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Amine Boushaba, Vice-président de Casamémoire

Suite au succès de la 10e édition des Journées du patrimoine qui se sont déroulées sous les meilleurs auspices la semaine dernière, l’heure est au bilan. Rencontre avec Amine Boushaba, vice-président de Casamémoire, association défenseure du patrimoine de la ville blanche, qui organise ces journées depuis 10 ans pour réconcilier le Casablancais avec sa ville. Pari réussi !

Les Inspirations ÉCO : Quel bilan faites-vous de cette 10e édition des Journées du patrimoine ?
Amine Boushaba : Une belle réussite pour cette édition anniversaire. Casamémoire a vu les choses en grand pour cette 10e édition des Journées du patrimoine avec toute une programmation artistique et culturelle autour du thème «Ma ville, mon patrimoine». Pari réussi au vu de l’affluence record qu’a connue cette édition avec pas moins d’une trentaine d’activités culturelles et artistiques, disséminées sur plusieurs sites de la ville blanche. Plus de 300 guides médiateurs ont été mobilisés pour les visites guidées dans 5 sites de la ville. Formés par Casamémoire durant toute l’année, les guides médiateurs ont acquis une connaissance pointue de leur ville, des compétences certaines. Ils racontent leur cité en parsemant leur récit d’anecdotes et de récits historiques mais surtout avec beaucoup de passion. Cette année, les guides ont accompagné près de 8.000 enfants/élèves lors des visites guidées et des ateliers et quelque 10.000 adultes. Pas moins de 10.000 personnes ont bénéficié de l’animation et de la programmation culturelle faisant de ces journées du patrimoine un véritable festival populaire pour célébrer la ville.

En 10 ans, comment  avez-vous vu évoluer cet événement ?
Les journées du patrimoine sont pour nous une occasion unique de sensibiliser les Casablancais à l’importance du patrimoine architectural de la ville. Une manière également de les réconcilier avec leur cité. Apprendre à lever les yeux, regarder sa ville d’une manière différente, apprendre le rôle important qu’a joué la ville dans l’écriture architecturale mondiale du XXe siècle… Tout ceci fait de nous des citoyens fiers de leur ville, l’aimant et la respectant. Chaque personne sensibilisée devient notre meilleure alliée pour la défense du patrimoine. C’est le rôle principal de ces Journées du patrimoine qui ont débuté timidement, il y a 10 ans, et qui ont pris de l’ampleur face à l’adhésion du public ; d’une vingtaine de guides mobilisés autour de quelques bâtiments ouverts pour une journée, à l’occasion, ce sont aujourd’hui des centaines de bénévoles qui sont devenus nos meilleurs ambassadeurs. Les visites guidées ont très vite été étoffées par une programmation culturelle et artistique car nous considérons que l’art et la culture sont les meilleurs moyens de faire vivre ce patrimoine architectural fait de pierre, mais également d’histoires, d’aventures humaines et de passion.

Comment s'est imposé le thème de cette année : «Ma ville, mon patrimoine» ?
Comme je vous le disais, nous souhaitons faire de chaque Casablancais un allié dans la défense du patrimoine de la ville. Le thème est une manière de proposer aux citoyens de s’approprier ce patrimoine et de la défendre. C’est pour cette raison que nous avons voulu cette 10e édition comme une «conversation» entre le patrimoine matériel et le patrimoine immatériel de la ville en mettant en valeur les mille et une manières dont la population s’approprie, valorise, transmet et anime ce patrimoine.

