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Maroc

Le Maroc célébrera demain la journée nationale de la femme dans un contexte marqué par le débat sur les droits de la gent féminine. Le pari de la parité n’est pas encore gagné sur tous les plans (économique, social et politique). Le point sur les principaux défis.

Le bilan de l’égalité des genres est peu reluisant bien que le Maroc ait promulgué de nouvelles lois et lancé des programmes pour la promotion de l’égalité entre les deux sexes. Il faut dire que l’amélioration du cadre juridique sensible à la dimension de genre ne se reflète pas nécessairement dans l’effectivité des garanties et des droits inscrits dans les textes juridiques et législatifs. À cela s’ajoutent les insuffisances de certaines lois qui gagneraient à être révisées. La parité qui est stipulée par la Constitution reste toujours un vœu pieux. Pourtant elle est scandée dans tous les discours politiques mais sans pour autant qu’elle en soit, visiblement, une priorité, comme en témoignent les chiffres de la représentativité féminine sur tous les plans. On attend toujours la mise en place de l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination (APALD) dont la loi y afférent a été entérinée par le Parlement il y a plus de deux ans. Les attributions de cette entité sont, certes, jugées lacunaires mais l’APALD est très attendue pour présenter des propositions concrètes pour la promotion de la condition féminine.

Amender le Code de la famille
L’enjeu est de booster certaines réformes déjà entamées mais qui restent inachevées, à commencer par le Code de la famille, promulgué en 2004. Ce texte constitue un saut considérable dans la promotion de la condition féminine au Maroc. C’est de loin la réforme la plus importante au cours du 21e siècle car elle a permis de mettre la famille sous la responsabilité de l’homme et de la femme. Néanmoins, il est temps de l’amender pour répondre aux aspirations des femmes marocaines. Le gouvernement a annoncé, à plusieurs reprises, sa disposition à ouvrir ce dossier épineux. Le département de la Justice mène depuis quelques mois une évaluation globale du Code de la famille en vue d’en relever les défaillances et d’adapter ses dispositions avec les évolutions sociales, juridiques, politiques et économiques qu’a connues le Maroc au cours des quinze dernières années. Quant au ministère d’État des droits de l’homme, il a récemment lancé le processus de concertation sur les points conflictuels pour sortir avec des propositions concrètes.
La tutelle légale sur les enfants est l’un des points les plus importants dans le cahier revendicatif des associations de défense des droits de la femme. La notion d’autorité parentale partagée n’existe pas encore en droit marocain. En effet, la loi ne permet pas à la mère d’accéder à la tutelle légale sur ses enfants mineurs que sous certaines conditions très restrictives. La révision de l’article 49 du Code de la famille figure aussi parmi les points à réviser. Cet article consacre le principe des séparations des biens et n’impose pas le partage de l’épargne en cas de divorce ou de décès sauf si un contrat est conclu indépendamment de l’acte de mariage pour la gestion des biens acquis pendant le mariage. D’autres points s’avèrent compliqués à réviser sous le mandat du PJD. On peut citer notamment la législation successorale (l’égalité dans l’héritage), l’interdiction du mariage des mineures (amendement de l’article 20 du Code de la famille), l’interdiction de la polygamie.

Économie : l’écart est énorme entre les deux sexes
Sur le plan économique, la participation des femmes au marché du travail demeure très faible. L’écart entre les femmes et les hommes est énorme comme en attestent les taux d’activité lors du deuxième trimestre de 2019, qui sont respectivement de 23% et 69,8%. L’activité féminine est en constante baisse. L’écart des taux d’emploi est de 44 points (64,6% pour les hommes et 20,4% pour les femmes). Les hommes sont trois fois plus nombreux à occuper un emploi. Les femmes ne bénéficient que des trois quarts des droits des hommes, comme le souligne une étude de la Banque mondiale. Quant à l’entrepreneuriat féminin, il peine toujours à décoller. Les femmes ne représentent que 14,1% des «Indépendants» et 8,6% du statut «Employeurs» en 2016. Les femmes marocaines entreprennent mais à petite échelle. Leur chiffre d’affaires reste généralement inférieur à 20 millions de dirhams, voire à 5 millions de dirhams. Outre les difficultés partagées entre les deux sexes (foncier, financement, procédures administratives…), les femmes se trouvent confrontées à des contraintes culturelles et sociales : les perceptions socialement construites et les craintes intériorisées des femmes, les stéréotypes véhiculés par l’environnement socioculturel et éducatif depuis le jeune âge sur le fait que l’entrepreneuriat relève du rôle de l’homme, la discrimination systémique inhérente à leur genre…

Politique : un chemin long et tortueux
Sur le plan politique, il s’avère difficile de briser le plafond de verre. La marche vers la parité se fait à pas de tortue. Les femmes n’ont pas encore atteint la masse critique pour pouvoir peser sur les décisions. La représentation des femmes est actuellement de 21% au sein de la Chambre basse et de 11,7% dans la Chambre haute. Quant au taux des élues communales, il se situe à 21,18 %. Pour provoquer le changement, il faut aller au-delà des quotas pour instituer la parité tant escomptée. À cet égard, une grande responsabilité incombe aux partis politiques, principaux acteurs de l’égalité en matière de représentation politique, pour favoriser la participation politique des femmes. Les formations partisanes sont pointées du doigt par le mouvement féminin et les femmes politiques car elles fournissent peu d’efforts pour promouvoir la présence politique féminine dans les instances élues. Le recours à des quotas ou à des sièges réservés aux femmes les décharge de leurs responsabilités démocratiques de promouvoir la représentativité féminine. Pis encore, ce système favorise les femmes peu engagées dans la politique ou sans aucune formation. Il est temps de réfléchir à un nouveau mécanisme innovant et surtout contraignant. Les militantes politiques et associatives plaident pour une révision des lois électorales et l’instauration d’un scrutin qui permettrait une représentativité d’au moins le tiers des femmes. Par ailleurs, le gouvernement est très attendu pour propulser les femmes aux postes clés de responsabilité de la fonction publique. Les femmes ne parviennent toujours pas à prendre les règnes des postes stratégiques. Le taux de féminisation des postes de responsabilité toute catégorie confondue est de 23,02%. Ce chiffre chute à 16,59% pour les emplois supérieurs.

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