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Décryptages / Focus

La bousculade survenue le 19 novembre, à la commune de Sidi Boulaalam, près d'Essaouira rappelle, tragiquement, l’ampleur de la sévérité de la pauvreté en milieu rural.

Elles sont les mortes anonymes de la pauvreté. Elles s’appelaient Batoul, Zahra, Lekbira, Khadouj, Habiba, Khadija, Saidia, Bahija. Elles venaient des différents douars de la commune de Sidi Boulaalam, près d'Essaouira. Elles attendaient dès l’aube pour bénéficier de la distribution annuelle de denrées alimentaires organisée par l’association Aghissi pour la mémorisation du Coran et des œuvres sociales. À 10h30, dimanche dernier, une bousculade géante se produit sur place. 15 femmes rendent l’âme, piétinées et étouffées.  

Portrait d’une région sinistrée
Sidi Boulaalam est l’épicentre du drame et d’une pauvreté rurale sévère. Cette commune rurale de 8.142 habitants est quadrillée par des douars où la pauvreté et le dénuement résistent aux programmes de développement humain. Selon le HCP (Haut commissariat au plan), le taux de pauvreté nationale est de 4,8% alors que le taux provincial à Essaouira est de 16,6%, à Assais, près de Sidi Boulaalam, ce taux est six fois supérieur que le niveau national, 31,9% de la population vivvent avec moins de 15 DH/jour. À Sidi Lâaroussi, la pauvreté touche 29,2% des habitants de ce village. À M’Ramer, village voisin aussi, ce sont 26,4% à ne pas manger à leur faim. À Sidi Boulaalam, la situation n’est pas meilleure, où la pauvreté sévit chez 22,4% de la population. Nous sommes bien dans un océan de misère, fortifié par un environnement naturel hostile. À cette pauvreté extrême, s’ajoute un taux d’analphabétisme supplantant le niveau national encore une fois. À Sidi Boulaalam, l’analphabétisme touche 56% de la population et 64,8% des femmes de la commune. Le chemin pour atteindre la scolarité des enfants dans cette commune est encore long. Seuls 4,5% de la population a un niveau de secondaire collégial et 1% un niveau secondaire qualifiant. Le taux d’inactivité est de 65% chez la population dont 42% de femmes. L’accès à l’eau courante ne concerne que 35% de la population. Seul point de lumière, l’électrification progresse chez 85% des habitants. C’est dans cet environnement vulnérable que la mort a happé ces femmes venues chercher un sac de 50 DH de nourriture.

Elles ont survécu, elles témoignent
«Une amie m’a informée qu’il y aurait une opération de distribution de denrées alimentaires au souk. Nous sommes arrivées à 4 heures du matin, nous étions surprises par le nombre considérable de personnes venues dès 2 heures du matin», affirme Fouzia parmi les blessés de cette bousculade dans son témoignage. L’opération de distribution commence dans des conditions chaotiques, selon les divers témoignages. «À ce moment, nous avons senti comme une forte odeur d’encens. Il y a eu une panique dans la foule. Les femmes commençaient à fuir, mais il était trop tard», raconte-t-elle. Même son de cloche de Ouidad, qui participait à cette opération pour la deuxième année consécutive : «La distribution était mal organisée. Les femmes commençaient à s’impatienter. Il y a eu cette odeur d’encens et un mouvement de foule géant», se rappelle-t-elle. La wilaya de la Région Marrakech-Safi affirme, pour sa part, «que cet incident n’a pas été causé par l’émanation de fumée». Cinq femmes sont toujours hospitalisées dans les établissements de soin d’Essaouira et Marrakech. Deux parmi les blessées se trouvent dans un état grave. Abdelkebir El Hadidi, président de l’association organisatrice de cette opération, se défend en brandissant «l’accord des autorités locales et la présence des agents de la gendarmerie royale et des forces auxiliaires dans l’organisation de cette opération». Pour cet imam d’une mosquée à Casablanca «la cause principale de ce drame est le manque d’organisation des bénéficiaires», avance-t-il. Et d’ajouter: «Nous avons tenté de convaincre ces personnes qu’elles allaient toutes recevoir leur panier alimentaire, mais elles étaient impatientes causant cette bousculade». El Hadidi reconnait tout de même «qu’ils étaient dépassés par le nombre de personnes qui ont souhaité bénéficié de cette opération». Le fort afflux populaire qui a dépassé les attentes des organisateurs a déstabilisé cette opération qui se tient pour la cinquième année consécutive. El Hadidi a été entendu par la gendarmerie royale d’Essaouira, avant d’être relaxé dans la journée du 19 novembre.


Instructions royales

Suite à cet incident, le souverain a donné ses instructions au chef du Gouvernement, au ministre de l’Intérieur et aux autres départements concernés afin que toutes les mesures juridiques nécessaires soient prises pour encadrer strictement les opérations d’appel à la générosité publique et de distribution d’aides aux populations démunies, est-il souligné dans un communiqué du ministère de l’Intérieur diffusé lundi. Ces actions, précise le communiqué, «ne doivent pas être menées sans un encadrement solide qui garantit la sécurité et la sauvegarde tant des citoyens bénéficiaires que des bienfaiteurs». Par ailleurs, dans le cadre de l’enquête judiciaire ouverte sous la supervision du parquet pour déterminer les circonstances de l’incident et établir les responsabilités, le gouverneur de la province d’Essaouira sera entendu. Une deuxième enquête administrative a été également diligentée. D’ailleurs, une commission de l’Inspection générale de l’administration territoriale relevant de l’Intérieur a entamé dimanche soir, une série de rencontres avec les autorités locales de la province d’Essaouira. L’objectif est de s’enquérir de l’ensemble des circonstances relatives à cet incident, de réviser et d’auditer et d’évaluer toutes les mesures adoptées à ce sujet.

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