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Décryptages / Focus

Le scandale des agressions sexuelles qu’auraient subies les travailleuses agricoles dans le Sud de l’Espagne met à nu les défaillances déjà apparues en 2017 au sein de ce programme de «migration circulaire».

L’idée de départ était séduisante: «Un programme éthique de gestion migratoire des saisonnières», financé par l’Union européenne (UE) à partir de 2007, avec pour objectif de «lutter contre l’immigration clandestine et de mieux gérer les flux migratoires». À la clé, une convention entre la mairie de Cartaya (Espagne) et l’ANAPEC, d’un budget de 1,5 million d’euros. Une décennie plus tard, le programme se transforme en un scandale aux multiples retentissements de deux côtés de la Méditerranée. Chadia Arab, sociologue franco-marocaine, mène des enquêtes de terrain sur le sujet depuis des années. Son travail de recherche l’a menée à des conclusions alarmantes.

Abandonnées à leur propre sort
En Espagne, la Fundacion para los trabajadores extranjeros en Huelva (FUTEH) est créée en novembre 2008 pour accompagner ce programme. «La FUTEH est constituée pour employer les travailleurs, les médiateurs et les responsables du programme de migration circulaire qui encadrent la venue des Marocaines. Elle se veut autonome mais est en réalité en lien direct avec la municipalité de Cartaya: c’est le maire de Cartaya qui en est le président», explique Arab. La crise économique en Espagne laisse des traces sur le programme. Au fil du temps, la structure d’accueil s’étiole. «En 2017, nous apprenons que FUTEH n’existe plus depuis 2012», rappelle la chercheuse. Plusieurs hypothèses pour expliquer cette disparition: manque de budget après l’arrêt du financement de l’UE, manque de pérennisation du projet, changement de bord politique à la mairie de Cartaya. Les médiateurs ont tous été licenciés. «Aujourd’hui, tout a changé. Les femmes recrutées directement par l’employeur avec un contrat nominatif envoyé à l’ANAPEC sont accompagnées par des membres de l’ANAPEC à Tanger, à la montée du bateau. Mais ensuite, elles doivent se débrouiller seules», explique Arab. Côté marocain, le ministre de l’Emploi, Mohamed Yatim a promis, lundi 4 juin, devant les députés la mise en place d’un système d’accompagnent dans les exploitations agricoles. De facto, toutes les améliorations prévues avaient disparu. «Plus de formation, plus d’entretien des préfabriqués qui se sont fortement dégradés et qui, d’après les médiateurs, sont aujourd’hui en ruine», regrette-t-elle. En juillet 2017, Arab se rend à la mairie de Cartaya afin de comprendre ce qu'il se depuis quelques années. Ses interlocuteurs, des anciens médiateurs, évoquent «la situation de peine des dames de fraises».  «Mais l’ANAPEC est aussi responsable car elle ne fait pas de suivi et n’apporte pas d’appui aux Marocaines. Aujourd’hui, elles n’ont plus d’interlocuteur. Même le consulat du Maroc à Séville s'en fout de leur situation. Où sont les responsables marocains?», s’interroge un ancien médiateur cité par Arab dans son ouvrage Dames de fraises, doigt de fée: Les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne (Éditions En toutes lettres, 2018). Aujourd’hui, il n’y a plus qu’un seul médiateur, alors qu’ils étaient douze par le passé. «Quand la FUTEH a arrêté le suivi, l’ANAPEC aurait du prendre le relais. Il ne s’agit pas seulement de donner le passeport et d’attendre leur retour. L’ANAPEC doit faire pression sur l’Espagne pour mieux traiter les femmes. On peut comprendre qu’ils ne peuvent pas faire le suivi sur place. Mais ils peuvent faire pression. Ils ne sont jamais venus», souligne un ex-médiateur de la FUTEH. Et de conclure: «Qui sont les perdantes dans cette histoire? Les femmes… Nous les appelons “les oubliées de l’ANAPEC”».


Chadia Arab
Géographe des migrations à l’Université d’Angers (France).

Les Inspirations ÉCO :  Selon les résultats de votre travail, les agressions sexuelles sont-elles monnaie courante  ?  
Chadia Arab : Ces agressions ne sont pas, à mon avis, généralisées. Néanmoins, elles existent et il ne faut pas les minimiser, ni les invisibiliser. Dès juin 2010, El Pais faisait état d’une plainte de plusieurs Marocaines et Polonaises qui se plaignaient d’abus sexuels de la part de leurs patrons espagnols. Elles ont été dénoncées par la société civile marocaine, et tout particulièrement par une militante de l’AMDH. Il est important de les mettre en lumière, de traiter ces affaires et d’accompagner le mieux possible les femmes qui en sont les premières victimes.  

Comment expliquez-vous le déni des autorités marocaines depuis le dévoilement de cette affaire ?
Du côté marocain et de l’ANAPEC en particulier, depuis l’arrêt du projet AENEAS et Mares, ils n’ont plus d’informations, ils ne connaissent pas les difficultés des femmes sur place. Aujourd’hui, la mise en lumière de ces affaires d’agressions sexuelles remet en cause tout un système de deal théoriquement bien huilé et réfléchi en amont: des femmes contre des fraises. Mais derrière cette théorie, il y a des femmes, en grande précarité, pauvreté, majoritairement originaires du milieu rural, analphabètes pour la plupart, laissant enfants, parfois maris, au Maroc. Cela remet en cause la politique migratoire circulaire et le fait que le Maroc s’engage dans ces échanges sans pouvoir être dans la possibilité de protéger ses concitoyennes en dehors du Maroc. 

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