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Les opérateurs de l’industrie pharmaceutique nationale s’insurgent contre la hausse des importations de médicaments et l’installation au Maroc de laboratoires «fictifs». Ils se sentent menacés.

L’industrie pharmaceutique nationale est en état d’alerte. Et pour cause, les professionnels du secteur s’inquiètent de la hausse des importations de médicaments et y voient une menace sur leurs activités. En quelques années, notent-ils, le Maroc est passé à un taux de couverture locale de ses besoins en médicaments de 85% à moins de 65%. La facture des importations est, elle, montée en quelques années à 5,5 MMDH, contre 2,5 MMDH, soit plus du double. La raison est toute simple selon eux : le Maroc importe non seulement des produits qu'il est impossible de fabriquer localement, mais en fait autant pour des médicaments de même principe actif produits dans le royaume. «Depuis 2 à 3 ans, nous observons une explosion des importations de médicaments, ce qui nous inquiète le plus, c’est l’arrivée de plus en plus sur le marché de médicaments que nous fabriquons déjà au Maroc», s’insurge Mia Lahlou, vice-président directeur général des Laboratoires Pharma 5, qui estime que l’industrie nationale «est en train d’être fragilisée».

Bisbilles à l’AMIP ?
Son point de vue est corroboré par d’autres patrons de l’industrie pharmaceutique, qui préfèrent pour le moment garder l’anonymat mais, paradoxe, l’actuel président de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP), qui défend les intérêts professionnels des fabricants nationaux, n’est pas du même avis : «la hausse des importations est liée à de nouveaux produits qu'il n'est pas possible de fabriquer au Maroc et qui sont chers. C’est un fait normal que nous importions autant de ce type de produits. Le Maroc a fait le choix d’un arsenal complet de médicaments, nous disposons aussi bien des derniers traitements que des médicaments classiques», déclare Ayman Cheikh Lahlou dans une interview accordée aux Inspirations ÉCO.  

Que dit le ministère de la Santé ?
Ces positions pour le moins opposées en disent long sur les intérêts divergents des différents opérateurs nationaux de l’industrie pharmaceutique. De fins connaisseurs du secteur l’expliquent par la dépendance pour certains d’entre eux, de laboratoires étrangers qui leur fournissent encore des molécules essentielles à leur processus de production. Du côté du ministère de la Santé, c’est encore le silence radio. Nos nombreuses tentatives pour recueillir la version de ce département qui attend encore la nomination d’un nouveau ministre à sa tête sont restées sans succès. En tout cas, sa Direction de la pharmacie est pointée du doigt par les opérateurs mais le président de l’AMIP justifie la situation : «pour le ministère de la Santé, le mot d’ordre est la disponibilité du médicament (...), s’il y a eu des incohérences, je sais qu’elles sont en train d’être traitées», renchérit Ayman Cheikh Lahlou. Un avis loin de faire l’unanimité auprès des autres patrons.

Laboratoires fictifs ?
Mais les griefs contre le ministère ne se limitent pas qu’aux importations. Les industriels locaux s’insurgent également contre les autorisations d’implantation accordées à des laboratoires indiens et égyptiens qui, en réalité, ne produiraient pas sur le sol national. «Ils n’ont pas de sites industriels au Maroc et n’ont de laboratoires que le nom. C’est une concurrence déloyale et un coup dur à l’industrie nationale qui est aujourd’hui une fierté marocaine et un modèle de réussite en Afrique», assène une autre source dans le secteur. La première conséquence de cette «concurrence déloyale» selon les opérateurs est que les multinationales qui apportent de la valeur ajoutée au secteur commencent à vendre leurs sites de production basés au Maroc. Le cas récent de Sanofi est ainsi cité en exemple par un grand industriel marocain qui a requis l’anonymat.

Assises reportées
Sur tous ces dossiers, le futur successeur d’El Houssaine Louardi est très attendu, mais aussi sur l’organisation des prochaines assises des médicaments et des produits de la santé. Cet événement qui devait se tenir aujourd’hui même (vendredi 8 décembre) a été reporté sine die. Parmi les raisons évoquées, la bronca des opérateurs nationaux qui se sont sentis exclus alors que seuls des intervenants étrangers, notamment européens, étaient programmés pour prendre la parole lors de ces assises qui avaient pour thème : «les médicaments falsifiés». Pour un patron d’un grand laboratoire national, le commentaire est sans appel : «C’est une insulte pour une industrie marocaine cinquantenaire qui crée 40.000 emplois et une atteinte à l’image de marque du Maroc qui est considéré comme une référence en Afrique. Il n’y a pas de médicaments falsifiés au Maroc». La messe est  dite ! 


Préférence nationale : Que font nos voisins ?

Si au Maroc, la loi n’interdit pas à l’État d’importer des produits identiques à ceux fabriqués localement, chez les voisins maghrébins et arabes, on est plus catégorique. C’est notamment le cas en Algérie, Tunisie, Égypte et en Arabie saoudite. Dans ces pays, les importations sont interdites dès que les produits sont fabriqués sur place afin de protéger l’industrie locale. Lors des premières assises du médicament et des produits de la santé au Maroc en 2015, le ministère de la Santé s’était engagé à prioriser les produits locaux. Sauf que deux ans plus tard, les opérateurs expriment leur déception. Ils en appellent à la concrétisation de ces promesses et à instaurer une véritable politique de préférence nationale.

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