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Ils étaient des centaines à avoir trouvé la mort sur les côtes marocaines en 2018. Les dépouilles de migrants, marocains ou étrangers, ne sont pas toujours identifiées. Une première enquête lève le voile sur ces morts anonymes. Détails

L'Hopital Hassani de Nador a reçu 60 dépouilles de personnes migrantes au cours des sept derniers mois de 2018. «La procédure de reconnaissance de ces cadavres reste sans résultat. 18 d'entre eux ont été inhumés au cimetière Sidi Salem à Nador sans aucun nom», indiquait l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) à Nador. Ces personnes rejoignent ces morts sans sépulture. Un premier rapport brise le silence sur ce sujet. «Le constat le plus frappant de cette recherche préliminaire est le fait que la majorité des personnes migrantes décédées aux frontières maritimes n'ait pas été identifiées formellement par les autorités locales», observe la Plateforme nationale Protection migrants (PNPM) dans un nouveau rapport d’enquête intitulé «Identification des personnes migrantes décédées aux frontières maritimes marocaines», publié le 6 mars dernier.

Demande d’enquête interne
«Le taux d’identification est très faible», décrit ce collectif associatif créé en 2009. L’essentiel des identifications se fait par témoin ou à travers des indices matériels. Le taux d’identification à Tanger est d’à peine 2%, selon la morgue de cette ville. «Cela veut dire que 98% des personnes repêchées par les autorités de Tanger ne sont pas identifiées et restent anonymes», conclut la PNPM. À Nador, le taux est également très faible. Par exemple, au cours de l’été 2017, 15 personnes ont été identifiées sur 81 morts; soit 18,5 % seulement. Enfin, selon la morgue de Tétouan, la majorité des morts n’est pas identifiée formellement. Seul le Sénégal arrive à identifier ses ressortissants. Selon un agent consulaire sénégalais cité par ce rapport, la majorité des morts sénégalais est identifiée grâce à l’implication du Consulat à travers ses agents consulaires installés dans différentes provinces du Maroc. La PNPM demeure prudente et émet une hypothèse face à faible niveau d’identification: «Il est plausible que la façon avec laquelle les méthodes d’identification s’effectuent affecte la chance d’identification. Ceci peut être lié au manque de savoir-faire et de ressources susceptibles d'accroître les chances d'identification ou bien au manque d’intérêt de la part des autorités en charge de l’identification. Il est indéniable que les aspects transnationaux et clandestins des circonstances entourant la vie et le décès de ces personnes posent des problèmes aux autorités locales chargées de l’identification formelle, mais, selon la PNPM, les méthodes d’identification méritent d’être améliorées».

Neuf recommandations
Ce collectif composé de 13 associations marocaines appelle à la révision complète du système actuel d’identification des morts en mer et émet 9 recommandations. En premier lieu, la plateforme invite les autorités à «impliquer les survivants d’un naufrage dans la procédure d’identification puisqu’ils peuvent donner des informations et indications qui faciliteraient l’identification formelle». En deuxième lieu, la PNPM propose de «renforcer la collaboration avec les consulats en prenant l’implication du consulat du Sénégal en tant que bonne pratique». Troisièmement, l’amélioration de l’identification passe par «l’élargissement de la recherche des empreintes digitales en consultant tous les systèmes d’enregistrement d’empreintes disponibles au niveau national, impliquant le système d’enregistrement du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et collaborant avec les autorités des pays d’origine. En quatrième lieu, la PNPM refuse «l’arrestation des membres de la famille qui se présentent aux autorités pour le prélèvement des échantillons de référence ADN, même s’ils sont en situation irrégulière». Cinquièmement, la PNPM appelle à la collaboration «avec le ministère de la Santé afin de pouvoir utiliser des échantillons prélevés sur la victime avant sa mort, par exemple dans le cadre d’examens médicaux ou de sang stocké dans une banque». Sixièmement, la plateforme recommande à «adapter la capacité des morgues dans les villes frontalières au phénomène des morts en mer». La septième recommandation est de «mener une enquête interne sur le manque d’intérêt des agents chargés de l’identification». La huitième recommandation est la nécessité «d’impliquer le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) dans le processus d’identification et pour donner des sessions de sensibilisation et des formations». Enfin, la PNPM invite le gouvernement à intégrer la thématique de l’identification des personnes migrantes mortes aux frontières maritimes marocaines dans l’agenda du travail de l’Observatoire national de la migration ainsi que dans les travaux de l’Observatoire africain des migrations». 


Méthodologie de l’enquête

Ce rapport se base sur des données qualitatives collectées à travers des entretiens auprès d’acteurs étatiques et non-étatiques durant une recherche de terrain effectuée dans quatre villes frontalières: Larache, Tanger, Tétouan et Nador. Les participants sont des personnes migrantes, des organisations de la société civile, des morgues, un agent consulaire et une entreprise de pompes funèbres. L’objectif de la première étape de la recherche est de tenter de comprendre et de contextualiser la manière avec laquelle les morts sont identifiés et d’établir les étapes supplémentaires afin d’approfondir l’analyse sur cette question.

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