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Décryptages / Grand Angle

La campagne de boycott fait ressortir le ras-le-bol d'une «majorité silencieuse». Si les données macro-économiques permettent de dire que l'inflation est maîtrisée, le ressenti des ménages n'est pas le même, la faute à un calcul «rétrograde», basé sur un panier dépassé. Pourtant, lors du dernier arrêté des comptes nationaux, les ménages sont considérés comme le premier moteur de l'économie...

Il aura fallu une controverse violente, où ministres et citoyens s'envoient, depuis l'hémicycle ou derrière un ordinateur, des quolibets et des anathèmes de traîtrise, pour que les réels enjeux macro-économiques prennent place dans le débat public. Alors qu'à la conception de la nouvelle loi de Finances, l'attention du gouvernement était surtout portée sur l'investissement, la tournure qu'ont pris les événements pourraient bien lui faire changer de priorité. En effet, depuis le 20 avril dernier, les réseaux sociaux sont secoués par une campagne inédite de boycott, qui cible 3 produits, issus de marques considérées en «position dominante»: l'eau minérale Sidi Ali, le distributeur de carburant Afriquia et le lait de Centrale Danone. Cette dernière affirme être la plus touchée par la campagne et a donc décidé de réduire, début juin, ses approvisionnements en lait, tout en mettant aux contrats d'une partie de ses intérimaires. La filière serait même «en danger», selon le gouvernement, et le ministre délégué, chargé des Affaires générales et de la Gouvernance, Lahcen Daoudi, n'a pas hésité à accompagner les salariés de Centrale Danone, dans leur sit-in organisé dans la nuit du 5 au 6 juin.

Inflation mesurée et inflation ressentie
Le leitmotiv de la campagne de boycott est sans aucun doute la cherté de la vie qui ne cesse d'augmenter. Une situation intenable d'autant que les salaires- dans le privé comme dans le public- continuent de stagner. Ainsi, l'inflation devrait progresser tout en restant à des niveaux modérés, pour atteindre 1,8% en 2018, après une décélération à 0,7% en 2017, selon les prévisions de Bank Al-Maghrib. L'inflation a connu, comme prévu dans le rapport sur la politique monétaire de décembre dernier, une décélération en 2017 à 0,7%, résultat d'un recul des prix des produits alimentaires à prix volatiles, alors qu'au moyen terme, elle augmenterait tout en restant à des niveaux modérés, pour atteindre 1,8% en 2018, portée notamment par le relèvement des tarifs réglementés, et revenir à 1,5% en 2019. En revanche, la composante sous-jacente de l'inflation- qui exclut les produits et services à prix volatiles et publics - s'est accélérée à 1,3% en 2017, après une sensible baisse temporaire en 2016 à 0,8%, et devrait, sous l'effet de la consolidation de la demande intérieure et de la hausse de l'inflation importée, se situer à 1,4% en 2018 puis à 1,9% en 2019, selon le Banque centrale. Ainsi, l'inflation semble largement maîtrisée. Entre 2000 et 2017, en effet, la hausse des prix à la consommation au Maroc n'a dépassé 3% que deux fois: en 2006 (3,3%) et en 2008 (3,7%). En moyenne sur cette période de 18 ans, l'inflation a été d'1,6%. Et presque toujours, ce sont les produits alimentaires qui sont à l'origine de cette augmentation. Encore en janvier de cette année, ils ont réalisé la variation la plus importante: +2,2%, au lieu de+1,3% pour les produits non alimentaires, en glissement annuel. Les économistes estiment que cette remontée des prix des produits alimentaires, après le recul enregistré sur la première moitié de 2017, est due aux craintes liées au retard des précipitations. Et comme le poids de l'alimentaire dans le panier servant de référence au calcul de l'IPC, demeure encore très important (39%), tout mouvement des prix de ce poste de dépenses impacte significativement l’inflation globale. Seulement, la «majorité silencieuse» qui s’est exprimée dans cette campagne de boycott n’a pas le même ressenti, et les constats macro-économiques ne semblent pas refléter le vécu quotidien des citoyens. En effet, mesurer l'inflation consiste le plus souvent à observer un «panier » pondéré de biens représentatifs de l'ensemble des biens consommés par les ménages. En effet, ce sont les prix de consommation finale des ménages qui sont pris en compte dans la mesure d'inflation. Les prix intermédiaires (prix de transferts à l'intérieur d'une chaîne de production, prix de vente du producteur au détaillant, etc.) sont exclus du spectre de prix pris en compte pour l'inflation. Ces biens sont répartis parmi les différents postes de consommation des ménages. Les pondérations de ce panier sont définies par la part de la consommation représentée par chacun de ces biens ou services. Un indice des prix à la consommation mesure les variations enregistrées par le panier observé, traduisant ainsi la variation du coût de la vie pour les consommateurs, et de la valeur de la monnaie dans ses aspects les plus concrets pour les ménages. Dans cette conception, les indices d'inflation se rapportent par construction exclusivement à la consommation des ménages, les prix des valeurs (mobilières comme immobilières), faisant l'objet d'un investissement potentiel de la part des ménages mais pas de consommation, sont exclus. Typiquement, les prix du logement, du mobilier… sont exclus, ce qui fausse largement le calcul, car ce sont des postes qui conditionnent le comportement des ménages, et leurs consommations. D’autant que d’autres paramètres, comme la libéralisation des prix du carburant et la décompensation progressive de certains produits de base, n’est pas prise en compte. Il existe donc un gap important entre l’inflation mesurée et l’inflation ressentie.

