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Dans notre livraison de la semaine dernière, nous vous avons présenté une liste fournie de réactions politiques et économiques hostiles à la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Cette semaine, nous vous livrons une analyse sur les conséquences qu’une telle décision peut avoir sur la finance climat, les pays en voie de développement et les entreprises.

L’Accord de Paris est officiellement entré en vigueur le 4 novembre 2016. À cette date en effet, soit exactement trois jours avant le démarrage des travaux de la COP22 tenue du 7 au 18 novembre dernier à Marrakech, le quota des 55 pays signataires responsables de plus de 55% des émissions de gaz à effet de serre, préalablement exigé pour son entrée en vigueur, était largement atteint voire même dépassé. Parmi ces pays figuraient notamment les deux plus grands pollueurs de la planète, en l’occurrence la Chine et les États-Unis, qui ont ratifié l’Accord deux mois auparavant, ce qui constituait «un signal fort de l’engagement des États à mettre rapidement en œuvre l’Accord de Paris», avait commenté à l’époque avec réjouissance Salaheddine Mezouar, président de la COP22.

L’enthousiasme fait place à l’inquiétude
Sept mois plus tard, le président Donald Trump, porté au pouvoir suite à une élection présidentielle sujette encore aujourd’hui à des troubles, décide de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris. L’enthousiasme fait vite place à l’inquiétude, mais tempère Ségolène Royal, l’ex-ministre français de l'Écologie, «on ne sort pas de l’Accord de Paris comme on y entre. Il faut un préavis d’une année et un processus de trois années supplémentaires pour matérialiser une telle décision». Traduisez : le mandat de Trump dure exactement quatre ans, ce qui veut dire en d’autres termes que la Communauté internationale a la possibilité de jouer les prolongations pour que cette décision ne puisse pas voir le jour avant la fin dudit mandat. Et en pariant sur le non-renouvellement du mandat de Trump, ce qui semble très probable, cette décision sera vite jetée aux oubliettes et tout sera remis en ordre. En déroulant ce scénario de sortie optimiste de l’Accord de Paris, l’ex-ministre français de l’Écologie est convaincu que le président Trump ne pourra pas se soustraire aux engagements pris par son prédécesseur, Barack Obama. C'est-à-dire que Trump traînera un peu les pieds, mais finira toujours par s’exécuter notamment en cotisant dans le Fonds vert et en respectant la feuille de route de baisse des émissions de gaz à effet de serre laissée par Obama.

La politique de la chaise vide, une option problématique
Malheureusement, le président américain a une autre possibilité qui s’offre à lui de se soustraire à l’application de l’Accord de Paris. C’est celle qui consiste à ne pas sortir formellement de l’Accord en jouant la carte de la chaise vide et à ne rien payer au niveau multilatéral. La mise en œuvre de cette démarche là serait très problématique. En effet, les États-Unis sont le premier contributeur mondial dans les efforts de la Communauté internationale pour ramener le niveau du réchauffement climatique de la planète à moins de 2% à l’horizon 2100. Ils sont surtout le principal pourvoyeur du Fonds vert pour le climat qui vise à mobiliser annuellement 100 milliards de dollars en faveur des pays du Sud. S'ils n'alimentent plus ce fonds, ce sera alors à l'Europe et au Japon essentiellement de le faire, ce qui posera en fait de gros problèmes. Dans les pays en développement comme le Maroc, qui est juste un exemple parmi des dizaines et des dizaines d’autres, l’application de la stratégie nationale de développement durable deviendrait problématique. En effet, le Maroc a besoin d’au moins 25 milliards de dollars en provenance de la communauté internationale pour financer les projets green qui devront lui permettre de tenir son engagement de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30% et de porter les énergies renouvelables à 52% dans le mix énergétique à l’horizon 2030.

Peut-on sauver le Fonds vert pour le climat ?
Au niveau extérieur, la décision de Trump aura deux autres conséquences. L’une concerne la Russie. En effet, si les États-Unis décident de sortir formellement de l'Accord, on peut penser que la Russie, qui ne l'a pas encore signé, ne le fera définitivement pas. Vladimir Poutine qui a toujours dit que le changement climatique était profitable à la Russie, car une partie de la Sibérie pourrait devenir cultivable avec le réchauffement climatique, sera renforcé dans son inaction. L’autre conséquence, c’est qu’avec la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris, l’objectif de réduire le réchauffement climatique à moins de 2° sera encore plus difficile à atteindre. En effet, l’usage des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz de schiste, etc) repartira de plus belle outre-Atlantique, partant, le second plus grand pollueur de la planète, avec 14% des émissions mondiales de GES, marchera à contresens par rapport à la communauté internationale, mais cette dernière conséquence est peu probable. En effet, il y a quand même des raisons d'espérer. Au niveau intérieur, les états fédérés, comme la Californie, ont dit que même si les États-Unis quittaient cet accord, ils continueraient de l'appliquer. C'est la même chose pour les multinationales américaines, sensibles aux fortes perspectives de ce marché vert. Le secteur bancaire finance très fortement les actions en faveur du climat qui sont l'équivalent d'une relance économique mondiale. Les banquiers, les grands groupes et même les plus petits, ne veulent pas louper ce processus.

La transition bas carbone, un processus irréversible
La transition bas carbone est un processus irréversible, y compris aux États-Unis, où entreprises, États et collectivités locales y sont fortement engagés. Quelques chiffres pour s’en rendre compte : en moins de dix ans, les coûts de l’énergie solaire ont été divisés par 6 dans le monde ; en 2015, les investissements dans les énergies renouvelables ont avoisiné les 300 milliards de dollars, dont plus de 100 pour la Chine ; pour la première fois, les pays émergents et en voie de développement ont davantage investi dans ces technologies que les pays développés ; pour la deuxième année consécutive, la consommation et la production de charbon ont baissé en Chine, qui annonce la fermeture d’un millier de mines ; plusieurs villes mondiales, comme San Diego et Vancouver s’engagent dans une politique du 100% renouvelable ; les emplois du secteur des énergies renouvelables représentent désormais plus de 700.000 emplois, contre 50.000 pour celui du charbon. Les réactions négatives des grandes entreprises américaines, y compris pétrolières à l’annonce de la décision américaine montrent la fragilité de la thèse selon laquelle l’accord de Paris grèverait la compétitivité du pays. D’ailleurs, selon certains observateurs, la décision de Donald Trump est avant tout de nature idéologique. Le climat n’est ici qu’un prétexte. Il s’agit d’abord de défaire le multilatéralisme qui, à ses yeux, est un cancer qu’il faut combattre par tous les moyens afin de restaurer la souveraineté nationale. Les motivations économiques n’ont joué qu’un rôle très secondaire dans cette décision comme les critiques unanimes du secteur privé l’attestent. Il faut dire que l’incertitude politique et réglementaire a toujours fait mauvais ménage avec la décision managériale qui a besoin de stabilité et de prévisibilité des règles du jeu.

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