caillouteux mais sur la côte lorsque le vent atteint une certaine vitesse, il soulève des grains de sable en les emportant vers les unités hôtelières qui sont confrontées chaque année à ce problème. En effet, le sable qui tend à migrer vers la corniche avec la vitesse du vent entraîne d’autres difficultés. Déjà en 2013, l’association «Paysages», qui s’intéresse à l’environnement dans la région d’Agadir a réalisé un rapport afférent à ce phénomène cyclique. Blocage des passages menant vers la plage, invasion des espaces verts par le sable, canalisations bouchées…sont les principaux faits relevés par ledit rapport. Comment expliquer ces événements ? Toujours selon le dernier profil des eaux de baignade d’Agadir, lorsque les vents ont une vitesse supérieure à 5 m/s, ils favorisent le transport de fl ux de sables sur sa dune bordière. Cependant, ce massif dunaire a été totalement détruit sur une longueur de 7 km entre l’embouchure de l’Oued Souss et le complexe portuaire suite à la construction des unités hôtelières et d’autres infrastructures. Selon Rachid Fassih, président de l’association Paysages, «ce phénomène prend de l’ampleur surtout au sud de la baie suite à la disparition de la bande naturelle d’eucalyptus qui a permis de retenir le sable et freiner la vitesse du vent», explique-t-il. Aujourd’hui, malgré que les engins de la commune d’Agadir procèdent chaque année au remodelage de la plage, aucune étude n’a été réalisée jusqu’à présent pour quantifier le tonnage de sables récupéré chaque année.

Comment lutter contre ces phénomènes ?
Face à cet état de fait, les chercheurs préfèrent s’adapter à ces phénomènes plutôt que de les affronter. Certains préconisent le recours à du sable prélevé, ce qui a le double avantage de lutter efficacement contre l’érosion et de coûter moins cher. À cet égard, le seul procédé selon Ismail Aouiche qui présente l’avantage de ne pas modifier l’environnement et de compenser le déséquilibre du littoral sud d’Agadir est le rechargement artificiel de la plage. «L’alimentation artificielle a pour but de corriger le déséquilibre sédimentaire sans perturber le jeu naturel des processus en action sur la côte. «La solution la plus convenable sera de réaliser un rechargement massif du secteur sud de la baie d’Agadir par du sable. Ce rechargement doit être réalisé sur la zone située entre la brise lames au nord et l’embouchure Oued Souss», indique-t-il. Le sable de rechargement pourra être prélevé facilement de la zone d’Anza près de la jetée du port de commerce. Les pertes au niveau de la plage d’Agadir sont de l’ordre de 70.000 m3/an donc la quantité nécessaire au rechargement est de l’ordre de 100.000 m3/an. En ce qui concerne la migration de sables vers la corniche, seule la végétation peut affaiblir, plus au moins le transport du sable et fixer les dunes après la destruction de ce système de protection naturel contre les vagues et les vents violents. Pour rappel, les dunes ont été détruites pour construire les hôtels et la digue de la promenade.

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