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Les Algériens sont appelés aux urnes, aujourd'hui, pour élire leurs représentants à l'Assemblée nationale. Abstention, boycott, alliances... un scrutin qui se déroule sur fond de grave crise économique et sociale, sans oublier la crainte de l’après-Abdelaziz Bouteflika.
 
Jeudi 4 mai. Les élections législatives d’Algérie devraient permettre de décider de la composition l’Assemblée populaire nationale. Ces élections sont les sixièmes depuis la réforme constitutionnelle de 1989, qui a instauré le pluralisme dans le pays après 27 ans de parti unique. Le FLN (Front de libération nationale), toujours premier parti du pays, s’est adjugé la majorité des sièges (207 sur 462) pendant 5 ans. En fait, ces élections sont une sorte de test pour le parti face à d’autres formations. Cependant, dans un pays où la vie politique est dite inexistante, les élections législatives revêtent de multiples enjeux, englobant plus qu’une simple interprétation du parti vainqueur. Explications avec Adlène Meddi, rédacteur en chef de l'hebdomadaire El Watan weekend et écrivain algérien.

Les Inspirations ÉCO: Quels sont les véritables enjeux de ces élections?
Adlène Meddi: Ces élections législatives sont une manière de mesurer la température dans l’optique d’une transition présidentielle, douce ou brutale. En effet, l’état actuel de Abdelaziz Bouteflika inquiète les autorités qui appréhendent une possible disparition du président, celle-ci alimentant une instabilité déjà bien présente dans le pays. Le successeur serait alors une personnalité issue de la majorité présidentielle, déterminante pour l’avenir du pays. De plus, les résultats sont aussi un instrument de mesure de démocratie et de fonctionnement des institutions pour le pays qui intéressent les autorités, mais surtout les observateurs étrangers. L’ascension d’un parti islamiste ou progressiste serait un coup de communication lourd de conséquences pour le pays, qui tient à sa crédibilité diplomatique internationale et à son aspect d’État arabe démocratique. En relation avec des puissances européennes et arabes, l’image que renvoie le pays est déterminante dans les échanges commerciaux qui font vivre cet État rentier. 
 
Comment expliquer le phénomène de l’abstention, et quels en sont les enjeux?
Le véritable chiffre qui préoccupe à ce point les gouvernants concerne l’abstention, qui est un indicateur de l’adhésion à la vie politique du pays. Il s’agit d’une véritable obsession pour les autorités algériennes qui, en plus de vouloir renvoyer une image de démocratie fonctionnelle, espèrent sonder l’opinion publique en analysant les pourcentages finaux. Rappelons que la participation a seulement atteint les 42,90% il y a cinq ans, selon les chiffres officiels, et que les élections législatives sont, comparativement aux municipales et aux présidentielles, systématiquement boudées par les Algériens. Cette abstention grandissante est due à plusieurs raisons. La vie politique en Algérie est anormale: un président fantôme, de nombreux partis désordonnés et inexistants en dehors des périodes de campagne… Les gens ne croient plus en rien, ils se sentent abusés. De plus, les institutions de séparation des pouvoirs sont complètements défaillantes. 
 
Quelle est l’opinion dominante chez les citoyens à propos de la chose politique?
Les propos des Algériens sur les réseaux sociaux et dans la rue révèlent un jugement très négatif des politiques. Réputés corrompus, fraudeurs et obnubilés par leur intérêt personnel, ces derniers n’ont aucune crédibilité auprès du peuple. De ce fait, l’indifférence politique, qui se pérennise, pose de sérieuses questions de représentativité, d’autant plus que l’élection est basée sur un principe de représentativité directe. Avec 42% de participation, il semblerait que le Parlement incarne plus l’État auprès de la population algérienne que la population auprès de l’État… 
 
