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Dans le procès du Hirak à Casablanca, les questions identitaires sont objet de crispations entre les accusés et la Cour. A la barre, Mohammed Jelloul, l’accusé n°52, a porté un regard décomplexé sur ce sujet. Récit d’une audition transformée en plaidoirie.

En six ans, Mohammed Jelloul, a passé uniquement 40 jours en liberté. Cet enseignant de 47 ans est un militant aguerri. Après neuf mois de détention provisoire, il passe enfin à la barre et devant le juge Ali Torchi, le  2 avril. Devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, Jelloul affiche ses positions en faveur d’une autonomie de la région du Rif «dans le cadre de l’unité nationale». Un premier passage où ce détenu confirme sa réputation «d’irréductible».

Retour à la case prison
Le 11 avril 2017, Jelloul quitte la prison de Tifelt. Il vient de purger une peine de 5 ans ferme suite à sa participation au Mouvement du 20 février, dont il a été le leader dans sa ville natale de Bni Bouayach. À sa sortie de prison, ce syndicaliste est accueilli en héros de toute une région (photo). Au printemps 2017, il retrouve un Rif en ébullition depuis la mort de Mohcine Fikri en octobre 2016. Le 18 mai 2017, il est dans les premiers rangs des manifestants pour répondre au communiqué gouvernemental accusant «les Rifains de séparatisme». Le 26 mai 2017, il est arrêté. Retour à la case prison pour ce passionné de football et fan du Deportivo La Corogne. Lors du transfert d’Al Hoceima à Casablanca, Jelloul joue le rôle du «grand frère» : «J’avais tellement peur et je n’arrêtais pas de pleurer. Mais à chaque fois, Jelloul me rassurais», témoigne Mohamed Bouhannouch, un de ses jeunes camarades de prison.

Cour magistral
Jelloul est poursuivi pour des charges lourdes selon le Code pénal : atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat (art 129, 201, 206), atteinte à un corps constitué (art 263 et 265), incitation à l’atteinte de l’intégrité territoriale du royaume (art 267) et rassemblements non autorisés (art 11 et 14 de la loi sur les rassemblements publics). Le natif de Bni Bouayach risque de lourdes peines allant de 20 ans de prison à la peine capitale. Pour sa défense, Jelloul prend tout son temps pour déconstruire ces charges. Celui qu’on présente comme «l’intellectuel du Hirak» a livré dans son audition un cour magistral de quatre heures sur l’identité, l’histoire et l’économie rifaines. «Je ne suis pas un séparatiste. Si je l’étais, je ne craindrais pas de l’affirmer devant cette Cour. Je suis prêt pour la peine de mort». C'est en ces termes tranchants et téméraires que Jelloul aiguille sa défense. L’ancien détenu politique est habitué à ce type d’exercice. Confronté à une communication téléphonique reçue de la part de Bachir Benchouaïb, un détenu du Mouvement du 20 février qui purge une peine de 10 ans de prison, quant à une probable réunion d’activistes rifains à Madrid exigeant l’autonomie du Rif, Jelloul se veut pédagogue : «Chacun a le droit de défendre les positions qu’il souhaite. Pour ma part, je défends l’ouverture d’un débat pour élargir l’autonomie à l’ensemble des régions du Maroc. L’autonomie peut être la solution. Cette proposition, je la défends depuis 2009», rappelle-t-il. Le juge Torchi rétorque par une question glissante : «cette autonomie peut être la porte vers le séparatisme ?». La défense sort de son mutisme. «Cette question est douteuse. Dire que l’autonomie peut mener au séparatisme, est remettre en cause le plan d’autonomie proposé par l’Etat pour résoudre le dossier du Sahara», remarque Me Mohammed Aghnaj.

Dans cette plaidoirie fleuve, Jelloul multiplie les références aux textes religieux et philosophiques pour défendre sa cause et celle du Rif : «Nous voulons un Etat qui soit capable d’accueillir toutes les sensibilités. Un Etat qui reconnait la diversité culturelle», plaide-t-il. Et de préciser : «dire que nous sommes fiers de notre identité rifaine ne veut pas dire que nous sommes chauvins. Nous sommes aussi fiers d’appartenir à la grande nation». Pour légitimer le Hirak, Jelloul revient sur la situation économique et sociale «désastreuse» de la région. Le détenu inverse les rôles et pose une question au juge : «Avez-vous déjà visité le Rif ?». Une question restée sans réponse. «Il suffit de se rendre dans la région pour comprendre le désarroi économique des jeunes et de l’ensemble de la population», argumente Jelloul. Après 4 heures à la barre, le détenu demande le report de l’audience: «Je sens une certaine fatigue. Je souhaite me reposer». Une demande acceptée par le juge. Le procès reprend aujourd’hui après-midi. Affaire à suivre. 

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