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16-10-2018 10:00

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Maroc

Le procès des 54 accusés dans les «événements d’Al Hoceima» entame aujourd’hui sa troisième étape, consacrée à l’audition des témoins à charge et à décharge. L’occasion de revenir sur les moments forts de l’acte II.

Les auditions ont duré trois mois. Les avocats, familles des accusés et représentants des médias ont depuis longtemps cessé de compter les audiences, ce procès n’étant pas près de prendre fin. Les auditions se sont tenues à un rythme de trois à quatre audiences par semaine. Une programmation rarement vue dans les annales de la justice marocaine. Avant de tourner la page de cette étape phare du procès, retour sur des moments qui pèseront sur la suite du procès du Hirak.

Le moment des accusés «inconnus»
Ils étaient anonymes, avant le début de ce procès médiatisé. Ils s’appellent Yesnari, Bouhanouch, Ghattas ou encore Fadi. Ils se sont retrouvés à la barre avec des charges lourdes, en majorité des délits, avec le risque de condamnation à la prison ferme. Tous ont affirmé qu’ils «n’étaient pas membres des coordinations du Hirak» et que leur connaissance de ce mouvement «se limitait à des participations à des marches de manière ponctuelle». Certains, comme Abdelkhir El Yesnari, dénoncent un «acharnement judiciaire et des représailles de la part d’un membre de la DGSN travaillant dans le district de police d’Al Hoceima».

Les moments de stupeur et d’effroi
Ces accusés inconnus comme les leaders du mouvement ont dénoncé à plusieurs reprises «des  tortures physiques et psychologiques». Le passage par les murs de la préfecture de police d’Al Hoceima est décrit comme «un espace où nous avons subi toutes les formes de torture possibles et imaginables», dénoncent les accusés en chœur. Mohammed Bouhanouch, comme tant d'autres, évoque même des «menaces de la part de membres de la DGSN de me tuer en me jetant de l’avion qui me transférait d’Al Hoceima à Casablanca». Nasser Zefzafi ou Rabie Al Ablak dénoncent, eux, une «tentative de viol de la part de la police à Al Hoceima». Joint par les Inspirations ÉCO, Me Mohamed Aghnaj, membre de la défense, regrette que «le parquet n’ait pas réagi avec suffisamment de sérieux à ces lourdes accusations en poursuivant comme il se devait les canaux judiciaires nécessaires pour tirer au clair ces accusations. Pourtant, nous avons évoqué la torture à plusieurs reprises. D’abord au niveau de l’enquête préliminaire, puis chez le juge d’instruction».

Le moment où tout a... failli basculer
L’audience n°31 était un moment à oublier pour l’ensemble des parties de ce procès. Ce jour-là, le procès s’est déplacé du terrain juridique vers un autre, plus glissant: celui de l’identité nationale. Un soir de février, à la salle n°7, le juge expérimenté Ali Torchi pose la question suivante à l’accusé Mohamed Al Mahdani: «Wach n’ta maghribi?», question que l’on peut traduire par «Es-tu Marocain?». Ces mots lâchés, c’est le tollé général. La défense protestait. Les accusés criaient au scandale. Des membres des familles des détenus éclataient en sanglot. L’audience bascule dans une autre sphère. Cette question malheureuse, relevant plutôt du «malentendu», comme l’a estimé le procureur, a failli torpiller le procès.

Les moments Mahdaoui
Hamid Al Mahdaoui, journaliste et directeur du site d’informations et d’opinions Al Badil, fait «bande à part» dans ce procès. C’est le dernier des accusés à rejoindre le procès, on ne lui reproche pas une participation effective aux manifestations d’Al Hoceima, mais plutôt la «non-dénonciation d'un crime portant atteinte à la sûreté de l'État», suite à une communication téléphonique qu’il a reçue d’un MRE du nom de Brahim Bouâzati. Le journaliste dénonce «un complot contre lui et la presse». L’indomptable Mahdaoui n’a pas hésité durant toute cette partie du procès à intervenir, sans la permission du juge, à commenter les propos des autres accusés, ce qui lui a valu à de nombreuses reprises d’être expulsé par le juge, et à certaines reprises d'arracher quelques sourires à la salle.

Le moment Zefzafi
Le passage de Zefzafi a certainement été le moment le plus fort du procès. Celui qu’on présente comme «le leader du Hirak» s’est présenté à la barre le 9 avril, en présence de médias et d'observateurs internationaux. Lors de ce passage de trois semaines, Zefzafi a mené l’audition, répondant à l’ensemble des questions de la Cour tout en instaurant son rythme des audiences avec un storytelling parfaitement maîtrisé. Ses longues interventions ont obligé la Cour à écourter cette audition qui se transformait en tribune politique pour le détenu le plus en vue du royaume.

Les moments à suivre
C’est aujourd’hui que reprend le procès après un arrêt d’une semaine. Au menu, l’appel des 34 témoins à charge et à décharge. Douze témoins seront appelés à la demande de la défense. «Il s’agit de témoins qui ont assisté à certains événements évoqués dans les poursuites qui pourront témoigner de l’innocence de certains accusés», précise Me Aghnaj. Les autres témoins ont été appelés à la demande du parquet ou de la partie civile. Il s’agit de témoins ainsi que des membres de la DGSN, partie civile dans ce procès, ainsi que l’État marocain.


Chronologie du procès

Mai 2017: Arrestation des  leaders du Hirak
Juin 2017: Enquête préliminaire au niveau du Parquet général près la Cour d’appel de  Casablanca
Août 2017: Décision du juge d’instruction de poursuivre 54 personnes devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca
9 septembre 2017: Démarrage du procès
21 janvier 2018: Fin des  plaidoiries sur les moyens  de formes
8 mai: Fin des auditions  des accusés
15 mai: Début du passage  des témoins

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