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Décryptages / Grand Angle

 

L’accélération durable de la productivité et l’accumulation du capital immatériel sont les deux conditions clés qui détermineront la trajectoire de croissance du Maroc à l’horizon 2040. C’est ce qui ressort du nouveau mémorandum économique pays de la Banque mondiale, dont le lancement est prévu aujourd’hui à Rabat.

Les avancées réalisées par le Maroc ne sont pas suffisantes pour lui permettre de concrétiser son ambition d’accélérer son rattrapage économique vers les pays avancés au cours des prochaines décennies. Le processus de convergence économique enclenché depuis 15 ans demeure encore long en comparaison avec celui réalisé par d’autres pays émergents qui sont parvenus à combler leur retard. Ce dur constat est dressé par le mémorandum économique pays de la Banque mondiale intitulé : «Le Maroc à l’horizon 2040 : Capital immatériel et les voies de l’émergence économique».

Le document de plus de 300 pages établit un diagnostic détaillé de la performance économique et sociale du Maroc au cours des dernières décennies et dédie une grande partie à l’analyse des obstacles à surmonter en vue d’accéder au club des pays émergents à l’horizon 2040.

L’accélération des efforts pourrait booster le PIB par habitant du Maroc pour atteindre près de 45% de celui d’un Européen du Sud en 2040 contre 22% actuellement. Pour atteindre un tel scénario jugé «vertueux» par l’institution internationale, il faut revoir le modèle de développement et œuvrer à mettre le développement du capital immatériel au cœur des stratégies. Actuellement, le Maroc est à la croisée des chemins. Il semble réunir, selon les experts de la Banque mondiale, l’ensemble des conditions nécessaires pour mener à bien son processus de convergence économique et sociale, mais les conditions favorables sont aussi porteuses de risques : ne pas être en mesure de créer des emplois en nombre suffisant, ne pas être capable de générer les effets positifs d’agglomération et ne pas être en mesure de proposer une offre éducative de qualité à la jeunesse marocaine. «Si ces risques ne sont pas atténués par des politiques publiques adaptées, le Maroc pourrait passer à côté d’une opportunité unique dans son histoire», précise-t-on.

Les défis sont on ne peut plus grands. Il faut, en effet, atteindre et conserver pendant un quart de siècle un niveau élevé de croissance économique inclusive et de création d’emplois de qualité. Le Maroc devra ainsi conserver pendant une génération au moins des gains de productivité plus élevés que par le passé.  Le scénario de rattrapage économique accéléré de la Banque mondiale fait l’hypothèse d’une hausse de la productivité totale des facteurs de 2% par an et d’une hausse du taux d’emploi de la population en âge de travailler à 55% en 2040 contre de 45% en 2015. L’effet cumulé des hausses de la productivité et du taux d’emploi conduirait à une croissance tendancielle plus forte et durable d’au moins 4,5% par an jusqu’en 2040. Ce défi est certes très grand, mais réalisable, selon le rapport, en opérant une transformation structurelle profonde de l’économie et des gains d’efficience substantiels. Le Maroc est appelé à déployer un effort accru pour accumuler davantage de capital immatériel. L’institution mondiale plaide pour la réorientation prioritaire des politiques publiques vers le développement du capital immatériel dont le capital humain.

À ce titre, il est clairement précisé que toute avancée serait vaine sans réforme éducative.  «Un miracle éducatif» est primordiale. Le retard accumulé par le Maroc dans ce secteur est gigantesque au point qu’il lui faudrait une trentaine d’années avant d’égaler le niveau d’apprentissage observé actuellement dans des pays émergents comme la Turquie.


L’équipe de la Banque mondiale

Une grande équipe multidisciplinaire a préparé le mémorandum sur le Maroc à l’horizon 2040. Cette équipe est dirigée par Jean-Pierre Chauffour (économiste principal), auteur principal, sous la supervision d’Auguste Tano Kouame (manager) et de Marie-Françoise Marie-Nelly (directrice pour le Maghreb). L’équipe principale de la Banque mondiale était composée de Diego Angel-Urdinola (économiste senior), Kamel Braham (chargé du programme éducation), Dorothée Chen (spécialiste santé), Safaa El-Kogali (manager), Khalid El Massnaoui (économiste senior), Roberto Foa (consultant), Caroline Crafft (consultante), Andrea Liverani (chargée de programme développement durable), Meriem Malouche (économiste senior), Eva Maria Melis (conseillère juridique), Philippe de Meneval (chargé de programme commerce et compétitivité), Patrick Mullen (spécialiste senior santé), Emre Ozaltin (économiste senior), Paul Scott Prettitore (specialiste senior secteur public), Eliosbeth Snador (consultante) et Fabien Seiderer (spécialiste principal du secteur public).


Les trois scénarios de la Banque mondiale

1.  Le scénario insoutenable des tendances actuelles  
La projection fondée sur le prolongement des tendances actuelles (extrapolation sur 2000/2014) démontre le caractère insoutenable d’un modèle de croissance puisant son dynamisme principalement dans l’accumulation de capital, avec des gains de productivité et des créations d’emplois limités. Pour maintenir un rythme de progression du capital de 5,4% par an durant la période 2015/2040, il faut que le taux d’investissement augmente graduellement pour dépasser 50% du PIB en fin de période. Or, en supposant que le taux d’épargne reste à son niveau actuel relativement élevé, le déséquilibre épargne-investissement se traduit par un déficit croissant de la balance des paiements courants qui atteindrait plus de 20% du PIB, un niveau irréaliste.

2. Le scénario probable d’une lente convergence
Sans une accélération sensible des gains de productivité, le scénario le plus plausible est celui d’une lente convergence permettant au Maroc de restaurer ses fondamentaux en rétablissant notamment un déficit soutenable de la balance des paiements courants autour de 2% du PIB, mais il y a un risque d’essoufflement futur de la croissance qui pourrait reculer graduellement de 3,2% dans les années 2015/2030 à 2,9% en 2030/2040.

3. Le scénario souhaitable d’un rattrapage économique accéléré
Émet l’hypothèse d’une amélioration de la productivité totale des facteurs de 2% par an contre 1,2% historiquement, ce qui suppose une transformation structurelle profonde de l’économie et des gains d’efficience substantiels. Le Maroc pourrait aspirer à une croissance moyenne durablement forte de 4,5% par an pendant 25 ans. Ce scénario est soutenable à long terme car le modèle de croissance s’appuierait sur des gains de productivité et de créations d’emplois au lieu du modèle actuel fondé sur l’accumulation de capital. 

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