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Mohamed Lahlou, président du Club des investisseurs marocains au Sénégal (CIMAS)

Fort de ses quarante ans passés au Sénégal, Mohamed Lahlou symbolise, d’une certaine manière, le lien très étroit entre le Sénégal et le Maroc. C’est sans doute pour cette raison qu’il souhaite que les relations d’affaires soient à la hauteur de l’amitié entre les deux pays. Le président du Club des investisseurs marocains au Sénégal (CIMAS) fait le point sur les relations économiques entre le royaume et son partenaire sénégalais.

Les Inspirations ÉCO : Quelle est la mission du  CIMAS ?
Mohamed Lahlou : Le CIMAS est un club assez jeune. Il compte plusieurs membres dont de grandes sociétés marocaines installées au Sénégal comme Attijariwafa bank. Le but de ce club est d’encourager les investisseurs marocains à venir en masse, parce que c’est le souhait du roi Mohamed VI, afin de consolider les liens économiques et sociaux entre les deux pays. Nous voulons faciliter l’arrivée des investisseurs marocains et, en même temps, être un relais entre les responsables sénégalais en premier lieu, africains par la suite, et ces investisseurs. Nous avons choisi de commencer par le Sénégal, parce que c’est la porte d’entrée de l’Afrique, pour ensuite élargir notre présence dans les autres pays.

Combien d’entreprises marocaines sont présentes au Sénégal ?
C’est difficile à dire parce qu’il y a de petites entreprises qui ne sont pas affiliées à notre club pour le moment. Ce que je peux dire, c’est qu’il y en a de plus en plus. Et chaque semaine, nous accompagnons des investisseurs qui viennent nous consulter pour s’installer au Sénégal.

Comment se porte l’investissement marocain au Sénégal ?
L’investissement marocain au Sénégal se comporte beaucoup mieux qu’avant, puisque le roi avait encouragé des associations comme le CIMAS. En même temps, les autorités marocaines ont eu cette idée de suivre chaque projet et chaque convention signée entre les deux pays. Et ça donne confiance aux investisseurs. Le Maroc entretient des relations séculaires avec le Sénégal, mais les échanges économiques n’ont pas suivi les relations affectives et fraternelles. Et ce, même si le dernier séjour du roi au Sénégal a donné un coup de fouet à ces relations et un élan très favorables aux relations économiques.

Le groupe d’impulsion économique (GIE), piloté par les patronats des deux pays, avait formulé une dizaine de recommandations. Où en est aujourd'hui la mise en œuvre de ces recommandations ?
Malheureusement, cela reste encore timide. Il y a une commission de suivi, mais la mise en œuvre de certains projets ou accords prend beaucoup de temps. Il est vrai qu’entre novembre [date de la dernière visite du roi à Dakar] et aujourd’hui, il ne s’est pas passé beaucoup de temps, mais cela devrait normalement prendre beaucoup moins de temps que ça. Il y a beaucoup de lenteurs administratives et décisionnelles.

Comment appréciez-vous l’environnement des affaires au Sénégal ?
Au Sénégal, il y a encore beaucoup à faire pour l’amélioration de l’environnement des affaires.

Outre la finance, quels sont les secteurs prioritaires de l’investissement marocain au Sénégal ?
L’agriculture peut jouer un très grand rôle dans les relations d’affaires entre le Sénégal et le Maroc. Le Maroc a une grande expérience dans ce domaine et fait tout pour tirer le Sénégal avec lui vers l’émergence. Et pour cela, il faut absolument s’attaquer à l’agriculture. Le Sénégal dispose de terres arables, d’eau; il ne reste qu’à les mettre en valeur. Le Plan Maroc vert et la prévoyance du roi Hassan II d’avoir initié la politique de barrages ont donné au Maroc un élan extraordinaire et une moindre dépendance à la pluie. Il faudrait que le Sénégal prenne exemple de cette vision pour atteindre l’autosuffisance alimentaire.

En parlant d’agriculture, est-ce vrai que le groupe Addoha va se lancer dans la riziculture dans la vallée du fleuve Sénégal avec l’attribution de 10.000 hectares ?
Le Groupe Addoha et d’autres investisseurs marocains ont demandé à accompagner le Sénégal dans le développement de l’agriculture. C’est donc un souhait, mais rien n’est encore fait. Le Groupe Addoha a déjà montré ses preuves dans l’immobilier, mais il y a d’autres groupes qui sont beaucoup plus aptes dans le domaine agricole.

