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Abdessamih Mahmoud, Directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme

L’engagement du Maroc de réduire le taux d’analphabétisme de 32% à 10% à l’horizon 2026 est-il réaliste ? Plusieurs obstacles sont encore à dépasser, dont l’absence des centres permanents d’alphabétisation. Le point sur les efforts déployés pour gagner le pari d’alphabétisation ainsi que les dysfonctionnements à corriger avec Abdessamih Mahmoud, directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme (ANLCA).

Les Inspirations ÉCO: Croyez-vous que le Maroc pourrait vraiment réduire le taux d’analphabétisme à moins de 10% à l’horizon 2026, même si le taux actuel demeure encore élevé ?
Abdessamih Mahmoud : Le Maroc compte 8,6 millions d’analphabètes parmi sa population, soit un taux de 32%, selon le dernier Recensement général de la population et de l’habitat 2014. La feuille de route 2017-2021, adoptée par le Conseil d’administration de l’ANLCA, dans sa 3e session du 8 septembre 2017, arrête le cadre de référence pour relever le défi, à savoir la réduction du taux d’analphabétisme à 20% d’ici 2021 et à moins de 10% à l’horizon de 2026. En effet, la feuille de route met en relief la vision stratégique de l’ANLCA. Cette vision accorde la priorité aux femmes, aux jeunes et au monde rural et repose sur trois axes stratégiques, à savoir le renforcement des fondements de la bonne gouvernance, l’amélioration de la qualité des apprentissages et l’adéquation de l’offre et de la demande. Le défi peut, bien entendu, être relevé grâce à la mobilisation de tous les acteurs.

Quels sont les obstacles que vous essayez encore de dépasser ? Et quelles sont les actions menées pour améliorer le système d’alphabétisation au Maroc ?
Malgré les avancées réalisées en matière de lutte contre l’analphabétisme, l’ANLCA est face à des enjeux majeurs à savoir le développement du système de suivi et d’évaluation des programmes d’alphabétisation, la souplesse des processus de gestion, la mise en place des passerelles entre les programmes d’alphabétisation et l’éducation formelle et la formation professionnelle, ainsi que l’absence des centres permanents d’alphabétisation. Pour dépasser ces dysfonctionnements, l’ANLCA mène des actions articulées autour des trois axes. Le premier est relatif au renforcement des mécanismes de la bonne gouvernance en adoptant une programmation stratégique basée sur les résultats et l’approche projet, l’élaboration du manuel de procédures, le développement de l’arsenal juridique, ainsi que la mise en place d’un système de contrôle interne et de contrôle de gestion. Le deuxième porte sur le renforcement de la qualité des apprentissages en adoptant les principes de l’ingénierie des programmes d’alphabétisation et en privilégiant le renforcement des capacités des différents intervenants à travers la professionnalisation du dispositif de formation dans les métiers d’alphabétisation. Et enfin, le troisième a trait à l’adéquation entre l’offre et la demande, par le développement des méthodes de ciblage des bénéficiaires, l’amélioration des programmes d’alphabétisation pour les rendre plus attrayants et l’adaptation des manuels d’alphabétisation aux besoins spécifiques des apprenants, et la mise en place des centres permanents dédiés à l’alphabétisation.

Quelles sont les perspectives ayant été ouvertes par la tenue des assises de 2017 ?
L’ANLCA a organisé les 13 et 14 octobre 2017 les Assises nationales d’alphabétisation sous le thème:
«L’Alphabétisation: équité, engagement et partenariat». La tenue des assises en octobre a été précédée par un processus de concertations avec les différents acteurs aux niveaux national et régional. Les assises de l’alphabétisation ont constitué ainsi un évènement important de par la qualité des institutions et des participants nationaux et internationaux qui ont pris part à la séance d’ouverture, mais également aux ateliers de travail. Cette participation diversifiée quantitative et qualitative devrait renforcer le consensus national autour de la nécessité de lutter davantage contre l’analphabétisme dans notre pays. L’événement a également donné de la visibilité autour de l’agence et sa mission de coordination et de pilotage de l’action de l’alphabétisation au Maroc. Les recommandations issues des assises constituent ainsi des éléments importants à l’enrichissement du plan d’action de l’agence et un cadre de référence pour la mobilisation des acteurs qui interviennent dans le domaine de l’alphabétisation. L’ANLCA a déjà entamé la mise en œuvre de ces recommandations en collaboration avec les différents acteurs et partenaires.

