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Bien qu’interdit, le bizutage revient sur le devant de la scène à chaque rentrée universitaire. A l'origine, cette pratique a pour portée d'aider à l'intégration des nouveaux venus sur les bancs des grandes écoles et instituts. Une manière de casser le stress qui hante ces jeunes bacheliers avec le passage à un nouveau cap de leur vie, celui de la formation supérieure, sous le regard de leurs aînés qui ont déjà vécu cette expérience et que se donnent à coeur joie de faire subir à ces jeunes arrivants des "défis de tous genres". Toutefois, avec le temps, ces défis ont souvent viré vers des «accidents» et «dérapages» jusqu'à être relayés par la presse.

Immersion
Lundi 17 septembre à Rabat. Des étudiants nous donnent rendez-vous entre les murs de deux grandes écoles marocaines, afin que nous puissions découvrir avec eux, l’univers du bizutage. Cette journée-là, nous avons assisté aux rituels de bienvenue pour quelques centaines de nouveaux étudiants.

Les préparatifs sont dignes des grands jours. Dès les premières heures, les dispositifs sont installés et les «équipements» préparés. Les nouveaux sont accueillis «avec les honneurs» et puisqu’ils sont là, c’est signe qu’ils sont prêts à jouer le jeu.

Justement, à propos de jeu, toute l’ingéniosité est déployée pour diversifier la palette de défis infligés aux nouveaux arrivants : ligotés par deux au scotch, aspergés de diverses substances (eau, œufs, farine, ail…), forcés de porter des accoutrements ridicules pour aller mendier sur une place publique. D’autres, pour la plupart des filles, le mot «bizut» a été écrit sur les fronts. Et pour quelques personnes, qui ont exprimé leur ras-le-bol et tenté de partir, l’expérience a été bien intense. Ne quitte pas l’aventure qui veut, car ce sont les aînés qui décident. Résultat : des heures de supplice, voire d’humiliation dans certains cas.



Pour ou contre ?
«Lorsque je suis arrivée dans mon école, contrairement à d’autres nouveaux et nouvelles élèves, je savais ce qui m’attendait. Une amie, ancienne étudiante de l’école, m’avait donné des tuyaux», nous confie Kenza. Elle ajoute : «Tout ce qu’elle m’avait dit s’est révélé vrai : l’intégration a été sale et pas du tout drôle».
Mohamed, nouvel étudiant dans une grande école d’ingénierie, a vécu ce rituel d’initiation et a jugé l’expérience «douloureuse», «humiliante» et «dégradante».
Il témoigne : «Certains étudiants semblaient être là pour imposer leur puissance et cela m’a vraiment agacé.

En résumé : il faut mettre son amour-propre de côté». Mohamed estime que cela aurait pu être constructif si ce n’était ces dérapages et cette conviction «qu’on vous rabâche selon laquelle, si vous ne le faites pas, vous ne vous intégrerez jamais». Néanmoins, «il est arrivé que des actes de bizutage aient été filmés et publiés sur les réseaux sociaux sans même masquer l’identité des concernés», ajoute cet étudiant pour qui «l’intégration devient agression et humiliation».
Parmi les étudiants rencontrés, pourtant, nombreux sont ceux qui semblent vraiment prendre goût à ces «festivités».

Yassine, étudiant en ingénierie, trouve que c’est le meilleur moyen de briser la glace, de se jeter dans le bain. «J’ai plutôt bien vécu mon bizutage. Je pense que c’est l’occasion de se faire des potes», déclare-t-il. Un de ses camarades ajoute pour sa part qu’il ne faut pas sous-estimer la portée intrinsèque du bizutage. «Il marque le début de notre vie étudiante, d’une nouvelle vie et la fierté d’avoir intégré l’école. On n’y sentait pas de méchanceté», souligne-t-il.



Qui fixe les limites ?
Contrairement à ce que beaucoup pensent, ce ne sont pas les présidences des universités et des écoles qui organisent ces journées d’intégration. Généralement, ce sont les «Bureaux des étudiants, -BDE» qui se chargent des aspects liés à l’organisation et à la logistique. Cela dégage-t-il pour autant l’administration de sa responsabilité ?

Approché à ce sujet, le directeur de l’École d’architecture de Rabat déclare que la violence verbale et conjugale est interdite lors des journées d’intégration et que l’objectif du bizutage est de faciliter l’intégration des nouveaux étudiants. Le responsable précise également que les membres du BDE sont obligés de présenter le programme du bizutage bien avant le grand jour.

Pour le responsable des affaires estudiantines d’une école d'ingénierie, «le bizutage n’est plus autorisé au sein de l’école». Pourtant, les anciens étudiants ne respectent pas ça et exercent toujours le bizutage sur les nouveaux arrivants.

Pour sa part, le coordinateur national de l'Union nationale des étudiants marocains, Farouk Mahdaoui, estime que l'accueil des nouveaux étudiants "doit être doté d'objectifs cognitifs". Le militant a souligné que "le nouvel étudiant doit être informé de ses droits et de tout ce qui concerne l'institution dans laquelle il  étudiera, notamment en ce qui concerne les programmes à étudier", critiquant les coups et la violence morale.

 

 

 

 

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