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L’adoption du Tifinagh est l’amendement phare introduit au projet de loi organique sur l’officialisation de l’amazigh qui devra être adopté en plénière ce lundi. Le gouvernement n’a pas accepté d’octroyer à l’IRCAM l’indépendance financière.

Après plus de deux ans et demi de blocage au sein du parlement, les deux projets de loi organique portant sur l’officialisation de l’amazigh et le conseil national des langues et de la culture marocaine vont enfin franchir le cap de la chambre basse ce lundi. Les textes, qui ont été soumis à l’institution législative en septembre 2016, devront poursuivre leur processus législatif au sein de la chambre des conseillers. Tout porte à croire qu’ils ne passeront pas comme une lettre à la poste au sein de la chambre haute. Le consensus escompté depuis de longs mois entre les différentes composantes du parlement autour de ce dossier n’a pas pu être obtenu. On s’attend à ce que l’opposition maintienne ses propositions d’amendements qui ont été rejetés par le gouvernement à la chambre des représentants. L’exécutif pourra compter sur sa majorité, qui vient enfin d’accorder non sans peine ses violons sur ces deux projets de loi organique, pour tirer son épingle du jeu. La principale pomme de discorde entre les composantes de la coalition gouvernementale a en effet été dépassée en adoptant l’utilisation de l’alphabet «Tifinagh» dont les origines graphiques remontent à environ 5400 ans avant J-C. Les députés de la majorité, rappelons-le, ont été divisés sur cette question. Alors que certains tenaient mordicus à la transcription tifinagh, d’autres notamment au sein du PJD défendaient bec et ongles l’adoption de la graphie arabe pour faciliter la généralisation de l’enseignement de la langue amazighe qui pourrait piétiner en raison de la complexité du tifinagh. Cette graphie est adoptée depuis 2004 comme caractère officiel de l’écriture de l’amazigh. Tout au long de ces deux années et demie, l’IRCAM et les activistes amazighs rejetaient «tout retour en arrière sur cette question». Les députés ont tranché aussi le débat relatif à la langue à promouvoir en optant pour la langue amazighe unitaire. Plusieurs voix au parlement plaidaient pour les dialectes régionaux.

Implémentation progressive
L’implémentation des nouvelles dispositions juridiques nécessite des préalables tant juridiques qu’organisationnelles. Au niveau des délais d’implémentation, pas de grands changements. Le processus de mise en oeuvre nécessitera entre quatre ans et quinze ans. Il faudra attendre l’entérinement définitif des textes par le parlement, leur publication au bulletin officiel, l’adoption des décrets d’application, la formation des ressources humaines, la préparation des outils techniques et administratives… La concrétisation de nombre de procédures nécessite des efforts considérables tels que l’adoption de l’amazigh dans les registres de l’état civil et la généralisation de son utilisation dans tous les aspects de la vie quotidienne et dans les administrations.

Au niveau de l’enseignement, la généralisation devra se faire dans un délai de quatre ans dans le cycle primaire après la publication de la langue amazigh dans le bulletin officiel. La concrétisation de cet objectif ne sera pas une tâche aisée car elle nécessite la mobilisation d’importantes ressources humaines qualifiées ainsi que de ressources financières conséquentes. Le déficit est énorme. L’amazigh est actuellement enseignée à quelque 600.000 élèves alors que le nombre d’enseignants de cette langue n’est que de 450. Le ministre de l’Education nationale Saaid Amzazi s’est déjà engagé devant les députés à oeuvrer pour combler le déficit en matière d’enseignants de cette langue. Les besoins à l’horizon 2029/2030 sont estimés à 8.000 enseignants dans le cycle primaire. Des inquiétudes sont émises quant aux principaux freins qui risquent de retarder davantage la mise en oeuvre de l’officialisation de l’amazigh, à commencer par les ressources financières.

À cet égard, l’opposition a proposé la création d’un fonds spécial pour l’implémentation du caractère officiel de l’amazigh qui a été rejetée par le ministre de la Culture et de la communication car la mesure devra s’inscrire dans le projet de loi de Finances. Le gouvernement est désormais appelé à s’atteler sur la mobilisation des ressources financières à même de faciliter la mise en oeuvre des nouvelles dispositions juridiques. Jusque-là, le coût financier de l’amazigh n’est pas encore évalué à en croire des sources parlementaires. «Il s’avère actuellement difficile de mesurer l’impact financier de l’implémentation de l’amazigh», comme le souligne aux Inspirations ÉCO Mohamed Mellal, président de la commission de l’Enseignement, de la Culture et de la Communication à la chambre des représentants. Chaque département devra se conformer aux nouvelles dispositions juridiques en y débloquant le budget nécessaire. S’agissant du conseil national des langues et de la culture marocaine, il a été décidé de capitaliser sur les acquis de l’IRCAM. Mais, les principales doléances du mouvement amazigh et de l’opposition ayant trait à cet institut n’ont pas été satisfaites. Il s’agit notamment du maintien de la disposition qui prévoit de mettre fin à l’autonomie administrative et financière de l’Institut royal de la culture amazighe. Le recteur de l’IRCAM ne sera plus l’ordonnateur des recettes et des dépenses de cette institution.


Mohamed Mellal
Président de la commission de l’Enseignement, de la culture et de la communication à la chambre des représentants

Le projet de loi organique sur l’officialisation de l’amazigh est désormais clair. Finies les inquiétudes sur un éventuel détournement de la mise en oeuvre de l’amazigh. On aurait espéré le consensus autour des deux projets de loi organique.