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Entre les défenseurs d’une maîtrise de l’explosion des sites d’information et les universalistes qui prônent l’ouverture, personne ne peut prédire l’évolution du secteur de l’information au Maroc. L’absence d’étude et d’enquêtes sérieuses sur le sujet n’est pas sans compliquer la donne, tandis qu’une guerre en sourdine fait croiser le fer entre le print et le digital.

La presse marocaine entame un tournant décisif. Son avenir dépend de plusieurs paramètres liés à la nouvelle loi qui la régit, à la viabilité de son modèle économique et à la digitalisation qui prend, irrémédiablement, le dessus sur le print. C’est désormais la presse papier qui doit s’adapter à la nouvelle donne et trouver d’autres niches plus vendeuses car l’information à flux tendu ne peut plus s’accommoder d’une périodicité longue ne serait-ce que de quelques heures. Tandis que le canal web ne connaît plus de limite de temps, d’espace ou d’accès, le mobile learning promet, encore, de faire table rase sur toutes ces technologies pour trôner comme l’ultime canal d’information, de partage et du journalisme social. Il faut donc se lancer dans ce rush mondial pour ne pas se trouver dans la queue du peloton. C’est pourquoi aujourd’hui, le débat sur la loi 88.13 relative à la presse et à l’édition donne le tempo de toutes ces préoccupations. C’est aussi pourquoi la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ) et le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) tablent sur leur rencontre,  dans les prochains jours, avec le ministre de la Culture et de la communication pour les étayer. Cette rencontre, la troisième de son genre, n’est pas à côté du débat du jour, bien qu’elle soit initialement consacrée au Conseil supérieur de la presse. L’harmonisation des sites d’information avec la loi 88.13 donne du fil à retordre pour tout le monde, ministère, fédération, syndicat et surtout les concernés, à savoir les responsables de ces sites. Ces derniers avaient jusqu’au 15 août, date limite d’adaptation à la nouvelle loi pour se mettre en conformité avec deux critères principaux : avoir un directeur de site ayant au moins la licence et disposer de la carte professionnelle de presse.

Harmonisation avec la loi et seuil de tolérance
L’article 125 stipule que les sites d’information dispose d’un an de mise en conformité avec ces deux critères depuis la publication de la loi 88.13 au Bulletin officiel du 15 août 2016. Toutefois, sur les milliers de journaux électroniques, une estimation parle de plus de 5.000, parmi lesquels seuls 88 ont déposé leurs dossiers d’harmonisation auprès des tribunaux du pays. Or, un mois après la fin du délai de grâce, aucun site n’a fait l’objet de fermeture pour non conformité. Dans le Conseil de gouvernement du 24 août, un projet de décret portant sur l’amendement de l’article 125 a eu pour objectif de proroger de 6 mois la durée d’adaptation. Ledit projet de décret n’est pas encore adopté car il doit être soumis à l’approbation du Parlement. Dans le même sens, les groupes de la majorité à la première Chambre ont déposé une proposition de loi encore plus tolérante puisqu’elle propose de porter la durée d’adaptation à un an supplémentaire, avant de se rétracter et de retirer la dite proposition de loi. Selon Noureddine Miftah, président de la FMEJ, «toute concession à propos des critères de professionnalisme ne fera que consacrer le chaos et le laisser-aller dans un secteur très sensible». Céder à la procrastination ne ferait, par conséquent, qu’enliser la situation davantage.

Guerres digitales sur fond politique
Selon nos sources, étant donné que la majorité des partis politiques disposent de sites d’information, il est normal qu’ils fassent ainsi du lobbying pour avoir suffisamment de temps pour dénicher un directeur qui corresponde aux critères de la loi 88.13. Et il faut dire que ce profil ne court pas les rues car non seulement il faut être licencié mais aussi avoir au minimum 2 ans d’expérience dans le journalisme qui donnent accès à la carte de journaliste professionnel délivrée par le ministère de la Culture et de la communication. Toutefois, les tenants de la théorie universaliste s’érige contre ce qu’ils qualifient de freins à la liberté d’exercer le métier et d’informer en lançant des ultimatums d’adaptation à la loi.
Les pouvoirs publics, quant à eux, ne veulent pas entrer en conflit avec cette armée de journaux électroniques dont une bonne partie prêche le faux pour savoir le vrai ou utilise l’intox et le colportage pour créer le buzz. De combien de personnalités a-t-on, délibérément, annoncé la mort dans une course effrénée pour grappiller le plus de clics ? Certains sites sont créés de manière circonstancielle pour servir de porte-voix à certains lobbies politiques ou économiques avant de disparaître. D’autres encore jouent le rôle de chair à canon aux services de chapelles politiques en conflits. Ils pullulent en période électorale financés par certains candidats à la députation ou durant les élections locales où l’enjeu est encore plus grand. Leurs croisements de fer sonnent parfois comme un air de guerre. Et pour la première fois, les Marocains entendent parler de bataillons électroniques en référence à ces jeunes qui prenaient la défense de l’ex-chef du gouvernement Abdelilah Benkirane face à ses adversaires, d’abord Hamid Chabat, SG de l’Istiqlal et ensuite Ilyas El Omari du PAM. Que ce soit à travers des sites électroniques ou via Facebook, la scène médiatique a été longtemps obnubilée voire prise en otage par des joutes politiques qui faisaient de l’ombre sur les insuffisances des politiques publiques et leur incapacité à satisfaire les attentes des électeurs. Il a fallu que le souverain secoue fortement le cocotier pour que les responsables gouvernementaux, qui sont le prolongement des partis politiques, quittent le confort de leurs bureaux et des joutes de salons pour se concentrer sur l’essentiel.

