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Décryptages / Focus

Les experts de la Banque mondiale poursuivent leur tournée pour présenter les résultats du dernier mémorandum économique sur le Maroc.

C’est sur le ton de la blague que l’économiste de la Banque mondiale, Jean-Pierre Chauffour, celui-là même qui a dirigé la recherche menant au dernier mémorandum sur le Maroc, a voulu entamer le débat organisé mardi par la Fondation Attijariwafa bank. Une blague inspirée de la cérémonie de passation de pouvoirs à l’Élysée entre Emmanuel Macron et François Hollande.

Macron : «Si vous pouvez résumer la situation économique de la France en un mot, ce serait lequel ?»

Hollande : «Bonne»

Macron : «Maintenant, si je vous dis en deux mots ?»

Hollande : «Pas bonne»

Chauffour en déduit donc que cela dépend d'une chose: si l’on voit le verre à moitié plein ou à moitié vide. Le rapport qu’il a commis et qui continue de faire couler beaucoup d’encre est construit, dit-il, sur la base des acquis de la «moitié pleine» de l’économie marocaine. Avant de se projeter en 2040, c'est-à-dire à l’horizon de la prochaine génération, la Banque mondiale a bel et bien constaté le doublement de la croissance au cours des quinze dernières années, une réduction de la pauvreté en milieu urbain et, surtout, le saut qualitatif de l’offre en infrastructures, notamment le port Tanger Med qui aurait impressionné la délégation des membres du Conseil d’administration de la banque, qui était en visite au Maroc il y a une dizaine de jours, avant s’envoler vers les autres pays de la région MENA. Mais là où le bât blesse, poursuit Chauffour, c’est que le pouvoir d’achat du Marocain en 2015 n’atteint que 22,5% de celui de son voisin européen immédiat. Le niveau de vie actuel des Marocains correspond à celui atteint par les Espagnols en 1960.

L’enjeu consiste à mesurer le rythme selon lequel le Maroc doit croître d’ici 2040 pour rattraper les économies de l’Europe du Sud. C'est à cela que s’est attelé le rapport de la BM qui tire la sonnette d’alarme en pointant, entre autres, la faible participation des jeunes au marché du travail, le début d’essoufflement de la croissance (1% en 2016) et, pis encore, la maîtrise insuffisante des bases de lecture chez les enfants de dix ans.

Par ailleurs, en regardant de près les sources de croissance économique au Maroc, la BM constate que celle-ci est tirée essentiellement par l’accumulation du capital physique. «Le taux d’investissement, soit 30% du PIB, est l’un des plus élevés au monde. Il croît à un rythme asiatique sans pour autant atteindre les rendements asiatiques», souligne Chauffour. «Investir, c’est se priver de consommer.Encore faut-il que cet investissement puisse se traduire par la création de nouveaux emplois industriels», ajoute-t-il. De son côté, Badr Alioua, directeur de la banque privée au groupe ATW, a voulu nuancer l’idée de freiner l’investissement insinuée par les rédacteurs du mémorandum, en donnant l’exemple des économies émergentes dont la croissance est tirée, au même titre que le Maroc, par l’accumulation du capital physique. Mieux encore, appuie-t-il, ces pays avaient bénéficié de l’ouverture et de leur proximité avec les dragons de l’économie mondiale (Chine, USA, etc). «Ces pays avaient de plus un compte courant excédentaire, contrairement au Maroc qui n’a pas suffisamment épargné», affirme Badr Alioua.

«Le taux d’investissement a nettement augmenté ces quinze dernières années au Maroc. Il serait difficile de reproduire le même rythme car aucun pays ne peut investir 50% de son PIB», nuance Jean-Pierre Chauffour. Aux yeux de la Banque mondiale, l’émergence de l’économie marocaine passe par l’augmentation du capital immatériel, nécessitant un nouveau contrat social fondé sur le renforcement du capital social et des institutions. La question, insistent les experts de la BM, n’est plus «Que faire?» mais «Comment faire?». La situation démographique actuelle est perçue en tant qu’opportunité pour accélérer le processus de transition. «Le Maroc a la chance de pouvoir s’enrichir avant de vieillir d’ici 2040», note Chauffour.


Marie-Françoise Marie-Nelly
Directrice pour le Maghreb à la Banque mondiale

Les Inspirations ÉCO :  Quel regard portez-vous sur l’économie marocaine, en comparaison avec celles du Maghreb ?  
Marie-Françoise Marie-Nelly : Chaque mémorandum est spécifique au contexte économique d’un pays. Le Maroc dispose d’un socle solide en matière de réformes, de diversification et d’infrastructures. Le niveau du taux d’investissement laisse présager une croissance plus élevée. Il s’agit de voir le verre à moitié plein pour passer à la vitesse supérieure. Il est souhaitable que le pays se concentre plus sur l’immatériel en renforçant l’éducation, les relations interpersonnelles, les relations avec l’extérieur, etc.

Comment avez-vous trouvé la réaction du gouvernement à la sortie du mémorandum ?
La réaction du gouvernement était très positive. Le ministre Lahcen Daoudi a suggéré la tenue d'une table ronde associant le gouvernement, le secteur privé et pourquoi pas certains membres de la société civile. Un partenariat renforcé avec les différents acteurs est un élément essentiel pour faire évoluer la dimension culturelle du changement.

Quel effet aura le mémorandum sur la coopération que vous entretenez avec le Maroc ?
En s’appuyant sur le mémorandum, nous sommes en train de préparer un «Diagnostic systématique pays». La Banque mondiale s’est fixé deux objectifs: réduire la pauvreté extrême et promouvoir la croissance partagée. Nous allons utiliser les éléments structurants de cette analyse pour approfondir la réflexion sur des contraintes encore plus spécifiques. Sans présager nos échanges avec le gouvernement, nous serons amenés à renforcer notre intervention dans les zones rurales, avec l’objectif d’y créer des opportunités, non seulement sur le plan des revenus, mais également sur le plan de l’accès aux services de base, de santé, etc. Aussi, nous serons amenés à discuter la question de l’éducation. Par ailleurs, nous allons avoir plus d’interactions avec les jeunes. Pas plus tard que la semaine dernière, les membres du Conseil d’administration de la Banque mondiale ont eu une longue séance d’échanges avec des jeunes à Marrakech.

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