A lire aussi

21-09-2017 15:33

La transition énergétique participative en conférence-débat

Image par défaut
La Fondation Heinrich Böll Stiftung Afrique du Nord organise, le 27 prochain à Rabat, une…
Rejoignez nous sur :
Les Cahiers des ÉCO / Afrique

La Banque africaine d’import-export (Afreximbank) vient de tenir ses 24e Assemblées générales annuelles à Kigali. Pour booster le commerce intra-africain, la banque basée au Caire prévoit d’accorder 25 milliards de dollars de financements.

Afreximbank veut sortir de l’anonymat. En organisant en grande pompe ses 24e assemblées générales annuelles à Kigali du 27 juin au 1er juillet, la banque africaine de l’import-export entend marquer les esprits et se positionner comme une institution africaine de financement de première classe. En effet, des journalistes issus des quatre coins du monde ainsi été conviés pour la première fois à ce conclave, afin de donner plus de visibilité aux actions d’Afreximbank. L’accent a été mis, durant presque une semaine, sur les réalisations de la banque, ses objectifs à l’horizon 2021, mais aussi, sur les moyens de renforcer le commerce intra-africain. Pour éclairer sur tous ces points, Afreximbank n’a pas hésité à mettre les petits plats dans les grands. Une belle brochette de personnalités politiques et économiques d’Afrique et d’ailleurs ont ainsi animé les échanges qui avaient pour cadre le somptueux Kigali Convention Centre, un complexe dédié à l’organisation et l’accueil de grands événements internationaux dans la capitale rwandaise. Le président rwandais, Paul Kagame, qui a assuré avec brio l’un des tous derniers actes du programme, mais aussi, son «frère et ami» Olusegun Obasanjo, l’ancien président du Nigéria, étaient de la partie, à l’instar de l’homme le plus riche d’Afrique, un autre Nigérian, Aliko Dangote.

15% de commerce intra-africain
Chacune de ces personnalités a livré ses idées et partagé son expérience dans son domaine, afin d’inspirer le reste du continent dans la voie du développement. Plus concrètement, tous les participants, durant les nombreux et très diversifiés panels qui ont rythmé ces journées d’échanges, ont constaté que le niveau actuel du commerce intra-africain est «très faible». En effet, il ne représente que 15% des échanges globaux du continent. Ailleurs dans le monde, le commerce entre pays européens, asiatiques voire américains, dépasse au bas mot 50% de leurs échanges avec le reste des économies mondiales. Autre indicateur alarmant, malgré la hausse en 2015, à 1,2 trillion de dollars du volume du commerce de l’Afrique, contre 10 milliards de dollars en 2006, le continent ne pèse que pour 3% du commerce mondiale. « Il nous faut donc s’industrialiser et faire mieux qu’exporter nos matières premières si nous voulons améliorer les choses », recommande-t-on à Afreximbank. Mais pour y arriver, de nombreux obstacles doivent être franchis.

Circulation difficile
Le premier est lié à la libre-circulation des personnes, des biens et des services. Aliko Dangote a d’ailleurs rappelé à l’occasion que s’il doit se déplacer à travers l’Afrique, il lui faut 35 visas, alors que son concurrent britannique lui, n’en a besoin que 5. « Il faut supprimer les obstacles à la libre-circulation des personnes», ont clamé en chœur l’ensemble des intervenants. À ce propos, l’instauration du passeport africain lors du 27e Sommet de l’UA à Kigali n’a, un an plus tard, pas du tout permis d’enregistrer des progrès importants. En effet, peu de pays ont fini de ratifier cette décision de l’Union Africaine. Les hommes d’affaires africains, à l’instar des autres fils du continent, peine toujours à se mouvoir facilement. Ce qui constitue un frein au développement des relations commerciales.

Monnaies, matières brutes
L’autre épine, et pas des moindres, touche à l’exportation brute des matières premières. «Les Africains doivent cesser d’exporter leurs matières premières en état brut, et ils doivent être moins naïfs dans leurs relations commerciales avec le reste du monde», assène sèchement Olusegun Obasanjo. Ce point de vue est partagé à tous les niveaux, notamment auprès d’Afreximbank, qui estime qu’il est grand temps de se mettre à l’ère de l’industrialisation. Enfin, le foisonnement des monnaies africaines, qui demeurent toutes très faibles, pose problème. «Entre l’Afrique de l’Ouest et centrale par exemple, on constate que le Franc CFA est utilisé dans toutes ces deux zones, mais malheureusement, le Franc CFA de l’Afrique de l’Ouest n’est pas consommable en Afrique centrale et vice-versa. Cette différence doit cesser», conseille pour sa part le Gilberto De Barro de la Banque mondiale. En somme, lors de ces 24e AG de l’Afreximbank, des pistes claires ont été identifiées afin de permettre un décollage du commerce intra-africain.

