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Jean Kouchner, secrétaire général international de l’UPF

Les Inspirations ÉCO : Lors des travaux des 46e Assises de la presse francophone, il sera beaucoup question des fake news qui «polluent» les médias et portent atteinte à la crédibilité des journalistes. Y-a-t-il la volonté de tirer la sonnette d’alarme ?
Jean Kouchner : Les fake news, les fausses informations, ce n'est pas nouveau ! Il y en a de plusieurs origines et parfois c'est le résultat de simples erreurs, mais cela ne diminue pas leur gravité potentielle. Il y a aussi des «erreurs volontaires», c'est-à-dire la volonté délibérée de tromper ou d'instrumentaliser une question mais c'est toujours grave parce que cela altère la qualité de l'information et donc les citoyens qui ont droit à une information vérifiée et sourcée sont lésés. Cela altère aussi l'image des journalistes et des médias. C'est donc important de toujours dénoncer les mensonges, volontaires ou pas.

Les fausses nouvelles sont-elles une tendance inéluctable avec le développement des sites d’informations et les réseaux sociaux ?
Rien n’est inéluctable ! Il est vrai que la diffusion très rapide de l'information a des conséquences néfastes sur sa qualité. Il faut aller vite, toujours plus vite, pour être le premier... C'est dommage ! Les médias sont de plus en plus soumis aux «lois du marché»... Mais pourtant ce ne sont pas des marchandises comme les autres ! Il est essentiel de prendre le temps nécessaire à la vérification de l'information et tant pis si on est pas le premier : à terme, on sera jugé comme étant le plus fiable ! Sur les réseaux sociaux, sur le web, il y a d'excellents sites d'informations avec des journalistes qui vérifient leurs infos et qui sont très fiables...Internet n'est qu'un vecteur... Il faut absolument aider à développer le sens critique des gens.

Les fake news sont aujourd’hui de véritables armes de propagande entre les mains de groupes politiques, économiques, etc. Comment les journalistes peuvent-ils éviter la manipulation ?
Encore une fois, ce n'est pas nouveau... De nombreux groupes et pas seulement des groupes politiques, des grandes entreprises ont de tous temps essayé d'instrumentaliser les médias et les journalistes. Souvent ce qui comptent pour eux, ce sont leurs profits et rien d'autre... Regardez Monsanto avec leurs actions concertées pour faire croire que le glyphosate n'est pas dangereux... Il y a aussi des groupes politiques prêts à tout pour essayer d'accroître leur influence, serait-ce par le mensonge. Mais heureusement, il y a aussi des entreprises et des partis politiques honnêtes... et je pense qu'avec le pluralisme des médias, ce sont eux qui seront bénéficiaires à terme.

La lutte contre le fléau de la désinformation est-elle seulement une question de moyens financiers ?
C'est une question de conception des médias : lutter contre la désinformation, c'est créer les conditions pour que le pluralisme des médias existe et se développe dans chaque pays. Il faut donc aider les médias sérieux qui, même s'ils sont minoritaires en termes de diffusion, doivent continuer à exister. La concentration des médias n'a jamais été synonyme de diversité mais lutter contre la désinformation, c'est aussi aider à développer une exigence citoyenne !

En février dernier, des médias français se sont alliés à Facebook pour lutter contre les fake news. Est-ce, selon vous, une bonne parade contre ce fléau ?
Certainement ! Mais ce n'est pas la seule parade... Lorsqu'on voit que les grands groupes du net et certains fournisseurs d'accès, commencent à prendre conscience qu'ils ont un rôle à jouer, qu'ils portent aussi une partie de la responsabilité des contenus dans la mesure où ce sont des contenus mensongers ou incitateurs de haine, de racisme, on ne peut que s'en réjouir ! Il faut défendre l'espace de liberté du net, mais bien défendre la liberté des idées et des choix éditoriaux, ce n'est pas tolérer le mensonge organisé !

Les informations inventées sont-elles le signe d’une société en perdition ?
La société en perdition c'est plutôt celle qui aliène les libertés individuelles et collectives. Encore une fois, il y a toujours eu du mensonge organisé. Cela pose en termes nouveaux la responsabilité de l'éducation.

Justement l’éducation aux médias intégrée dans les programmes scolaires peut peut-être aider les lecteurs à faire le tri dans ce trop-plein de fausses nouvelles qui circulent, notamment sur le net ?
Oui, bien sûr, mais il ne faut pas cantonner l'éducation aux médias à une journée par an, comme en France... Il faut encore une fois que les jeunes collégiens, lycéens, étudiants et aussi tous les citoyens apprennent à distinguer le bon grain de l'ivraie. Il faut développer le sens critique, ne rien considérer comme acquis. C'est là que réside un des meilleurs atouts pour le développement de médias de qualité. Il faut aussi développer la formation des journalistes eux-mêmes et faire en sorte qu'ils puissent travailler dans des conditions matérielles satisfaisantes, ce qui est loin d'être toujours le cas.


Le journaliste face à de nouveaux défis

Les Assises de l’Union de la presse francophone (UPF) constituent toujours un événement majeur pour la profession. En effet, c’est l’occasion pour les journalistes de débattre des enjeux auxquels font face les médias. Pour la 46e édition des Assises dont les travaux ont démarré mercredi 22 novembre à Conakry, il sera question de «Journaliste, investigation et transparence». Plus de 600 professionnels de médias, représentant une cinquantaine de pays dont le Maroc, sont réunis pour discuter des limites du journaliste d’investigation, de la déontologie, des nouveaux visages de la propagande et des fake news. En clair, il s’agit d’analyser les nouveaux défis posés aux reporters et journalistes dans un contexte où les modes de communication sont chamboulés par Internet. 

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