Quels sont les objectifs fixés pour cette année 2018 et les projets en cours notamment en ce qui concerne l’alphabétisation fonctionnelle ?
L’ANLCA a fixé, au titre de l’année 2018 des objectifs qui portent essentiellement sur l’accélération des rythmes des réalisations des programmes d’alphabétisation, la mise en place des structures centrales et extérieurs de l’agence, le développement du système de partenariat avec les ONG ainsi que l’amélioration du dispositif de formation dans les métiers d’alphabétisation. En ce qui concerne l’alphabétisation fonctionnelle, la priorité a été accordée cette année aux personnes actives dans les secteurs productifs avec la mise en œuvre des programmes d’alphabétisation fonctionnelle destinés aux secteurs de l’agriculture, l’artisanat et la pêche maritime. Le programme destiné aux artisans a été lancé en juillet 2017 en partenariat avec le secrétariat d’État chargé de l’Artisanat et de l’économie sociale. Pour le même secteur, et pour faciliter l’apprentissage, une application mobile «Alpha Nour», adaptée aux bénéficiaires, a été mise en place, en coordination avec ce même secrétariat d’Etat et l’Union européenne. Un autre programme d’alphabétisation fonctionnelle qui vise l’amélioration de l’employabilité de la population active de la Région Rabat-Salé-Kénitra et cible l’alphabétisation de près de 3.000 professionnels actifs dans les secteurs de l’Artisanat (1.000 artisans), des Pêches maritimes (750 pêcheurs) et de l’Agriculture (1.200 agriculteurs) a été lancé le mois de novembre 2017, en partenariat avec le Conseil régional de Rabat-Salé-Kénitra dans le cadre de la mise en œuvre de la convention de partenariat conclue entre le conseil et l’ANLCA. Et enfin, d’autres projets se rapportant à l’alphabétisation fonctionnelle ont été lancés avec l’assistance de l’Union européenne, en l’occurrence le lancement de l’élaboration de manuels pour les salariés des entreprises œuvrant dans les secteurs du tourisme et de BTP ainsi que pour les artisans de service.

La lutte contre l’analphabétisme nécessite de grands efforts financiers. Avez-vous les moyens de vos ambitions ?
De manière générale, les ressources financières allouées à la lutte contre l’analphabétisme ont connu une nette amélioration, grâce à l’augmentation du budget de l’État et à l’appui budgétaire et technique des partenaires techniques et financiers, notamment la Délégation de l’Union européenne. En effet, la lutte contre l’analphabétisme a bénéficié, depuis 2009, de l’appui de l’UE dans le cadre des projets : Alpha I et Alpha II. Cet appui se renforce de plus en plus en se préparant à un troisième appui financier Alpha III. Cette évolution des moyens financiers a été également marquée par la contribution des conseils des élus et d’autres partenaires publics.

Quid de la coopération avec les régions, un élément clé dans la lutte contre l’analphabétisme ?
La vision territoriale de l’action d’alphabétisation se développe de plus en plus notamment par des actions de coopération entre l’ANLCA et les conseils des élus afin d’intégrer la composante alphabétisation dans les plans de développement régional. Ainsi, une journée de concertation avec les présidents des conseils régionaux et les maires des villes a été organisée en partenariat avec l’Unesco, ce qui a donné lieu à la conclusion de trois conventions avec les conseils régionaux de Rabat-salé-Kénitra, Tanger-Tétouan-Hoceima et Guelmim-Oued-Noun. Des coordinations sont en cours pouvant être couronnées par des partenariats avec d’autres régions. 

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