Presse électronique, cette inconnue
Ce genre de batailles politiques enflammées foit les choux gras de certains journaux électroniques qui ne prennent pas la peine de recouper l’information. Abdellatif Bensfia pense qu’il est insensé qu’une dispute Benkirane-Chabat occupe le champ médiatique pendant plus d’une année alors que les vraies problématiques de la société sont quasiment délaissées par la majorité des médias électroniques. Le professeur et directeur de la formation continue à l’Institut supérieur de l’information et de la communication (ISIC) estime que les médias de manière générale ne font pas assez d’efforts pour connaître les attentes de leurs publics. «L’absence d’investigation car coûteuse pour la majorité des médias laisse la voie libre à l’intox et au buzz, tandis que les organes de presse manquent de vision de l’information et se trouvent ainsi acculés à travailler au jour le jour», renchérit-il. La question des moyens est primordiale alors que même les spécialistes des médias ne sont pas encouragés, regrette Bensfia, à faire de la recherche, des études ou des enquêtes poussées pour mieux cerner l’évolution du secteur des médias au Maroc et les transformations profondes qu’il est en passe de connaître. Pour exemple, l’on avance le chiffre de 5.000 sites d’information alors qu’aucun recensement n’a été effectué dans ce sens par les instances concernées et à leur tête l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT). C’est cette dernière en fait qui est habilitée à fournir des statistiques pour tout ce qui a trait aux sites d’informations, sites marchands, professionnels ou institutionnels. La seule référence qui existe aujourd’hui s’inscrit dans le cadre d’une circulaire 2013 du ministre de la Justice qui, pour la première fois, impose aux sites d’informations de suivre les mêmes démarches pour l’octroi de l’autorisation que les journaux en papier. Jusqu’à aujourd’hui, ils ne sont pas plus de 500 sites d’informations qui sont autorisés en respect de ladite circulaire, rendue caduque par la nouvelle loi 88.13.

Le multicanal ou la voie du salut
Ce foisonnement de sites d’information pousse naturellement à s’interroger sur leur viabilité et leur modèle économique. Si l’aide étatique arrive doucement, il n’y a pas d’autres ressources en dehors du gâteau publicitaire qui, tout en restant stable, se trouve de plus en plus saucissonné, mais il y a d’autres moyens plus complexes et contorsionnés pour un site de gagner de l’argent à travers le nombre de clics. Sans parler des plateformes et réseaux sociaux qui deviennent de plus en plus une source de gain, non négligeable. Pour ce qui est de la presse papier, l’aide étatique est presque figée. En 2016, elle a été de 65 MDH et le même budget a été gardé pour 2017. Chaque journal en profite au prorata de son tirage, mais aussi de ses coûts de production et de ses engagements sociaux vis-à-vis de ses salariés. Le maximum qu’un journal peut se voir octroyer, dans le cadre du soutien de l’État, est de 2,4 MDH. Il y a aujourd’hui un silence assourdissant sur les moyens de subsistance des médias qui se trouvent pris entre le marteau des technologies de l’information qui exige d’investir dans de nouvelles plateformes virtuelles et l’enclume de la tendance baissière des tarifs des insertions publicitaires. Pour être plus convaincants au regard de l’annonceur, une entreprise de presse se doit de gagner le pari de la diversification. Le multicanal n’est plus un luxe, c’est une condition sine qua non pour rester sur les radars des annonceurs. L’avenir appartient à ceux qui sauront se positionner à temps et investir dans les profils adéquats à même de relever le défi de la course à la réalité dématérialisée...le digital. 


Pub ou peau de chagrin

Sur le continent africain et même dans les pays du Maghreb, le Maroc tire bien son épingle du jeu en matière de budget alloué à la publicité dans les médias audiovisuels ou écrits. En l’absence d’estimation officielle, les professionnels l’évaluent à 3,4 MMDH en net. Cette manne est dominée par la télévision et l’affichage à raison de 30% chacun, la radio qui accapare 25% et enfin la presse qui se contente de 15%. Toutefois, cette configuration n’est pas inscrite dans le marbre, elle risque bientôt de connaître un chamboulement sans précédent avec l’évolution des technologies de l’information et le tsunami des plateformes digitales. Justement, le digital gagne de plus en plus de terrain avec un taux de croissance à deux chiffres depuis au moins 5 ans. Mais encore une fois et en l’absence d’outils fiables de mesure, les publicitaires estiment que les investissements en achat d’espaces dans le digital varie entre 200 et 300 MDH. Le Maroc ne déroge pas à la règle. Il se trouve dans la même configuration mondiale qui consiste à ce que Facebook et Google engrangent 60 à 70% de cet investissement. N’ayant pas encore de plateformes digitales purement marocaines pouvant drainer les mêmes niveaux d’audiences que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), les professionnels pensent que cette proportion n’est pas prête de changer.

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