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Si les Marocains établis en Catalogne sont partagés sur la création d’une république indépendante ou rester aux côtés de l’Espagne, ils sont toutefois unanimes à revendiquer l’organisation d’un référendum, pour sortir de cet imbroglio politique. À quelques jours de la date fatidique du 1er octobre, la tension est palpable dans les principales artères catalanes. «Les hélicoptères ne cessent de survoler mon lieu de travail. Quelque chose d’historique se passe en ce moment», souligne Fahd Chafik, journaliste marocain établi à Barcelone.

Si les Marocains établis en Catalogne sont partagés sur la création d’une république indépendante ou rester aux côtés de l’Espagne, ils sont toutefois unanimes à revendiquer l’organisation d’un référendum, pour sortir de cet imbroglio politique. À quelques jours de la date fatidique du 1er octobre, la tension est palpable dans les principales artères catalanes. «Les hélicoptères ne cessent de survoler mon lieu de travail. Quelque chose d’historique se passe en ce moment», souligne Fahd Chafik, journaliste marocain établi à Barcelone. Fervent défenseur de l’option référendaire, ce natif de Rabat critique avec véhémence Madrid et les institutions centrales. «C’est le gouvernement de Mariano Rajoy qui a radicalisé les Catalans.

L’indépendantisme croît à mesure que l’Exécutif central s’obstine à museler les Catalans», ajoute Chafik, qui devient volubile en parlant de ce dossier. Fleuron économique, la Catalogne produit environ 20% de la richesse du pays. Un quart des exportations espagnoles sont produites dans cette région et le taux de chômage est en dessous de la moyenne nationale espagnole. Terre des opportunités, la région accueille le plus gros de la communauté marocaine établie en Espagne. Les Marocains représentent 20,3% des étrangers installés en Catalogne et constituent environ 3% de la population catalane, estimée à 7,5 millions d’habitants. D’ailleurs, les partis souverainistes ont entrepris un laborieux travail de propagande auprès de cette communauté, afin de l’inciter à se positionner en faveur de la création d’une république catalane. En 2015, Les Inspirations ÉCO avait tendu le micro à plusieurs figures de la communauté marocaine en Catalogne (www.leseco.ma), pour partager leur point de vue à ce sujet qui les affecte personnellement, vu qu’ils seront appelés aux urnes en cas de consultation. À cette époque, le doute planait sur la posture à adopter. Certains estimaient qu’une autonomie élargie est une mesure plus que satisfaisante pour apaiser l’esprit sécessionniste.

À présent, la balance semble pencher en faveur d’une séparation fracassante. De même, sonder les avis des Marocains de Catalogne en ce moment, traduit fidèlement le climat de division qui s’est emparé des esprits, partout en Catalogne. «Je ne veux pas être mal interprété. Si je déclare que j’appuie le référendum et la libre élection des Catalans, cela peut être mal vu au Maroc. Et si j’affiche mon désaccord avec le mouvement séparatiste, cela desservira mes intérêts dans mon entourage catalan. De toute façon, ne dit-on pas que le vote est secret», esquive ce président d’une association d’origine marocaine, établi dans une commune dans la province barcelonaise.

Les langues ne se délient qu’auprès des personnes n’arborant aucune étiquette politique. Housein Enajam, ex-militant associatif et entrepreneur vivant depuis 14 ans sur ces terres, soutient corps et âme les revendications du camp souverainiste. D’emblée, cet ex-militant du Parti socialiste catalan affiche son désaccord au sujet de la répartition des ressources financières catalanes avec le reste du pays. De fait, les promoteurs du projet sécessionniste miroitent de meilleures opportunités à la population catalane en général, et celle issue de l’immigration en particulier, en cas de divorce avec l’Espagne. La preuve ? C’est dans cette région espagnole que des Marocains ont siégé, pour la première fois en Espagne, au Parlement local. «Je n’ai pas toujours été un séparatiste. J’ai milité au sein du Parti socialiste catalan, une formation qui n’a jamais plaidé pour l’indépendance. Malheureusement, le dialogue avec Madrid n’est plus envisageable», s’insurge cet entrepreneur marocain. Un avis partagé par ceux qui ont rejoint tardivement la locomotive du séparatisme. «Depuis le rejet, en 2010, par le Tribunal constitutionnel, du texte élargissant l’autonomie et reconnaissant l’existence de la nation catalane, le mouvement indépendantiste a pris de l’ampleur. Si auparavant deux de mes amis sur dix étaient en faveur de la sécession, depuis cette date, plusieurs d’entre eux ont basculé vers le séparatisme», commente Fahd. Meryem Berrada, jeune marocaine installée à Barcelone depuis plus d’une décennie, n’y va pas avec le dos de la cuillère. «Ce que nous vivons aujourd’hui, c'est des manifestations et actes organisés et pacifiques, en faveur de l’organisation d’un référendum. Les Catalans veulent et insistent sur le droit de voter», soutient-elle. Meryem considère que le «peuple catalan» est las des injustices et des coupes budgétaires. «La lourde charge fiscale que supportent les Catalans n’est plus admissible. Nous nous revendiquons sécessionnistes à cause du comportement du gouvernement espagnol. Madrid a déployé l’arsenal juridique, et le discours-va-t-en-guerre de Mariano Rajoy ne fait qu’attiser le feu du séparatisme. Le recours aux magistrats et aux tribunaux pour masquer cette répression, les arrestations, et le déploiement policier ne sont pas sans rappeler le totalitarisme de l’ère de Franco», critique cette Casablancaise d’origine.