Quelle lecture peut-on faire de cet état de fait?
Le scepticisme des Algériens envers l’Assemblée populaire nationale ne découle pas uniquement du défaut de légitimité de l’organe. Il s’avère en effet que le pouvoir législatif du Parlement est écrasé par celui, exécutif, du gouvernement, et que sa composition n’influe absolument pas sur la vie politique du pays. Cela explique donc le désintérêt grandissant du peuple pour les législatives qui n’ont pas vocation à provoquer de changement notable, même après la réforme constitutionnelle de 2016 qui donne plus de pouvoir à l’opposition au sein de l’Assemblée. Une mesure dérisoire en faveur d’une opposition représentée par des partis comme le RND (Rassemblement national démocratique) ou Jil Jadid, bâillonnés par l’Exécutif. Ces derniers appellent depuis quelques mois à l’abstention, convaincus que le système ne peut être modifié de l’intérieur. Ce boycott organisé par les partis eux-mêmes révèle un réel dysfonctionnement du système. Ces derniers profitent d’ailleurs d’une abstention déjà présente pour les raisons sus-citées dans le but d’alerter le peuple sur ce dysfonctionnement. 
 
Qu’en est-t-il de la mobilisation sur les réseaux sociaux?
Cet appel est relayé par les réseaux sociaux et différents YouTubeurs, confirmant une abstention presque «partisane». Initiée par l’indifférence des gens, l’abstention devient un acte de participation. Ces vidéos vont jusqu’à inquiéter les autorités, forcées de constater l’échec de leur propre campagne incitant au vote, communiquée par des affiches et des messages à la radio. Seulement, les stratagèmes de manipulation de l’opinion par les chaînes publiques ne fonctionnent plus sur le peuple, désabusé par la vie politique.
 
Quelles sont les réelles ambitions de la mouvance islamiste algérienne?
L’enjeu du gagnant ou du perdant des élections intéresse en grande partie, sinon le peuple et l’opposition, les partis islamistes conservateurs qui s’allient durant cette campagne pour atteindre le Parlement. Usuellement désorganisés, ces derniers enchaînent les stratégies pour obtenir une place au gouvernement, véritable organe décisionnaire du pays. Par des alliances et des marchés conclus avec des membres de l’Exécutif, les grands partis comme le MSP (Mouvement de la société pour la paix) et le FC (Front du changement) formant le HMS, ou encore l’alliance Ennahda El-Adala El Bina espèrent avoir une place au gouvernement à l’issue des législatives en touchant la plus grande partie de leur électorat, surtout présent dans le milieu rural et celui universitaire. Relativement modérés, les partis islamistes d’Algérie ont surtout vocation à influer voire contrer certaines mesures allant à l’encontre de leur valeurs plutôt que d’imposer leur système à l’échelle du gouvernement. La mouvance islamiste était principalement représentée par le MSP au Parlement depuis 5 ans avec 49 sièges sur 462 (environ 10% des 40% de votants en 2012).
 
Dans quelle mesure le changement pourrait-il s’opérer en Algérie?
L’idée de changement brutal rappelle plus, en Algérie, l’expérience libyenne qu’une perspective de progrès. Pourtant, des mouvements progressistes et vecteurs d’amélioration existent dans certains syndicats autonomes, mouvement féministes ou groupes religieux. Les progrès numériques et l’enthousiasme pour les réseaux sociaux, qui touchent tout le monde arabe, nourrissent de nouvelles formes d’action politique qui touchent surtout les jeunes. Les mouvements relayés par Twitter ou YouTube grandissent tant qu’ils concurrencent presque la multitude de partis qui rendent la politique plus confuse que démocratique. Le phénomène est donc à suivre sur Internet, et non dans les urnes. Les observateurs politiques ont donc des raisons de se tenir à l’affût des résultats des élections législatives, tant dans la forme que dans le fond. Quoiqu’il en soit, il est sûr que la figure de l’actuel chef d’État, à la fois faible physiquement et politiquement, crée une apathie politique que les législatives n’ont pas vocation à défaire, ce qui explique le désintérêt du peuple qui semble, depuis quelques semaines, davantage se passionner pour l’actualité politique française que pour celle de son propre pays…

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