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Économie

Selon des experts intervenant lors d’une journée d’étude à la Chambre des conseillers, la baisse serait immédiate à 7,5 DH le litre pour le gasoil. La qualité des carburants et le stock de sécurité en question depuis la libéralisation du marché sont autant de questions brûlantes, en plein mouvement de boycott.

Ce débat sur les hydrocarbures, le boycott et la raffinerie Samir a trouvé la parfaite imbrication entre ces trois éléments. La mise en arrêt de l’unique raffineur du pays a en effet entraîné dans son sillage une libéralisation du secteur qui, deux ans et demi plus tard, a débouché sur la montée des prix à la pompe et allumé la mèche d’un mouvement de boycott dont on ne connaît l’issue. Le groupe de la CDT à la Chambre des conseillers et le Syndicat national des industries du pétrole et du gaz, à grand renfort d’experts, d'économistes et de professionnels du domaine, ont organisé une journée d’étude jeudi à la deuxième chambre. Deux ministres du PJD devaient animer le débat. Il s’agit d’Aziz Rabbah, ministre de l’Énergie, et Lahcen Daoudi des Affaires générales et gouvernance). Le premier n’est pas venu, le second a présenté sa démission au chef du gouvernement (cf:www.leseco.ma).   En tout cas, cela n’a rien enlevé à la qualité des présentations ni à celle des échanges avec, en bonus, des révélations et une mise en contexte nécessaires à la compréhension de la problématique des produits pétroliers au Maroc.

La qualité, ce sujet tabou
Un sujet tabou comme, d’ailleurs, ce pavé dans la mare que Mehdi Daoudi a lancé en évoquant la question de la qualité des carburants (gasoil et essence) depuis l’arrêt de la Samir. Cet ingénieur, qui pendant 30 ans a roulé sa bosse dans l’industrie pétrolière -notamment à Sidi Kacem- a expliqué que le contrôle de la qualité était systématique avec la Samir grâce à la procédure de «dépôt sous douane», qui vérifie la conformité des produits aux spécifications marocaines en la matière. Aujourd’hui, regrette Daoudi, le risque que des quantités non conformes puissent rentrer par les différents ports pétroliers du pays est grand. Ceci, alors que le raffineur a beaucoup investi pour se mettre à niveau, à l'instar des 15 MMDH injectés entre 2005 et 2010 qui ont permis de monter en capacité de raffinage, passant ainsi de 6 à 10 millions de tonnes par an. Cet investissement a joué un rôle majeur pour permettre à la Samir de s’aligner aux normes qualitatives européennes pour le gasoil (10 PPM). Depuis août 2015, date de l’arrêt du «joyau de Mohammedia», le prix du bitume, révèle Daoudi, a été multiplié par deux. C’est d’autant plus consternant que le Maroc, à travers la Samir, a la possibilité de produire le double de ses besoins en cette matière essentielle pour les infrastructures routières. Sans oublier que le raffineur dispose d’une centrale électrique de 40 MW et d’un laboratoire aux normes internationales. Près de deux an après la prise de la décision de liquidation judiciaire, et bien qu’une vingtaine de potentiels repreneurs aient manifesté leur intérêt, la situation est au point mort. Pendant ce temps-là, l’effet de l’érosion en milieu salin menace les équipements du raffineur, tandis que son patrimoine technique s’effiloche avec le départ de ses ingénieurs marocains, d’ailleurs très prisés à l’étranger.

Nostalgie d’un gasoil à 7,5 DH
Mais quel impact une reprise d’activité de Samir pourrait-elle avoir sur les prix du carburant? Boycott oblige, la question s’impose, voire conditionne un retour au raffinage. Pour Houcine El Yamani, SG du Syndicat national des industries du pétrole et du gaz (CDT), la reprise de la Samir fera instantanément baisser le prix du gasoil à la pompe à 7,5 DH contre presque 10 DH actuellement. Le responsable  nuance toutefois ses propos: en cas de flambée du prix du baril à 100 dollars, un prix à 10 DH le litre serait alors envisageable. Mais grâce à la concurrence qui s’installerait alors entre la Samir et les 20 sociétés de distribution, les prix emprunteront une trajectoire baissière ou du moins maîtrisable. C’est d’autant plus vrai que 5 sociétés seulement détiennent 80% de part de marché. Un monopole qui ne dit pas son nom, mais qui est bel et bien là. Le responsable a aussi plaidé pour que l’État intervienne au niveau de la TVA et de la TIC afin de réguler indirectement les prix, quitte à être déficitaire une année pour se rattraper durant la suivante.

Stock de sécurité, cet inconnu
L’autre grand avantage d’une reprise de la Samir concerne le stock de sécurité qui fond comme neige au soleil depuis l’arrêt du raffineur. Le gouvernement revendique 45 jours de stock, mais les experts jurent que le pays ne dispose que de 15 jours voire moins. Alors que la Samir disposait de 2 millions de m3 en stockage de sécurité, les sociétés de distribution n’en revendiquent que la moitié. Ceci, malgré les engagements qu’ils ont pris pour investir dans le stockage, inscrits dans le cahier des charges relatif à la libéralisation du marché. S’ajoute à cela l’incapacité aujourd’hui de déterminer l’évolution du stock ou son niveau avec précision. Une libéralisation qui, selon El Yamani, aurait permis aux sociétés d’augmenter leurs gains de 21 MMDH en 2016 et 2017, soit plus que l’estimation faite par Abdellah Bouanou (PJD) sur la base du rapport parlementaire sur les hydrocarbures. Un rapport qui a d’ailleurs été qualifié d’incomplet par l’expert en économie et acteur associatif Mohamed Benmoussa. Ce dernier est allé lui-même piocher dans les comptes de certaines sociétés pétrolières, outre Total qui est cotée en Bourse, pour constater des gains qui sont montés en flèche juste après la libéralisation. En 2016, le résultat de Total aurait augmenté de 464 MDH et celui d’Afriquia aurait crû de 736 MDH, selon Benmoussa; banco pour Shell avec des gains supplémentaires de 1 MMDH. Et d’ajouter que la régulation est consubstantielle à la libéralisation. En d’autres termes, l’État aurait failli à son rôle d’arbitre en faisant l’économie d’un accompagnement qui aurait pu contenir les choses dans une limite maîtrisable. «La décompensation des hydrocarbures est une bonne décision, mais elle est incomplète en l’absence de filets sociaux à même d’atténuer son impact», a-t-il ajouté.

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