Aux antipodes de cette fougue nationaliste, Chouaib Mohamed, président de la Fondation Ibn Batouta et ex-député socialiste au Parlement catalan, doute que les Marocains soient en faveur d’une rupture. «Le collectif marocain est absorbé par les questions qui touchent sa propre condition : les études des enfants, le marché de l’emploi, l’accès aux soins de santé, etc. Si demain, un référendum est pacté entre toutes les parties, je suis convaincu que les Catalans d’origine marocaine seront nombreux à y prendre part». En attendant, ajoute notre interlocuteur, un référendum d’autodétermination unilatéral n’est pas la bonne voie à suivre et les travailleurs marocains craignent que le flou s’installe en ce qui concerne leur situation. Housein partage la réflexion de Chouaib sur le fait que la majorité des Marocains installés en Espagne tournent le dos à la politique. Pour cet entrepreneur ayant fréquenté plusieurs associations dédiées aux travailleurs originaires du royaume, 70% des Nationaux n’ont cure des événements politiques et pèchent par une absence de conscience politique. Enajm toutefois rejette ce point de vue, préconisant une dégradation de la situation des Marocains de cette région, en cas de rupture. «Si la Catalogne obtient son indépendance, une belle opportunité se présente aux travailleurs marocains. La charge fiscale baissera et davantage d’emplois vont être créés.

La Catalogne a besoin de main-d’œuvre, et les Marocains seront en première ligne pour profiter de cette abondance», prédit-il. Plus pragmatique, Fahd Chakir considère que l’option séparatiste ne va pas triompher, mais qu’il est urgent d’écouter la rue qui gronde de toutes ses forces. «Je suis persuadé que le oui à l’indépendance ne va pas l’emporter. Mais il est question à présent d’exercer un droit fondamental qui ne peut être bafoué», revendique-t-il. 


Où jouera le Barça ?

C’est la question qui préoccupe une bonne partie des Catalans et non-Catalans. Le club blaugrana n’a jamais caché ses positions en faveur du droit à décider certes, et la direction du Barça a toujours encouragé les démonstrations du nationalisme catalan. Toutefois, jamais sa direction ne s’est aventurée à évoquer l’avenir professionnel du club, quand il ne pourra plus évoluer dans la Liga Santander, en cas de divorce avec l’État espagnol. En revanche, les rumeurs vont bon train à ce sujet. Un commentateur d’un réputé talkshow sportif, connu pour être dans les secrets des dieux sportifs, a même confirmé que Lionel Messi quitterai le club si la Catalogne est sommée d’abandonner la Liga. D’autres estiment qu’il ne faut pas mélanger les pinceaux et que les joueurs du FC Barcelone pourraient continuer à taper le ballon dans les stades espagnols ! En attendant, hasard du calendrier ou signe du ciel, ce dimanche le club catalan disputera au Camp Nou un match dans le cadre de la 7e journée de la Liga. Match revendicatif, les joueurs du Barça porteront le maillot de la Senyera (maillot à quatre bandes horizontales rouges sur un fond doré), le drapeau catalan, durant l’échauffement, pour enfiler ensuite un maillot officiel durant le match. Que le spectacle commence ! 

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