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Hier lundi, un nouvel attentat a frappé au cœur de Tunis. C’est le premier depuis 2015. Cet acte terroriste met, à nouveau, en péril la reprise économique, déjà très fragile. Reportage...

Il est 19h sur l’avenue El Habib Bourguiba à Tunis. L’avenue mythique de la capitale est déserte. C’est un fait exceptionnel pour les Tunisois, qui ne s’est jamais produit depuis la nuit de la révolution, un certain 14 janvier 2011. L’attentat perpétré plus tôt dans la journée du 29 octobre par une femme de 30 ans, faisant 15 blessés, a semé la terreur dans le centre-ville. La terroriste a utilisé une grenade artisanale pour viser une patrouille de la garde républicaine près du théâtre municipal.

Le ministère de l’Intérieur a interdit immédiatement la circulation. Depuis, les habitants de la capitale et les touristes évitent les cafés, restaurants et bars de l’avenue. Ce nouvel attentat rappelle une fois de plus les risques terroristes qui pèsent sur cette jeune démocratie maghrébine avec leurs conséquences sur une activité économique fragilisée.

L’Intérieur sous pression

Ahmed est gérant d’un restaurant dans le centre de la capitale. C’est une journée à oublier pour lui. «Dès 13h, la police a bouclé tout le quartier. Les clients ont fui le centre-ville. Espérons que les choses se stabiliseront demain», lance-t-il, pensif. Chez son voisin Faouzi, propriétaire d’une gargote populaire prisée par les locaux et les touristes, les clients ne sont pas non plus au rendez-vous. Du coup, les serveurs ont les yeux rivés sur l’écran de télé à la quête des dernières nouvelles sur l’attentat de ce midi. «On s’en remet à Dieu», glisse, fataliste, un de ces «garçons».

Plus loin sur l’avenue, les rares cafés qui ont résisté à ce couvre-feu qui ne dit pas son nom, le font sous le regard intrusif des policiers en civil. Les forces de l’ordre ont pris possession de l’avenue. Contrôle d’identité de toutes personnes suspectées, interdiction aux journalistes de prendre des photos sans autorisation du ministère de l’Intérieur, les hommes en uniformes sont sur les nerfs. Depuis deux ans, ils sont la cible d’attentats terroristes.

Le 24 novembre 2015, un homme actionnait sa ceinture d’explosifs près d’un bus transportant des membres de la garde présidentielle. Bilan : douze morts et dix sept blessés parmi les forces de l’ordre. Cet attentat risque de compliquer, encore davantage, la reprise économique en Tunisie. Après une croissance prévue de 2,8% en 2018, le gouvernement tablait sur un taux de 3,5% pour 2019. Ce n’est pas tout, les performances de la saison touristique devront subir également l’effet de ce nouvel attentat. La Tunisie se prépare à accueillir aussi de grands événements internationaux comme le Festival de Carthage de cinéma et les Assises internationales du journalisme, tous les deux durant le mois de novembre.

Au siège du ministère de l’Intérieur sur la même avenue, la nuit s’annonce longue pour identifier le réseau qui a manipulé la jeune auteure de cet acte désespéré. Le président de la république, Béji Caïd Essebsi, n’hésite pas à mettre la pression à son nouveau ministre de l’Intérieur, Hichem Fourati : «J’espère que les responsables parviendront à révéler la vérité autour de cet attentat qui est réellement un message et une véritable atteinte à l’État et à son prestige». Et d’ajouter depuis Berlin où il est en déplacement pour participer au sommet G20-Afrique : «Je pensais qu’on avait éradiqué le terrorisme, mais en réalité, j’espère qu’il ne nous achèvera pas, parce qu’en Tunisie, il y un mauvais climat politique. On est occupés par les postes et les tiraillements, omettant l’essentiel : la sécurité des citoyens», a-t-il fustigé.

Sur l’avenue, seul un personnage n’a pas fui son devoir de protecteur de la Tunisie. Sur son piédestal, la statue d’El Habib Bourguiba, premier président de la Tunisie contemporaine, est à cheval, le bras le levé. Il garde un œil vigilant sur le siège de l’Intérieur, bâtiment-symbole de la dictature de l’ère Ben Ali. Bourguiba, gardien du temple attend le retour prochain de ses compatriotes sur son avenue éponyme.