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Les élections présidentielles en Égypte seront sans enjeu puisque tous les prétendants sérieux sont hors course. Elles s’annoncent comme une formalité pour Abdel Fattah el-Sissi, qui dirige d’une main de fer le pays le plus peuplé du monde arabe. Le seul à vouloir rivaliser avec le «Raiss» n’est d’autre qu’un farouche soutien du président. L’opposition appelle, quant à elle au boycott.

Peu avant la clôture des candidatures lundi à la mi-journée, le chef du parti libéral égyptien al-Ghad, Moussa Mostafa Moussa, s’est déclaré candidat. «Je termine certaines procédures restantes et je me rendrai à l’Autorité nationale des élections pour présenter mon dossier de candidature», a déclaré M. Moussa. Il assure avoir réuni plus que le nombre nécessaire de parrainages d’électeurs et de soutiens de parlementaires pour se présenter.
Si sa candidature est validée, elle aura pour seul mérite d’éviter au chef de l’État le statut de candidat unique. Et elle devrait l’avoir, selon plusieurs acteurs politiques égyptiens. Moussa, qui arborait jusqu’à lundi matin un portrait de Sissi sur sa page Facebook, est, en effet, perçu comme un pro-Sissi. Rien ni personne ne semble désormais pouvoir s’opposer à l’ancien maréchal Sissi, quatre ans après une première victoire électorale acquise avec 96,9% des voix. Devenu chef de l’État, il a méthodiquement laminé toute opposition islamiste comme libérale, emprisonnant des centaines d’opposants.


Les rivaux embastillés, ou sous pression

Ces dernières semaines, plusieurs prétendants et candidats ont été écartés ou ont préféré jeter l’éponge face à ce qu’ils considèrent comme une élection jouée d’avance. «Il veut être le seul candidat» en mesure de l’emporter, a déclaré à l’AFP Hassan Nafaa, professeur en sciences politiques à l’Université du Caire. Selon lui, le président «souhaite une sorte de plébiscite». Et pour se faire, Sissi a sorti le grand jeu. Les portraits du président fleurissent dans les villes. Et le chef de l’État est omniprésent à la télévision et dans la presse, sur lesquelles le gouvernement a renforcé sa mainmise. Les concurrents évincés y sont rarement évoqués ou alors de façon laconique, voire péjorative.
L’ex-chef d’état-major Sami Anan a été exclu de la course la semaine dernière, poursuivi par la justice militaire pour s’être engagé dans les présidentielles «sans l’autorisation des forces armées». Depuis, ses proches se disent sans nouvelles de lui. Fin novembre, l’ex-Premier ministre Ahmad Chafic avait annoncé sa candidature depuis les Émirats arabes unis où il vivait. À son arrivée en Égypte, début décembre, il a disparu pendant environ 24 heures, avant d’annoncer qu’il renonçait à se porter candidat. L’ancien député devenu dissident Mohammad Anouar el-Sadate, neveu de l’ex-président Anouar el-Sadate, et l’avocat défenseur des droits de l’homme Khaled Ali ont eux aussi jeté l’éponge, dénonçant des pressions politiques.
Le colonel Ahmad Konsowa s’était, lui, retrouvé en prison juste après avoir annoncé sa candidature fin novembre puis avait été condamné à six ans de prison pour «comportement nuisant aux exigences du système militaire».

Appels au boycott

Dés dimanche soir, plusieurs personnalités égyptiennes ont appelé au boycott du scrutin, accusant le régime «d’empêcher toute compétition loyale». Ils condamnent, dans un manifeste qu’ils ont publié, ce qu’ils appellent «toutes les mesures administratives et sécuritaires prises par le régime actuel pour empêcher toute compétition loyale lors de la prochaine élection» présidentielle. «L’attitude de la présidence et du régime témoigne d’une peur et d’un manque de confiance», avance Hassan Nafaa, selon qui Sissi se sait moins populaire que ce que la propagande d’État cherche à véhiculer.
Le texte est signé entre autres par deux anciens candidats à la présidentielle de 2012 : Mohamed Anouar El-Sadate, le neveu de l’ancien président Sadate, et Abdel Moneim Aboul Foutouh, ancien dirigeant des Frères musulmans. Le texte dénonce aussi «un climat de peur» ayant accompagné le processus électoral ainsi qu'«un calendrier électoral ne donnant pas aux candidats une réelle chance de se présenter».
Hicham Geneina, ex-président de l’Autorité de contrôle des comptes publics et grand pourfendeur de la corruption, a aussi signé le texte. Démis de ses fonctions en 2016 par le président Sissi, il était le responsable de campagne d’un candidat récemment écarté de la présidentielle, l’ex-chef d’État-major Sami Anan. Geneina a été blessé samedi à l’arme blanche au Caire et son entourage évoque un «motif politique» pour cette «attaque». Le texte appelant au boycott a également été signé par Hazem Hosni, professeur de sciences politiques à l’université du Caire et Essam Heggy, un éminent scientifique égyptien.

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