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Décryptages / Grand Angle

Un intérêt particulier a été accordé à l’éducation dans le mémorandum de la Banque mondiale sur le Maroc à l’horizon 2040. Le diagnostic établi rejoint celui des institutions nationales et des experts. Le Maroc est appelé à provoquer un «miracle éducatif».

Le débat officiel est lancé sur les conclusions du mémorandum de la Banque mondiale (BM) sur le Maroc, à l’horizon 2040, dont les grandes lignes ont été publiées dans notre édition d’hier. Visiblement, le gouvernement n’adhère pas à bon nombre de points. Le ministre des Affaires générales et de la gouvernance, Lahcen Daoudi, n’a pas mâché ses mots lors de la séance de présentation de ce document stratégique, en précisant d’emblée que le rapport est fait selon la vision de la BM. Le responsable gouvernemental, qui a épinglé l’institution internationale pour son manque d’objectivité sur quelques points, a affiché la disposition du gouvernement à tenir une table ronde pour discuter les grandes lignes du rapport et les mesures à mettre en place.

Parmi les axes fondamentaux du mémorandum, qui nécessitent d’être passés au crible, figure le secteur de l’éducation. Le Maroc est appelé par la BM à s’attaquer aux contraintes majeures dans le cadre d’une «thérapie de choc» visant à provoquer un «miracle éducatif», soit une amélioration très significative du niveau des élèves marocains. Le rapport fait ressortir encore une fois les maux de l’école marocaine qui ont été déjà débattus profondément par les experts et les organismes nationaux. Il faut dire que le Maroc est à la traîne. En supposant qu’il parvienne à déclencher une dynamique d’amélioration similaire à celle des nations les plus performantes, il lui faudrait, selon les experts de la BM une trentaine d’années avant d’égaler le niveau d’apprentissage observé actuellement dans des pays émergents, comme la Turquie.

L’enseignant critiqué
Le principal problème a trait à la qualité, comme le reconnaît d’ailleurs le gouvernement. Le gouvernement doit, ainsi, s’atteler aux causes qui minent la qualité de l’enseignement à commencer par le niveau de compétence des enseignants qui est vertement critiqué dans le rapport. Alors que les systèmes éducatifs les plus performants recrutent leurs enseignants, parmi le meilleur tiers des diplômés de l’enseignement supérieur, le métier d’enseignant au Maroc est souvent choisi par défaut. Malgré la forte sélectivité du concours de recrutement des enseignants, la majorité des admis aux Centres régionaux des métiers de l’éducation et de la formation nécessitent une mise à niveau dans les matières de base. La BM recommande ainsi de mieux sélectionner, former, motiver et évaluer les enseignants afin d’attirer des candidats compétents à fort potentiel vers les métiers de l’enseignement et développer des dispositifs d’évaluation et de coaching adéquats pour accroître la performance des enseignants en activité.

Climat de «laisser-aller»
Le recrutement et la formation des enseignants de haut niveau ne suffisent pas à garantir un enseignement de qualité. Encore faut-il que le système éducatif soit bien gouverné pour être efficient. Or, l’enquête de terrain de la BM a révélé que les enseignants marocains étaient largement démotivés. Ce qui est préjudiciable à l’apprentissage des élèves, notamment en raison de l’absentéisme, et d’une gestion inefficiente du temps de classe. Ce climat de «laisser-aller» est conforté par la faiblesse du système d’évaluation aussi bien formative des élèves ou sommative du système éducatif. Les situations de difficultés d’apprentissage ou d’échec scolaire ne sont pas détectées à temps. Aussi, est-il nécessaire de transformer l’école marocaine en la réformant en profondeur.

Recommandations
Plusieurs recommandations sont émises par la BM à commencer par la nécessité de repenser à court terme les curricula et les approches pédagogiques afin que l’école transmette des valeurs positives et d’ouverture, garantisse l’acquis des apprentissages fondamentaux et valorise les formations professionnelles débouchant sur de réelles possibilités d’emploi. Il faut continuer à développer l’utilisation des technologies de l’information et de la communication à l’école pour faciliter et évaluer l’acquisition des apprentissages fondamentaux, aider à la formation des enseignants et appuyer la bonne gestion des établissements. À long terme, il s’avère impératif d’adopter une nouvelle gouvernance de l’école publique, en la recentrant sur un meilleur service rendu à l’élève. Cela passe à travers la révision des attributions, responsabilités et statuts de tous les acteurs du système éducatif, l’évaluation des apprentissages et leur dissémination pour responsabiliser les acteurs et promouvoir la qualité.

En outre, l’implication des parents d’élèves, notamment des pères, dans la vie de l’école est jugée fondamentale. Le gouvernement est appelé aussi à développer une offre éducative alternative afin d’assurer une éducation de qualité accessible à tous les enfants tout en valorisant la liberté de choix et l’innovation. Il faut, par ailleurs, œuvrer à développer les compétences du 21e siècle dans l’éducation (collaboration, communication, habiletés sociales et culturelles, citoyenneté, TIC) et valoriser la créativité, la pensée critique et l’adaptabilité. 


«Il faut effectivement un miracle pour la réforme de l’enseignement»

Amina Maa El Ainaine
Membre du Conseil supérieur de l’Éducation, de la formation et de la recherche scientifique.

Je partage complètement la recommandation de la Banque mondiale portant sur le «miracle éducatif». Il faut justement un miracle pour adopter des approches stratégiques et pour que toutes les parties adhèrent à une vision unifiée. Le Conseil supérieur de l’éducation a établi une vision alors que chaque ministère travaille selon sa propre vision. Le ministère de l’Éducation nationale, le département de l’Enseignement supérieur et celui de la Formation professionnelle travaillent sans coordination avec le Conseil supérieur. Il s’avère effectivement nécessaire de transformer l’école marocaine. Les rapports internationaux sur l’enseignement au Maroc ne sont plus choquants ou surprenants. Le Maroc a peut-être un complexe vis-à-vis des rapports nationaux. Les évaluations internes ne sont pas bien acceptées. À titre d’exemple, les institutions de l’État ont été indifférentes vis-à-vis de l’étude de l’Instance nationale d’évaluation relevant du Conseil supérieur de l’Éducation, de la formation et de la recherche scientifique sur le programme d’évaluation des acquis ayant comporté même des mesures opérationnelles. Aujourd’hui, on n’a plus besoin de diagnostic. Les citoyens même les analphabètes savent que la situation de l’enseignement au Maroc est catastrophique. La cacophonie et l’improvisation règnent. Hassad a annulé tout ce qu’a fait Belmokhtar dont certaines mesures n’ont été prises que récemment. 

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