Vous voulez dire que l’investissement marocain va désormais s’orienter davantage vers le secteur agricole ?
Tout à fait. Et ce sera bénéfique aux deux pays. Le Maroc, comme je l’ai dit, a une grande expérience dans le domaine agricole et est leader mondial dans les engrais. Il peut accompagner le Sénégal qui a tout ce qu’il faut pour réussir dans ce domaine.

Mis à part la finance et l’agriculture, quels sont les autres secteurs qui intéressent les investisseurs marocains qui sollicitent votre
accompagnement ?
C’est assez divers. En dehors de ces deux secteurs que vous venez de citer, il y a notamment l’énergie et les services. Le Sénégal est un pays très prisé par les investisseurs marocains. Mais il faudrait que les autorités sénégalaises ouvrent davantage la porte pour que les investisseurs marocains puissent venir en masse parce qu’ils sont demandeurs. Nous, nous sommes disposés à accompagner toutes les initiatives dans ce sens. Il y a beaucoup de potentialités ici, et beaucoup de moyens et d’expérience de l’autre côté.

En tant qu’opérateur économique, comment accueillez-vous la demande d’adhésion du Maroc à la CEDEAO ?
C’est une excellente initiative. Si elle se concrétise, ce sera une excellente chose pour le Maroc et pour les pays de la sous-région. Pour moi, le message derrière cette demande d’adhésion, c’est que le Maroc est lié à l’Afrique, qu’il fait partie de la CEDEAO, qu’il soit accueilli ou non.

Mais le patronat sénégalais redoute une concurrence des entreprises marocaines. Est-ce que vous comprenez ces craintes ?
Ces craintes ne sont pas légitimes. J’ai échangé plusieurs fois avec mes amis du patronat sénégalais sur cette question. Le Sénégal était déjà réticent à un accord de libre-échange entre le Maroc et l’UEMOA. Et je ne vois pas pourquoi, puisque les opérateurs sénégalais travaillent en joint-ventures avec les Marocains. Il n'y a donc pas de raisons d’avoir peur d’une entrée du Maroc dans la CEDEAO, dans la mesure où elle s'inscrirait dans une optique gagnant-gagnant. Chacun pourrait profiter de l’expérience de l’autre. Le Maroc a besoin des ressources de l’Afrique de l’Ouest qui, à son tour, a beaucoup à recevoir du savoir-faire du Maroc.

Malgré les relations séculaires et multiformes entre le Sénégal et le Maroc, c’est la Côte d’Ivoire qui accueille le plus grand volume d’investissements marocains en Afrique. Comment expliquez-vous cette situation ?
Pour moi, l’explication, c’est que, au Sénégal, la politique prime sur l’économie. Autrement dit, on pense politique d’abord, et économie ensuite. En Côte d’Ivoire, c’est le contraire. Le Sénégal devait normalement accueillir plus d’investissements marocains que la Côte d’Ivoire. Malheureusement, ici, la politique a tendance à ralentir l’économie. En tant qu’investisseur dans l’industrie pharmaceutique, j’ai investi beaucoup d’énergie pour promouvoir le modèle et le savoir-faire marocain au Sénégal, malheureusement il y a trop de lenteurs. En Côte d’Ivoire, un autre groupe marocain, qui a un projet similaire, a pu avancer plus rapidement.

Êtes-vous en train de dire que, par manque de pragmatisme, le Sénégal est en train de perdre de potentiels investisseurs, notamment marocains ?
Je ne le dirai pas ça comme ça. Mais il y a une compétition pour capter l’investissement étranger. Aujourd’hui, les Marocains vont jusqu’au Soudan ou au Mozambique, des pays très lointains avec qui il n’avait pas de relations, pour investir. Nous, Marocains et Sénégalais, devons réfléchir sur ce paradoxe: nous avons des relations fraternelles, cultuelles et politiques très fortes, et nous avons tendance à nous endormir sur ces lauriers et ne pas suffisamment travailler pour le développement des relations économiques. Et c’est dommage.

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