Quelle est la particularité du patrimoine casablancais, que souhaitiez-vous mettre en avant à travers ces journées ?
La particularité de Casablanca est son patrimoine architectural exceptionnel à plus d’un titre. La ville a constitué au 20e siècle un formidable laboratoire architectural et urbain où ont été expérimentés les vocabulaires architecturaux les plus audacieux. Une liberté de création qui donne une concentration absolue de bâtiments art déco fonctionnalistes et modernistes d’avant-garde, une magistrale école à ciel ouvert et un témoin privilégié d’innovations durant un demi-siècle, entre les années 1910 et 1960. L’apport de la ville de Casablanca dans l’histoire de l’architecture moderne du XXe siècle est aujourd’hui reconnu à l’échelle mondiale, mais dont la mémoire même est menacée, notamment par la spéculation immobilière. C’est cet aspect de la ville que nous essayons de mettre en avant lors des visites guidées. L’occasion de découvrir les trésors cachés de la Wilaya, l’architecture majestueuse de Bank Al-Maghrib, les subtilités néo-andalouses de la Mahkama des Habous ou tout simplement déambuler dans les rues de la médina avec ses remparts de 4 km renfermant de magnifiques façades percées de balcons en écoutant le récit agrémenté d’anecdotes des guides médiateurs. L’occasion aussi de découvrir la richesse de l’architecture industrielle à l’instar des ateliers Tmisite sur la route d'Aïn Sebaâ, œuvre monumentale de l’emblématique architecte casablancais Jean-François Zevaco, à qui ont doit également la fameuse «Kora Ardia» sur la place des Nations Unies et repère de tout Casablancais ou encore de (re)découvrir des lieux chargés d’histoire du quartier Hay Mohammadi tels que de l’ex-centre de détention de Derb Moulay Cherif, du Cimetière des martyrs de juin 1981, des Carrières centrales, du cinéma Saada, mais aussi du terrain du TAS, pour ne citer qu’eux.

Sentez-vous un état d'avancement dans la priorisation de la préservation du patrimoine par le ministère, les autorités, la législation ?
S’il est aujourd’hui une grande victoire à mettre sur le compte de l’action de Casamémoire, c’est que l’importance du patrimoine architectural de la ville est indiscutable. Casamémoire est née de la colère d’une poignée de Casablancais (architectes, artistes, journalistes, simple citoyens…) face à la multiplication des destructions des bâtiments les plus emblématiques de la ville. L’acte fondateur de l’association a été la démolition de la villa Mokri, joyau de l’architecture art déco typiquement casablancaise conçue par l’architecte Marius Boyer. À cette époque, beaucoup de personnes nous reprochaient d’être passéistes ou de défendre l’architecture coloniale. Aujourd’hui, ce débat est complètement dépassé. La ville dispose d’une SDL : Casa Patrimoine, chargée de la préservation de son patrimoine architectural. Cela n’empêche malheureusement pas la pression des lobbies immobiliers et si l’hémorragie a diminué de cadence, les démolitions continuent toute de même.

Il y a une place particulière pour l'enfance. Est-ce une façon d'en faire des citoyens plus responsables ?
Lors des Journées du patrimoine, une attention particulière est portée aux enfants et élèves des écoles publiques et privées. Des visites guidées spécialement conçues sont organisées toute la journée du vendredi qui leur est dédiée. Des ateliers sont également organisés sous forme de jeux, de chasses aux trésors… L’idée est de faire découvrir la ville autrement. Nous ciblons particulièrement les enfants des quartiers excentrés et/ou défavorisés et nous nous sommes rendu compte que des enfants de Lissasfa ou de Sidi Moumen n’ont jamais été au centre-ville par exemple. L’idée de familiariser les enfants avec leur patrimoine est de les rendre fiers de leur ville, de la respecter... c’est le meilleur moyen de construire la citoyenneté chez les plus jeunes.

Et après les Journées du patrimoine ?
Les Journées du patrimoine sont effectivement la partie la plus visible du travail de Casamémoire mais d’autres activités sont menées tout au long de l’année ; les visites guidées sont effectuées à la demande, le travail de sensibilisation auprès des jeunes se poursuit. Nous recevons également beaucoup d’étudiants, de chercheurs marocains et étrangers. L’une des actions les plus importantes reste tout le volet scientifique effectué par les experts de l’association concernant le montage de dossiers destinés à inscrire certains bâtiments sur la liste du patrimoine national, tout autant que le plaidoyer pour ces inscriptions. Preuve en est la parution dans le Bulletin officiel de la semaine dernière de l’inscription de 6 bâtiments emblématiques de la ville suite au travail de Casamémoire. 

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