Augmenter la part de l’Afrique
Ces pistes, l’Afreximbank, dirigé par le Nigérian Benedict Oramah, entend bien les explorer, afin de booster le niveau des échanges sur le continent. C’est ainsi que la banque s’est dotée d’une nouvelle stratégie à l’horizon 2021. Son objectif est de porter, au terme des 5 prochaines années, la part du commerce intra-africain de 15% à 22%. Ce qui permettrait, de passer, valeurs absolues, de 170 milliards de dollars en 2016 à 255 milliards de dollars en 2021. De même, Afreximbank promet de contribuer à faire évoluer la contribution de l’Afrique dans le commerce mondial de 1 trillion de dollars en 2016 (soit 2,5% du total mondial), à 1,16 trillion de dollars en 2021 (soit 3,3%). À noter que le volume du commerce mondial devrait sur la même période passer de 33,7 trillions de dollars à 35,1 trillions de dollars. Pour l’Afrique, les ambitions sont assez grandes, mais si les conditions sont réunies, cet objectif reste réalisable.

25 milliards de dollars en 5 ans
Afreximbank dit vouloir y contribuer en augmentant ses financements accordés aux États et aux entreprises africaines. Mais c’est surtout son stratégie «Impact 21», la cinquième du genre depuis la création de la banque en 1993, qui constitue le nouvel catalyseur des actions d’Afreximbank. Lancée en décembre 2016, «Impact 2021», un plan quinquennal de 90 milliards de dollars, vise quatre grands objectifs : améliorer le commerce intra-africain ; renforcer l’industrialisation des pays africains et développer les exportations ; de même qu’accroitre son leadership dans le financement du commerce, et enfin, atteindre une solidité et une performance financières. 25 milliards de dollars seront octroyés en prêts aux États et entreprises africaines afin de booster le commerce intra-africain. À Kigali, lors de ses 24e AG, Afreximbank a respectivement signé des accords de prêts avec la Banque de développement du Rwanda (10 millions de dollars), avec le groupe du Nigérian Tony Tony Elumelu (100 millions de dollars), en plus du groupe Dangote pour des financements pouvant atteindre 1 milliard de dollars.  


Olusegun Obasanjo
Ancien président du Nigéria

Si l’Afrique disposait d’un réseau de transport performant, nous aurions dépassé le niveau faible du commerce intra-africain que nous avons actuellement. Même s’ils ne produisent que des matières premières, les pays africains doivent commercer entre eux».

Claver Gatete
Ministre rwandais des Finances et de la planification économique

En tant que nouveau président du conseil d’administration d’Afreximbank, je veillerais à ce que la banque continue d’aller de l’avant. Nous allons essayer de voir comment rendre le secteur privé moins risqué afin qu’il puisse bénéficier davantage de fonds d’Afrexilbank».


Benedict Oramah
Président d’Afreximbank

Afreximbank ambitionne de débourser 25 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années, afin de supporter le commerce intra-africain. Ces projections exigent, de notre part, d’importants efforts, mais aussi bien notre personnel que direction générale montrent leur disposition à les atteindre. Nous sommes conscients que nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes auxquels notre continent est confronté, mais nous pouvons au moins commencer à montrer la voie! La stratégie «Impact 2021», la cinquième du genre mise en place par Afreximbank, vise quatre objectifs. Le premier est de minimiser l’exposition des pays africains au ralentissement économique des autres régions et de faciliter la production interne à travers la promotion du commerce intra-africain. Le deuxième objectif est de contribuer à la transformation structurelle des économies des États membres d’Afreximbank, en leur apportant du soutien pour la mise en place d’une industrie d’exportation de produits manufacturées. Le troisième consiste à assurer un meilleur accès au financement du commerce, et ce faisant, aboutir au quatrième objectif qui est de faire de notre institution une banque résiliente et rentable. Dans les années à venir, nous concentrerons nos efforts sur la réalisation des objectifs de cette stratégie. Nous avons identifié et mis en œuvre des processus internes, des systèmes et des stratégies de gestion des risques qui garantissent la bonne exécution de nos objectifs communs. 


Afreximbank : Des projets en gestation avec le Maroc

Le Maroc qui vient d’officialiser son adhésion en tant que pays membre d’Afreximbank n’a pas encore profité des largesses de l’institution financière basée au Caire, en Égypte. Mais, auprès de la banque, on annonce qu’il y a un « intérêt grandissant » dans la coopération avec le royaume. Les contacts seraient plus étroits avec le secteur privé marocain, fait-on savoir à Afreximbank. Ses responsables n’excluent pas de conclure des partenariats de financements avec le gouvernement ou les entreprises marocaines. Après avoir promulgué en 2011 une loi portant approbation du principe de l'adhésion du royaume du Maroc à la Convention portant création de la Banque africaine pour l'import-export, le Maroc a déposé, en septembre 2013, les instruments de ratification de la convention. En février dernier, le royaume a officialisé cette adhésion. À Kigali, la présence des délégués du Maroc aux 24e AG d’Afreximbank était quasi invisible.

Dernière Minute

Nos derniers Tweets...

Suivez-nous sur Facebook

 

Vidéos des ÉCO

Vidéos des ÉCO

0
Partages
0
Partages