Les ménages rongent leurs freins
Une conclusion facile à tirer quand on voit que 29,8% des ménages déclarent s’endetter ou devoir puiser dans leur épargne pour couvrir les dépenses relatives à leur subsistance et seulement 5,4% affirment pouvoir épargner une partie de leur revenu. La grande majorité (64,8%) estime que son revenu sert seulement à couvrir leurs dépenses. Selon la dernière note du Haut commissariat au Plan sur le sujet, le solde d’opinion relatif à la situation financière actuelle des ménages est resté ainsi négatif, à moins 24,4 points après avoir été de moins 22,6 points le trimestre précédent et de moins 28,7 points le même trimestre de l’année précédente. Sur les 12 derniers mois, des ménages considèrent que leurs finances se sont dégradé 31,4%, contre 14,7% qui déclarent le contraire. Par ailleurs, 53,8% des ménages marocains estiment que le moment n’est pas opportun pour effectuer des achats de biens durables, contre 28,2% pensant le contraire. Pourtant, le dernier arrêté des comptes nationaux, qui fait ressortir une amélioration de la croissance économique nationale, se situant à 4,1% au quatrième trimestre 2017 au lieu de 1% durant la même période de l’année 2016, est surtout porté par les dépenses de consommation finale des ménages ont connu une hausse de 3,4% au lieu de 3,7%, contribuant pour 1,9 point à la croissance au lieu de 2,1 points. Les ménages seraient donc le vrai moteur de l’économie, contrairement à l’investissement brut (formation brute de capital fixe et variation de stocks), qui a, quant à lui, carrément enregistré une baisse de 2,3% au quatrième trimestre 2017 au lieu d’une hausse de 13,8% une année auparavant, avec une contribution négative à la croissance de 0,3 point au lieu d’une contribution positive de 4 points, durant le même trimestre de l’année précédente. Une raison en plus pour que le gouvernement se penchent sur les contraintes de ceux qui poussent, réellement, la croissance vers le haut…


Larabi Jaïdi,
Économiste et professeur universitaire

De nombreux indicateurs statistiques sont critiqués sur l’argument qu’ils ne donnent qu’une information partielle, appauvrie, voire biaisée du phénomène observé. L’actualité récente nous en fournit de multiples exemples, et le taux d'inflation en fait partie. Le HCP se voit reprocher de déverser sur les acteurs une information jugée non représentative de la "réalité" et qui ne rend point compte de la complexité du réel».

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