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C'est un chiffre qui reste loin des 5% en Afrique, mais les femmes marocaines sont plus performantes au niveau des postes de métier. La situation n'est pas reluisante non plus en France ou seule une ou deux femmes siègent au sein du club très masculin du CAC 40.

Le Maroc gagnera 30 milliards de dollars de PIB supplémentaire d'ici 2025 s'il initie une politique volontariste d'intégration de la femme dans le monde du travail, principalement dans les postes de top management. Ce n'est pas moins du tiers du PIB du pays, une occasion pour Georges Desvaux, directeur général Afrique et membre du Conseil mondial de McKinsey, de montrer toute l'importance de la mixité au sein de l'entreprise et la sphère publique (voir entretien). Justement, la mixité en tant que vecteur et facteur avéré de la performance de l'entreprise a été le thème d'une rencontre jeudi dernier à la résidence de France à Rabat. Elle a été organisée par le très dynamique réseau des conseillères françaises du commerce extérieur qui sont des dirigeantes d'entreprises ayant des filiales au Maroc. Plusieurs femmes chefs d'entreprises, directrices ou membres de conseils d'administrations y ont pris part.

Le moment fort de la rencontre a été surtout la présentation du rapport Women Matter 2016 de McKinsey sur l'Afrique avec un focus sur le Maroc. Il en ressort que les femmes PDG au Maroc représentent 2%, ce qui reste très peu comparé au taux global en Afrique qui est de 5%.  Mais il ne faut pas s'en émouvoir outre mesure, sachant qu'en France, le très masculin CAC 40 ne compte pas plus d'une ou deux femmes dirigeantes d'entreprises. Pour Sandra Sancier-Sultan, directrice associée senior à McKinsey, la femme est dans le contexte actuel une vraie solution à la croissance.

Selon le rapport McKinsey, les femmes marocaines membres de l'équipe de direction représentent 13%, pas très loin en fait des 15% que l'on retrouve aux États-Unis. Tandis qu'en Afrique, ce taux est de 23%, toujours pas très loin de celui de l'Europe qui est de 26%. Alors que Sancier-Sultan a mis l'accent sur l'importance d'augmenter le nombre des heures travaillées par les femmes pour les aider à gravir les échelons au sein de l'entreprise, Emmanuelle Gagliardi, co-fondatrice de l'agence Connecting Women, privilégie plutôt la flexibilité et le home-office. L'organisatrice du plus grand rassemblement sur la mixité en France a attiré l'attention sur l'entreprenariat féminin qui en France connaît un vrai boom. C'est révélateur de toutes ces femmes diplômées qui ne trouvent plus leur place au sein de l'entreprise et préfère ainsi voler de leurs propres ailes. Autre phénomène mis en relief par Gagliardi, c'est le taux d'activité des hommes qui baisse face à celui des femmes. Mais pour elle, il y a encore du travail à faire au sein de l'entreprise pour lutter contre les stéréotypes et donner toute leur chance aux femmes qui, toutes les études le montrent, sont un vrai levier de performance et de croissance de l'économie. 


Georges Desvaux
Directeur général Afrique et membre du Conseil mondial de McKinsey

Les femmes marocaines occupent des postes  de métier

Les Inspirations ÉCO :Vous êtes co-auteur du rapport Women Matter, quelle est votre appréciation de la place de la femme dans l'économie africaine et au Maroc ?  
Georges Desvaux : Par rapport à d'autres régions du monde, durant les deux dernières décennies, les femmes ont pris un vrai rôle. Les scores des femmes africaines dans le top management sont bons, parfois meilleurs qu'aux États-Unis et au Japon. Aujourd'hui, il y a une vraie reconnaissance des compétences des femmes leaders. Ce qui m'a toujours frappé dans les entreprises marocaines, c'est que les femmes occupent des fonctions de métiers, direction financière, d'activité commerciale, direction des risques depuis déjà 10 ans. Ce sont des métiers techniques et complexes. C'est un vrai exemple pour les jeunes générations. Et l'une des conclusions de notre rapport, c'est que le potentiel économique de renforcement du rôle de la femme dans l'économie marocaine est de 30 milliards de dollars de PIB. Cela vient avec deux leviers principaux. Primo, promouvoir la présence des femmes dans le monde économique. Secundo, qu'elles se dirigent vers les secteurs à forte valeur ajoutée dans l'industrie, les services au lieu que les métiers moins importants comme l'agriculture.

Quelles sont les  principales recommandations inclues dans ce rapport   ?
Il y en a trois. D'abord avoir une politique publique qui promeut la formation des femmes et facilite leur accès à l'entreprise tout en les dirigeant vers les secteurs à valeur ajoutée. Secundo, travailler sur l'engagement des dirigeants sur le rôle des femmes au sein de l'entreprise. Tertio, avoir un programme de transformation d'institutions à travers la formation des femmes, combattre les biais culturels et mettre en place des indicateurs pour suivre l'évolution de cette transformation.

En termes de perception du rôle de la femme, avez-vous ressenti une évolution dans ce sens ?
La sensibilisation de la société sur le rôle de la femme dirigeante est important. Et le Maroc n'est pas particulier là-dessus parce qu'on voit la même chose au Japon. On a besoin de comprendre que la femme peut combiner une vie professionnelle et une vie familiale. Et surtout que la présence de la femme au sein de l'entreprise est bénéfique pour la famille, l'économie et la société.  

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